La princesse des glaces, Camilla Läckberg

Ce roman suédois est sorti dans la foulée de la saga Millenium (voir ce que je disais à l’époque sur le tome 1, le tome 2 et le tome 3). Une manière de surfer sur la mode des polars scandinaves. Mais Camilla Läckberg n’est pas Stieg Larsson.

LA PRINCESSE DES GLACES - Camilla Lackberg

Le corps d’une femme est découvert une semaine après sa mort dans sa baignoire gelée, les poignets tranchés. Suicide ? Pas pour Erica, l’amie d’enfance de la victime. Erica est revenue dans la ville de son enfance suite au décès de ses parents. Elle décide d’enquêter, persuadée que son amie a été assassinée.

La princesse des glaces n’a que l’apparence du polar. Au fur et à mesure de ma lecture j’ai vu le récit glisser vers la chick lit. On est loin de Miss Marple, elle aussi écrivain et enquêtrice de talent. Mais là où Agatha Christie fait de son personnage une redoutable détective, Camilla Läckberg digresse sur la prise de poids de son personnage principal et sur ses doutes amoureux. Pire encore, ce n’est pas Erica qui découvre la vérité sur le meurtre de son ami, c’est Patrick, le policier qui devient son amoureux et dont on n’entend pas parler avant la moitié du roman qui vient boucler l’affaire tandis qu’Erica est reléguée au rôle d’amoureuse transie. C’est un glissement qui me paraît complètement rétrograde.

J’ai trouvé deux autres défauts majeurs à la princesse des glaces. Le premier d’entre eux est le changement constant de point de vue. Camilla Läckberg rebondit sans cesse d’un personnage à l’autre, en plein milieu d’un chapitre. Elle en ajoute de nouveaux en cours de route qu’elle décrit longuement sans qu’ils apportent quoi que ce soit au récit (par exemple les 3 collègues de Patrick). Sur la forme c’est loin d’être fluide. Par ailleurs, je n’aime pas les romans policiers où on apprend qu’un élément important dans l’enquête a été découvert par l’un des personnages sans que l’on sache de quoi il s’agit. Je préfère les enquêtes où on avance en même temps que le détective ou le policier et où on essaie de construire sa propre réponse. Ce qui n’est pas possible quand on nous tait les découvertes.

Vous aurez donc compris que j’ai été déçu par la princesse des glaces. C’est un roman policier tout juste honnête. Il y a toujours d’habitude dans les polars un moment où je suis tellement accro au récit que je suis complètement absorbé jusqu’à la fin de ma lecture. Dans le cas présent, je l’ai presque lu en dilettante, à la limite de l’indifférence.

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Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines, William Burroughs et Jack Kerouac

William Burroughs et Jack Kerouac sont deux figures majeures de la littérature américaines, tous deux représentatifs de la Beat Generation. Ils ont écrit ce livre au titre improbable à quatre mains en 1945 mais en raison des événements qui y sont décrits, il n’a été publié pour la première fois qu’en 2008. C’est donc un roman « oublié » qui a resurgi des décennies plus tard.

Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines

 

1944. New-York. Will Dennison est barman et employé dans une agence de détectives privés. Mike Ryko est dans la marine marchande. Phillip Tourian, un de leurs amis, veut prendre la mer avec Mike pour se rendre en France, à la fois pour l’aventure que cela représente et pour échapper à la cour assidue que lui fait Al Ramsay.

Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines est le récit d’un groupe d’amis à New-York pendant les années 40. Des amis sans le sou qui vivent de petits boulots et qui passent leurs soirées à boire. Mike et Philip ne cessent de repousser leur embarquement. C’est une génération en rupture avec ceux qui les ont précédés, qui font fi des convenances et qui vivent au jour le jour. On est loin du rêve américain et des idéaux de l’Amérique : bas fonds d’un New-York crasseux, magouilles syndicales, incendies, bagarres, virées nocturnes dans les bars… C’est le témoignage d’une époque.

William Burroughs est Will Dennison et Jack Kerouac est Mike Ryko. Ce roman est directement inspiré de leur vie à l’époque, avec leurs petites amies et leur bande de copains fêtards. L’un d’eux commet un meurtre. Par égard pour cette personne, Kerouac et Burroughs font un pacte : pas question de publier ce roman avant la mort de cette personne. Mort qui interviendra en 2005. Et les hippopotames… sera donc publié en 2008 seulement.

Que dire de la qualité littéraire de ce roman ? Sa valeur réside selon moi dans la description d’une époque et surtout  dans le fait qu’il s’agit d’une des premières œuvres de Kerouac et Burroughs. A noter que la post-face de James Grauerholz, ami de Burroughs, est très éclairante sur le contexte de la publication du livre.

American Psycho, Bret Easton Ellis

Après la lecture de Glamorama il y a 5 ans, j’étais resté sur l’idée que l’œuvre de Bret Easton Ellis n’était pas faite pour moi. Or je n’aime pas rester sur une mauvaise impression avec un auteur. D’où un nouveau contact avec cet auteur américain à travers American Psycho. Je savais à quoi m’attendre puisque j’avais déjà vu le film du même titre avec Christian Bale.

