L’effet des prix littéraires sur les ventes de livres

Dans quelle mesure un prix littéraire fait vendre plus de livres ? Une question d’actualité alors que le prix Goncourt 2011 vient d’être attribué à L’art français de la guerre, le roman d’Alexis Jenni.

Pierre Assouline reprend sur son blogue les chiffres d’une étude GfK (pdf) qui donne l’effet des différents prix littéraires sur les ventes de livres. Voici le nombre moyen d’exemplaires vendus entre 2005 et 2010 par prix littéraire :

  • Goncourt : 400 000 exemplaires
  • Renaudot : 198 000 exemplaires
  • Femina : 156 000 exemplaires
  • Goncourt des Lycéens : 132 000 exemplaires
  • Prix des lectrices de Elle : 126 000 exemplaires
  • Prix des Maisons de la presse : 87 000 exemplaires
  • Interallié : 81 000 exemplaires
  • Prix FNAC : 75 000 exemplaires
  • Prix des libraires : 60 000 exemplaires (265 000 avec l’élegance du hérisson, prix des librairies 2007)
  • Médicis : 55 000 exemplaires
  • Prix du livre Inter : 55 000 exemplaires

 

Le Goncourt demeure donc le « meilleur » prix en termes d’exemplaires vendus. C’est le prix qui a l’effet multiplicateur le plus important sur les ventes. Ainsi en 2010, il s’est vendu 9 fois plus d’exemplaires de La carte et le territoire par semaine une fois que le prix Goncourt a été attribué à ce roman de Michel Houellebecq. A titre de comparaison, le Renaudot a eu un effet multiplicateur de 7 pour Apocalypse Bébé de Virginie Despentes toujours en 2010. Vient ensuite le Femina qui a eu pour effet de multiplier par 6 les ventes hebdomadaires de La vie est brève de Patrick Lapeyre l’année dernière.

L’étude de GfK chiffre aussi la rentrée littéraire : l’édition 2011 a vu la publication de 704 titres par 231 éditeurs. Si le nombre de titres publiés est en légère baisse par rapport aux rentrées littéraires 2009 et 2010 (767 et 741 titres respectivement), le nombre d’éditeurs n’a lui jamais été aussi élevé depuis 2005. Faut-il y voir un dynamisme croissant du monde de l’édition ? A méditer alors qu’on nous prédit la mort du livre papier sous la pression du livre électronique…

La rentrée littéraire pèse toujours plus lourd dans le chiffre d’affaires de la fiction moderne : 20% en 2010. Mais il s’agit d’un petit phénomène quand on prend l’ensemble du chiffre d’affaires du livre en France : 2,5% des ventes proviennent de la rentrée littéraire. Bref, au risque d’enfoncer une porte ouverte, la rentrée littéraire reste avant tout un phénomène pour amateurs de littérature.

Et vous, qu’avez-vous lu de cette fameuse rentrée littéraire cette année ? Et prévoyez-vous de lire l’un ou l’autre des récipiendaires d’un prix littéraire ?

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La possibilité d’une île, Michel Houellebecq

Après plusieurs années d’abstinence, je renoue avec Michel Houellebecq. Pour ce faire, j’ai jeté mon dévolu sur la possibilité d’une île, un roman assez déroutant sur le fond et la forme puisqu’il s’agit d’un récit appartenant au genre de la science-fiction qui fait dialoguer un homme des années 2000 et son clone qui vit quelques centaines d’années plus tard.

Le narrateur, Daniel1, est un humoriste français à succès dont le fonds de commerce est le cynisme. Il expose sans fards tout ce qui va de travers dans la société, ce qui fait beaucoup rire ses contemporains. Il se rapproche de la communauté des Elohimites, une secte religieuse directement inspirée des Raéliens. Il devient le témoin principal du développement de la secte qui ne cesse de gagner en popularité alors que les gens sont de plus en plus individualistes. Ses clones, Daniel24 puis Daniel 25, commentent des centaines d’années plus tard les écrits de leur prédécesseur.

