Ru, Kim Thuy

Voilà une lecture que j’avais repérée depuis plusieurs années (le roman date de 2009) sans toutefois m’y mettre vraiment. Ru a remporté le prix du Gouverneur Général, une belle réussite pour le premier roman de Kim Thuy.

RU Kim Thuy

Ru est l’histoire d’un déracinement. La narratrice fait partie des boat people qui ont fui le Vietnam communiste en quête d’une terre d’accueil. Elle se retrouve finalement au Canada.

Ce récit autofictionnel est constitué de courts chapitres, des fragments de sa mémoire qui en évoquent d’autres comme si on tirait sur un fil. C’est pourquoi le récit peut apparaître comme étant désordonné entre le voyage en bateau, la vie dans un camp de réfugiés, l’arrivée en terre inconnue au Québec, les aperçus du temps d’avant, celui d’une enfance qui observe les changements du monde, et le retour au Vietnam bien des années plus tard. Point de désordre pour moi dans ce texte, mais bien le reflet d’un esprit rebondissant d’une idée à l’autre, d’un souvenir à l’autre. Le récit est émaillé de personnages importants pour la narratrice : sa famille restée au Vietnam, les premiers Québécois qui l’ont accueillie à son arrivée au Québec, son fils autiste… Au cœur de Ru se trouvent des messages forts sur le sacrifice et la survie, le tout avec une grande sagesse. Le roman compare aussi implicitement les choix faits par ses parents et la propre réalité de mère de la narratrice. Pas de longs discours ou de grandes théories, Kim Thuy s’attache à décrire ces petits moments du quotidien, symboles d’un monde disparu ou de moments difficiles traversés par sa famille. Le récit est emprunt d’humanité, à la fois ce que l’être humain à de mieux à offrir mais aussi d’épisodes sordides.

Ru est un beau message d’espoir où l’humour présent en filigrane apporte un peu de légèreté. C’est aussi un texte qui fait écho des décennies plus tard à la situation des réfugiés syriens et des migrants africains qui fuient un monde hostile pour une vie meilleure. Je ne sais pas ce que la situation actuelle va donner mais ça me ferait extrêmement plaisir de lire dans vingt ou trente ans le récit d’un enfant syrien réfugié qui a pu retrouver un équilibre dans sa vie. Et si c’est écrit avec autant de talent et de finesse que le fait Kim Thuy dans Ru, j’en serai doublement ravi.

L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, Romain Puértolas

Si vous suivez un tant soit peu l’actualité du livre en France, ce titre à rallonge et cette couverture jaune pétant ne vous auront pas échappé. Vous n’êtes pas le ou la seul(e) car L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea et son auteur Roman Puértolas ont été un des phénomènes de librairie de l’année 2013. Ce n’est que récemment que je l’ai lu.

L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea - Roman Puértolas

 

Comme le dit le titre, il s’agit bien de l’histoire d’un fakir qui est resté coincé dans une armoire Ikea et qui vit tout un périple à travers l’Europe.

L’histoire du fakir est invraisemblable, pleine de clichés et un brin cucul, mais ça marche. La principale qualité est que l’auteur ne se prend pas au sérieux. Aussi futile que soit la raison de la présence de ce Fakir en France, l’histoire est jolie et amusante. Elle comporte une bonne partie de loufoque assumé. Les côtés lourdingues agacent un peu comme tous les jeux de mots pourris sur le nom du personnage principal. L’exactitude n’est pas le souci principal de Romain Puértolas. Ainsi nous avons un fakir qui en appelle à Bouddha et qui vraisemblablement se laisse pousser les cheveux sous son turban comme le font les Sikhs, alors qu’un fakir est issu d’une branche de l’islam. Notons aussi les clichés sur les Gitans qui ne feront pas grand chose pour la réconciliation entre les peuples. C’est d’autant plus étonnant que Romain Puértolas souhaite en filigrane sensibiliser le lecteur à la question des migrants illégaux qui traversent l’Europe pour échapper à la misère dans leur pays et qui se heurtent à des fonctionnaires de police qui n’ont comme unique objectif que de passer la patate chaude à leur voisin.

Bref cette histoire est facile à lire et divertissante (un remède contre la morosité ambiante ?). On consomme et on passe très vite à autre chose sans se poser trop de questions.