American Psycho

Le personnage central d’American Psycho s’appelle Patrick Bateman. C’est un riche héritier âgé de 27 ans qui travaille dans la finance à New-York. On ne sait pas exactement ce qu’il fait, on devine qu’il gère un portefeuille de fonds d’investissement. Patrick Bateman évolue dans un microcosme de collègues et de confrères : ils mangent dans les mêmes restaurants haut de gamme, ils fréquentent les mêmes clubs de sport et les mêmes boîtes de nuit élitistes. Ils partagent également les mêmes dealers de coke et les mêmes petites amies. Patrick Bateman et ses amis ont des personnalités interchangeables. Il arrive d’ailleurs que des connaissances s’adressent à lui sous le nom de Marcus Halberstram. Donc, on le confond mais peu importe, les relations sociales restent les mêmes, superficielles, le nom n’est que secondaire.
Au fur et à mesure du récit, on comprend que Patrick Bateman possède une deuxième personnalité plus sombre sous son vernis social. Il aime les cassettes vidéo de films violents et il éprouve une haine envers les pauvres, les femmes, les homosexuels et même les animaux. Cette haine se matérialise par des actes violents : relations sado-maso, torture, meurtres, viols, cannibalisme…

De par son contenu violent et pornographique, American Psycho est à ne pas mettre entre toutes les mains. Les descriptions sont très factuelles et sans émotion. Elles alternent toujours avec la description de la vie monotone du Patrick Bateman sociable et empathique. Ce personnage se révèle aussi ultra spécialiste, voire monomaniaque. Ainsi sont décrites par le menu détail les discographies respectives d’artistes pop tels que Phil Collins, Whitney Houston et Huey Lewis. Les moments de violence extrême sont d’autant plus surprenants dans une existence paisible, limite fade. Avec American Psycho, Bret Easton Ellis offre une critique de la société de consommation et son matérialisme sans relief. Patrick Bateman explose pour se libérer de sa condition de « gentil » consommateur superficiel accumulant les biens sans y penser. Le doute sera quand même permis puisque certains indices laissent à penser que ce que nous raconte Patrick Bateman n’est pas tout à fait vrai et qu’il s’agit peut-être de fantasmes ou d’épisodes délirants.

American Psycho est un roman que j’ai plus apprécié que Glamorama. La raison réside notamment dans le fait que suite à la publication de mon billet sur Glamorama, bon nombre de lecteurs m’ont laissé des commentaires pour m’éclairer sur l’univers de Bret Easton Ellis et sur son style si particulier. Après coup, je me dis qu’il me manquait des clefs de lecture importantes pour apprécier cet auteur.

Hygiène de l’assassin, Amélie Nothomb

Je vous disais en novembre 2007 vouloir faire une pause de quelques mois en ce qui concerne les livres d’Amélie Nothomb. Cette pause aura tout de même duré 3 ans et demi, jusqu’à ce que je me décide à me lancer dans la lecture d’Hygiène de l’assassin, le premier roman d’Amélie Nothomb paru en 1992.

Un écrivain célèbre vivant comme un reclus reçoit plusieurs journalistes les uns après les autres. Malgré son âge avancé, il les démolit complètement par ses colères, sa répartie et son mode de vie jusqu’à ce que se présente une jeune femme sur qui ses manières de rustre n’ont pas de prise.

Ce qui m’a surpris de prime abord est le fait que ce roman est composé dans sa totalité de dialogues. Ces derniers donnent un rythme soutenu au roman, d’autant que les différents interlocuteurs se répondent du tac au tac et font preuve d’une répartie cinglante. Le texte est digne d’une pièce de théâtre. A-t-il déjà été adapté sur une scène ? Il est savoureux de lire les différents personnages jouant au chat et à la souris afin de se prendre mutuellement en défaut.

Le roman est percutant aussi sur le fond. Les interviews de l’auteur nous entraînent dans les bas fond de l’être humain ou plutôt dans une réalité très physique. Le contraste est saisissant entre la volonté d’abstraction des trois premiers journalistes et ce romancier très ancré dans le physique. Il est question d’abus de nourriture, d’obésité, de handicap, de soumission, de sexualité, d’ inceste et de meurtre. Le lecteur en prend plein la vue. L’enfance du romancier, histoire dans l’histoire, ajoute une certaine profondeur au roman en abordant le thème du paradis perdu et du refus de grandir.

Entre gore et gothique, Hygiène de l’assassin est un très bon roman. Quand on pense que c’est un premier roman, on comprend que la critique se soit enthousiasmée pour Amélie Nothomb et son style. Me voilà donc réconcilié avec Amélie Nothomb et je ne pense pas attendre 3 ans et demi avant de me lancer dans un autre de ses romans.

 

Du même auteur :

Brigitte des Colères, Jérôme Lafond

Jérôme Lafond est la recrue de septembre avec son premier roman Brigitte des Colères.