Au départ, je trouvais que ce roman prenait des allures de rengaine de vieux con qui critique la jeune génération. Du Houellebecq tout craché diront certains. Mais là où il fait fort c’est qu’il dépasse ses propos caricaturaux : le narrateur se les approprie. Il ne vit que pour son plaisir, la sexualité est purement récréative et non plus reproductive, le consumérisme et le jeunisme règnent. C’est pourquoi la promesse d’une vie éternelle via le clonage séduit tant les foules. Faisant siennes en apparence les les valeurs qu’il conspue, Houellebecq réussit à en démontrer les limites pour se faire l’avocat de l’amour et des sentiments humains.

Les thèmes chers à Houellebecq que sont les relations homme-femme et un regard pessimiste sur notre société se retrouvent dans La possibilité d’une île. Mais avec ce récit d’anticipation, Michel Houellebecq propose aussi une réflexion subtile sur ce qui fait de nous des humains. Il pose la question de la vie éternelle : c’est bien beau de vouloir devenir immortel mais pour quoi faire ? Le 25e clone de Daniel renoncera lui-même à l’immortalité. Devenu insensible et détaché des contingences matérielles, il part à la quête d’un bonheur impossible. Comment être heureux si on ne sent pas ? Pour Michel Houellebecq, le bonheur s’inscrit dans une réalité matérielle et sensible. On ne peut pas s’affranchir des souffrances humaines sans en même temps se priver du bonheur.

Avec la possibilité d’une île, je découvre un Houellebecq moins provocateur et plus profond que dans mes souvenirs.

Les nouveaux classiques de la littérature

Très bon dossier dans la presse de dimanche dernier. Il s’agit d’un article sur les nouveaux classiques de la littérature. Plusieurs personnalités se sont essayées à dresser une liste des ouvrages majeurs publiés après 1980. Plusieurs catégories sont proposées : littératures québécoise et étrangère, polars, philosophie, essais et biographie etc. Il est même question des livres de cuisine ! Si l’exercice est purement subjectif et n’a pas beaucoup de prétentions, il a le mérite de donner quelques pistes de lectures intéressantes.

J’ai lu quelques-uns des livres proposés :

Littérature étrangère
Le parfum de Patrick Süskind : lu il y a quelques années. Un excellent livre, très dérangeant.
Outremonde de Don DeLillo : le livre que je lis en ce moment et qui me tient éloigné de ce blogue. Un très grand livre. Une oeuvre majeure.
– Trilogie newyorkaise de Paul Auster : j’en parle ici.
– Truismes de Marie Darrieussecq : j’en parle ici.
– Trois jours chez ma mère de François Weyergans : j’en parle ici.
– Les particules élémentaires de Michel Houellebecq : lu il y a quelques années. M’avait fait une forte impression par son côté cru et direct. C’était mon premier livre de Houellebecq et je n’avais pas l’habitude de ses thèmes de prédilection. J’ai adoré.
– Le monde de Barney de Mordecai Richler : classé dans la catégorie littérature étrangère alors qu’il est québécois (le fait qu’il soit anglophone explique peut-être cette répudiation). J’en parle ici.
– L’insoutenable légèreté de l’être de Milan Kundera : excellent en tout point.

Littérature québécoise
– Volkswagen Blues de Jacques Poulin : j’en parle ici.
Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer de Dany Laferrière : j’en parle ici.
Autobiographie de Marie Uguay : je crois qu’il s’agit du journal de Marie Uguay que j’ai lu il y a 3 ans. La (courte) vie de cette femme poète originaire de Ville Émard est riche en tourments, hésitations et malheurs. C’était une artiste très douée et la lecture de son journal m’avait pris par surprise et beaucoup touché. À relire volontiers.
Bande dessinée
– Paul de Michel Rabagliati : ma bd québécoise préférée. Très bon pour se familiariser avec l’histoire de Montréal et du Québec. Le personnage de Paul est très attachant.
– Calvin & Hobbes par Bill Watterson : génial, cynique et souvent méchant. J’adore.

A propos de la Presse, il me semble que les chroniques de Chantal Guy ont disparu de la section lectures. Dommage parce que j’aimais bien la lire.