Titre de transport, Alice Michaud-Lapointe

la Recrue du mois

L’auteure québécoise Alice Michaud-Lapointe est la recrue du mois avec la publication d’un premier recueil de nouvelles intitulé Titre de transport.

Titre de transport - Alice Michaud-Lapointe

Vous l’aurez peut-être deviné avec le titre : le thème commun aux différentes nouvelles est le réseau du métro de Montréal. En effet, chaque nouvelle porte le nom d’une station de métro. Titre de transport est découpé en quatre partie, chacune portant la couleur d’une des quatre lignes de métro montréalaises. Fait amusant, comme la ligne jaune est la plus courte du réseau de métro, le chapitre Jaune du livre ne compte qu’une seule nouvelle. Les nouvelles se passent le plus souvent dans le métro mais parfois la station de métro n’est qu’un prétexte à raconter une belle histoire.

La nouvelle qui m’a le plus marqué est Place d’armes où le narrateur rend un hommage à la ville de Montréal et à sa diversité. Même s’il ne connaît pas la toponymie officielle de la ville, le narrateur parle de nombreux lieux peu connus qui font la richesse de la ville et qui sont à découvrir. Et c’est précisément ce à quoi s’attache Alice Michaud-Lapointe avec Titre de transport : célébrer la beauté de Montréal et partager sa diversité. Ainsi dans Villa Maria il est question de jeunes filles de diverses origines qui se disputent l’attention des garçons à la fin des cours. A Plamondon, c’est un chauffeur de taxi natif du Rwanda qui arrive à provoquer une mince ouverture sur le monde extérieur chez une jeune fille très centrée sur elle-même. Dans Square Victoria OACI, le voyage en métro et le vol à l’arraché dont il est la victime est chez un jeune homme la cause d’interrogations sur son parcours personnel. Du côté de Préfontaine dans l’Est de Montréal, Gloria a toujours connu une vie difficile, entre sa pauvreté chronique et son obésité. Le ton du texte est empreint de nostalgie pour un Montréal d’une autre époque.

A noter qu’Alice Michaud-Lapointe fait preuve d’inventivité dans la forme dans plusieurs nouvelles. Mention particulière à Lionel Groulx qui est rédigé sous la formes de petites annonces de personnes qui se sont croisées anonymement dans le métro. Cela donne à la fois un ton dynamique et doux amer au récit. Dans Côte-des-neiges, la nouvelle est rédigée sous la forme d’une seule phrase, une logorrhée d’un esprit dérangé en mode écriture automatique. Ce n’est pas le texte le plus facile à lire mais il rend bien compte de l’effervescence de cette station. Un peu plus classique mais percutant aussi, le texte intitulé Beaudry raconte la rupture d’un couple sous la forme d’un dialogue très animé sur les quais du métro, la rupture étant due à une infidélité.

Titre de transport propose aussi des sujets profonds avec des moments touchants comme dans Charlevoix où un homme entreprend le journal de ses journée comme thérapie suite à une déception amoureuse. Il observe les passants du métro en ruminant contre son ex-conjoint qui lui a caché sa séropositivité. Dans Assomption, on suit une jeune fille qui accompagne ses parents à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont pour rendre visite à un être cher hospitalisé.

Je pourrais lister ainsi la majorité des nouvelles car il y en a d’autres qui méritent quelques mots. Pour faire court, l’exercice mené par Alice Michaud-Lapointe avec Titre de transport est pour moi une réussite tant sur l’intérêt des récits riches et variés que sur la forme. Et surtout, c’est un art délicat dans l’écriture de nouvelles, l’auteure parvient avec succès à unifier des textes très différents autour d’une thématique commune.

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D’autres fantômes, Cassie Bérard

la Recrue du mois
Cassie Bérard est la recrue du mois avec son premier roman intitulé D’autres fantômes.

D'autres fantômes Cassie Bérard

Station Trocadéro à Paris, une jeune femme se jette sous un métro et meurt. Albert est témoin direct de la mort violente de cette inconnue. Cet épisode tragique le marque et il décide de retrouver l’identité de la suicidée. Cette quête vire rapidement à l’obsession et l’entraîne à la rencontre de nombreuses personnes. Son enquête fait resurgir des souvenirs d’enfance, en particulier les bons moments vécus avec son grand-père et sa sœur Juliette. Cette quête est intense pour Albert et les relations avec sa femme et ses enfants en pâtissent.

D’autres fantômes est un roman sur les faux semblants. Il ne faut pas forcément croire tout ce que raconte le narrateur car il ne se connaît pas lui-même. Ce qu’il raconte est très subjectif, c’est le fruit de sensations, d’impressions pas toujours tangibles. Il est en plein questionnement sur son identité et ses priorités dans la vie. Il ne faut pas non plus faire confiance à sa mémoire car dans son esprit tout est confus, notamment les nombreux secrets de famille auxquels il est confronté.
Dans sa quête de l’inconnue du métro, il erre dans Paris et croise de nombreux personnages qui le mènent sur de nombreuses fausses pistes. Il s’égare dans Paris comme il s’égare dans son esprit.
D’autres fantômes est un écho à René Descartes et son discours de la méthode, livre qui contient le fameux « je pense donc je suis ». Albert pense, mais est-il vraiment ? Il a une pensée construite sur ce qu’il vit mais le lecteur finit par douter de la réalité même de ce narrateur.
Au sein du roman de Cassie Bérard, le questionnement sur l’identité s’appuie sur l’analyse de la mort et de l’enfance. Ce sont les deux faces d’une même pièce, le point de départ et la fin de la vie. Les deux se répondent dans l’esprit du narrateur et déclenchent des interrogations sur qui il est et comment il s’est construit en tant que personne.

Avec D’autres fantômes, Cassie Bérard a choisi de traiter de sujets difficiles. Il faut aimer être plongé dans les pensées de quelqu’un et même de se perdre dans les méandres de l’esprit. Reste que ce roman est long, trop long. Je n’ai pas saisi la nécessité de multiplier les rencontres avec des personnages différents dans la recherche de l’inconnue du métro. Il faut réellement s’accrocher, le roman n’est pas pour les lecteurs qui veulent lire une histoire. Le résumé est un peu trompeur en ce sens car le roman n’est pas une enquête mais une quête de soi. D’autres fantômes, une fois refermé, pose beaucoup plus de questions qu’il n’apporte de réponses et comme lecteur je n’ai pas véritablement su mesurer les intentions de l’auteure.