Brigitte des Colères, Jérôme Lafond

Brigitte est une adolescente qui vit dans la campagne québécoise, dans la région des Basses Laurentides pour être plus précis. C’est une adolescente qu’on peut facilement qualifier de rebelle : elle pose un regard ironique et souvent sévère sur sa famille et fait tout pour s’en détacher. Elle s’isole dans sa chambre située au sous-sol de la maison familiale pour s’échapper dans un univers débridé fait de violence. Brigitte possède en effet une fascination pour le morbide et pour un supposé tueur en série qui bat la campagne environnante. Entre provocation et désinvolture de façade, elle a le sentiment de ne pas être comprise par ses proches.

Avec Brigitte des Colères, Jérôme Lafond signe un exercice de style original en se mettant dans la peau d’une adolescente de 16 ans. Son personnage est crédible. On ressent très bien la douleur et l’intelligence qui habitent Brigitte. Ce roman est une photographie de l’adolescence, un âge où on se construit sa personnalité en s’opposant aux autres. Bien sûr le roman comporte quelques clichés inhérent à l’adolescence : Brigitte est bien évidemment une ado rebelle, elle tombe sous le charme d’un musicien, son meilleur ami est amoureux d’elle mais ce n’est pas réciproque. Je trouve dommage que l’enquête policière sur laquelle repose une partie de l’intrigue (les meurtres en série) ne trouve pas de conclusion. Reste que j’ai aimé l’humour noir qui jalonne le roman du début à la fin. Le ton décalé pourra peut-être déstabiliser certains lecteurs mais Brigitte des Colères est un bon moment de lecture.

Les frères Karamazov, Dostoïevski

Après les Bienveillantes et ses 900 pages, j’ai enchaîné avec la lecture d’un autre gros livre de 950 pages : Les Frères Karamazov de Dostoïevski. Il m’a fallu un certain temps avant d’en venir à bout !

Ce livre est assez dur à résumer. Les frères Karamazov est un roman complexe. Il ne raconte pas vraiment une histoire mais constitue un tableau de la vie en Russie à l’époque de l’écrivain. C’est d’ailleurs assez déstabilisant car je m’attendais à rentrer plus rapidement dans l’histoire. Il y a plusieurs livres dans ce roman et chacun possède son rythme propre. Il n’y a pas vraiment de début avec un événement particulier. On lit tout d’abord un portrait très complet de chacun des personnages, principalement les trois frères Karamazov et leur père. Ce dernier, Fédor Karamazov, est un vieux bouffon libertin qui a des visées sur les jeunes femmes de la petite ville où se déroule l’action du livre. Le fils aîné, né d’un premier mariage, s’appelle Dimitri. C’est un ancien soldat à qui l’argent file entre les mains et qui est un fêtard invétéré. C’est également un grand romantique qui cite Schiller par cœur. Les deux autres fils Karamazov ont pour mère la deuxième épouse de leur père. Le premier s’appelle Ivan est l’intellectuel de la famille. Profondément laïque, sinon anti-clérical, il a des opinions libérales sur le monde qui vont à l’encontre des traditions de la société russe. Aliocha est le plus jeune des frères. Il est très religieux au point de rentrer dans un monastère où il suit les enseignements d’un staret, un religieux d’expérience propre au christianisme orthodoxe. Aliocha est le plus mesuré des frères Karamazov. La première partie du livre consiste à présenter l’histoire de la famille Karamazov et à brosser le portait détaillé de chacun de ses membres. L’air de rien, Dostoïevski pose ainsi les bases et donne des indices sur la suite de l’histoire. L’événement qui vient bouleverser la vie de chacun est l’assassinat du père Karamazov et il intervient dans le troisième quart du livre. La dernière partie du roman est consacrée au procès de son meurtrier présumé, son fils aîné Dimitri. Un procès très médiatisé qui passionne la petite ville et retient l’attention dans le reste de la Russie.

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J’ai eu du mal à lire les frères Karamazov. On ne sait pas tout de suite quelle direction va prendre le roman. C’est une fois le livre refermé que celui-ci prend tout son sens. Les personnages principaux sont très contrastés et s’affrontent dans des joutes verbales incroyables. Dostoïevski va jusqu’à présenter des argumentaires d’une vingtaine de page pour exposer les idées de ses personnages. Il est parfois difficile de se concentrer pour suivre les subtilités des points de vue. C’est très dense. Les frères Karamazov n’est donc pas un roman à part entière. Le livre prend des airs d’essai philosophique et politique. Je suppose que le roman était à l’époque un bon moyen de contourner la censure pour présenter des opinions qui ne convenaient pas au pouvoir en place. Dostoïevski devait savoir à quoi s’en tenir, lui qui avait goûté au pénitencier en Sibérie pour avoir exprimé des idées un peu trop libérales pour son époque. L’auteur joue au chat et à la souris car aucun courant d’idée ne semble être favorisé plutôt qu’un autre dans le livre. La seule idée qu’on peut se faire des opinions de Dostoïevski résulte du sort qui est réservé à chacun des personnages à la fin du roman. En résumé, les frères Karamazov est un gros morceau, tant par son nombre de page que par sa complexité.

Ma note : 3/5.