Peut-être jamais, Maxime Collins

J’ai lu le premier roman de Maxime Collins dans le cadre de la Recrue du Mois. Il publie cette année un deuxième roman intitulé Peut-être jamais.

Peut-etre jamais Maxime Collins

Peut-être jamais est le journal d’un jeune homme sur plusieurs années : le récit commence en 2003 pour s’achever en 2020. Au début du roman, le narrateur est un jeune homme à l’aube de la vingtaine et il s’interroge sur sa sexualité. En effet tout commence avec un ménage à trois car ce jeune homme partage sa vie avec deux amants, une femme et un homme. Le narrateur se construit au fur et à mesure du récit malgré les embûches qui se mettent sur son chemin. Il se met notamment en couple avec un homme qui le domine, auquel le narrateur est complètement soumis, non seulement sexuellement mais il l’humilie, le trompe et l’utilise. Et c’est paradoxal pour le narrateur qui sait que cette relation est toxique mais qui y prend du plaisir (jusqu’à un certain point). Il ne se définit que par rapport à son compagnon qui le traite mal. Il remonte la pente mais c’est pour mieux retomber ensuite dans les bras de cet amant.

Peut-être jamais est à classer dans la catégorie des romans d’apprentissage. Et il s’agit là d’un apprentissage difficile, en raison de cette relation toxique. C’est dur de se définir, de trouver qui on est, ce qu’on veut quand on aborde la vingtaine surtout quand on est un jeune homosexuel à qui la société (à travers la famille principalement dans le cas présent) n’offre pas de perspectives pour développer une estime de soi. Heureusement les amis du personnage principal sont là pour l’épauler et le soutenir dans les moments difficiles. Même si le sujet du roman est éminemment intime, je trouve que Peut-être jamais a une portée plus large que le simple récit d’un parcours individuel. Il contient un message qui parle à celles et ceux qui ne se reconnaissent pas dans les modèles dominants qui sont véhiculés sur le genre, la vie amoureuse et la sexualité. Je note tout de même que le roman se termine sur un happy end rêvé, signe que l’auteur est un indécrottable optimiste.

Sur la forme, j’ai trouvé que Maxime Collins a très bien construit son roman : chaque chapitre correspond à un nouvel an. C’est une bonne trouvaille qui permet de retrouver le narrateur régulièrement et de constater avec lui ce qui a changé ou n’a pas changé dans sa vie. En particulier à ce moment charnière de l’année où tout le monde prend des bonnes résolutions en mettant le passé derrière soi. Ou tout du moins essaie.

La lecture de Peut-être jamais sera réservée à un public averti que les scènes explicites de sexe ne choquent pas.

Comme si de rien n’était, Maxime Collins

Maxime Collins est la recrue du mois de juillet avec son premier roman Comme si de rien n’était.

Avec Comme si de rien n’était, Maxime Collins évite de nombreux pièges dans lesquels les jeunes auteurs peuvent tomber. Son économie de mots donne du rythme aux quatre récits qui composent le roman. En effet, étant donné que le narrateur nous présente des personnages qui se cherchent, Maxime Collins aurait pu se laisser aller à une logorrhée sans fin sur les états d’âmes de chacun. Au contraire, il livre juste ce qu’il faut pour accrocher le lecteur et l’entraîner dans l’univers de chacun des protagonistes. Et c’est heureux d’avoir placé l’histoire de Benjamin au début du roman car c’est la plus rythmée. Dès les premières pages, j’ai été intrigué par son activité peu commune qui nous est dévoilée au fur et à mesure. Et j’ai retenu mon souffle dans sa course folle.

Les personnages du roman, justement. Ils sont tout à fait crédibles. Si je devais les caricaturer, on a affaire à un gigolo, un puceau, une pute et un homo. Mais c’est un autre piège dans lequel Maxime Collins n’est pas tombé : ses personnages ne sont pas caricaturaux. Ces quatre personnes dans la jeune vingtaine ont en commun le fait de s’être exilées de Montréal (qui à Nice, qui au Havre, qui à Toronto et qui en Grèce) pour trouver des réponses à des questionnements divers. La distance ne réglant aucun problème, ils trouveront des pistes de réponses par le biais de leur sexualité. Loin d’être racoleuse comme dans certains romans, la chose sexuelle n’est dans ce roman que la partie émergée d’une quête de soi et de la recherche d’un bonheur aux contours mal dégrossis. Le mal-être de chacun est plus profond et l’auteur n’offre ni solution miracle ni pirouette finale pour éviter de répondre à la problématique qu’il pose.

Je trouve donc que Maxime Collins signe un bon premier roman, bien connecté aux questionnements des individus de son époque. Seul bémol tout personnel, je n’ai pas vu un grand intérêt à nous présenter ces parcours par le biais d’un narrateur omniscient qui constitue finalement un lien ténu entre les personnages.