My absolute darling, Gabriel Tallent

Attention malaise. Ou plutôt malaises. Il faut l’écrire au pluriel car on bascule à plusieurs reprises du côté sombre de l’âme humaine dans My absolute darling, le premier roman de l’auteur américain Gabriel Tallent.

On peut faire confiance aux éditions Gallmeister pour dénicher des voix originales qui hésitent pas à aborder des thèmes qui dérangent. Ces gens-là ne peuvent pas s’empêcher de gratter les croûtes de nos petits et grands bobos. Et c’est le cas de Gabriel Tallent. Que nous raconte-t-il dans ce roman ?

My absolute darling raconte l’histoire d’une jeune fille surnommée Turtle. Elle a 14 ans et vit avec son père depuis le décès de sa mère alors qu’elle était encore une enfant. Le problème est que son père est un peu extrême dans son éducation (euphémisme !). Il veut qu’elle soit forte dans sa tête et physiquement et qu’elle sache manier les armes à feu. Il y en a une petite collection dans la maison et chaque jour est le prétexte à un exercice et à des leçons de vie. La maison est très mal entretenue avec des murs ouverts aux courants d’air et un mobilier fait de bric et de broc. Au collège, Turtle est une élève en difficulté. Sa situation interpelle une de ses professeurs mais Turtle se ferme quand on lui demande comment ça va à la maison.

Pour tout vous dire j’ai failli arrêter ma lecture à la fin du premier chapitre car il se termine sur une scène très dure. Et puis j’ai continué mais toujours avec une boule à l’estomac. J’ai eu envie de savoir si une issue était possible pour Turtle étant donné la situation. Et je me suis même plongé sérieusement dans le récit un peu fou imaginé par Gabriel Tallent, enchaînant les chapitres jusqu’au dénouement. Voilà donc un roman qui secoue son lecteur. Que le premier qui reste indifférent à la lecture de My absolute darling lève la main !

Publicités

Onze petites trahisons, Agnès Gruda

La recrue du mois d’août 2010 est Agnès Gruda, journaliste spécialiste des grandes questions internationales pour le journal La Presse. Elle publie un recueil de nouvelles intitulé Onze petites trahisons.

Agnès Gruda propose onze nouvelles au sein de ce recueil. Elle ont pour thème commun les petites trahisons du quotidien. Les personnages de ces nouvelles trahissent tantôt leur parole tantôt leur idéaux ou tout simplement leur bonne conscience. Les raisons pour le faire ne sont jamais bonnes : paresse, facilité, indifférence. Agnès Gruda excelle à mettre le doigt sur les petits malaises qui dérangent. Elle pointe les incohérences des individus, cette zone grisée entre le bien et le mal où le libre arbitre ne penche pas toujours du bon côté. Avec ces onze nouvelles qui se dévorent l’une après l’autre, Agnès Gruda fait preuve d’une sensibilité qui témoigne d’un grand talent d’observation du genre humain.

Pour une première oeuvre, Agnès Gruda passe le test haut la main. Je lui décerne en plus deux mentions spéciales. Tout d’abord une excellente description du Québec actuel : on y parle des immigrants et de leurs difficultés d’intégration, du système de santé défaillant et des différents quartiers de Montréal. Par ailleurs, cette journaliste de profession insère habilement des éléments d’actualité internationale tels que le conflit entre les peuples de l’ex-Yougoslavie, la réalité du Liban et la chute du communisme en Russie.