Le Caïd et autres nouvelles, William Faulkner

J’ai déjà eu l’occasion de parler de William Faulkner à 2 reprises sur ce blog : la première fois lors de la lecture du Bruit et la fureur et une seconde fois avec Lumière d’août. Ces deux lectures dataient de 2008 et je n’avais pas depuis rouvert un livre de cet auteur américain. C’est maintenant chose du passé puisque je viens de terminer un recueil de nouvelles intitulé Le Caïd et autres nouvelles.

Le Caïd et autres nouvelles, William Faulkner

Ce recueil de 6 nouvelles est en fait extrait d’un recueil plus large intitulé Idylle au désert. Voici un résumé ultra rapide des différentes nouvelles qui composent ce recueil :

  • Le Caïd : histoire d’un notable d’une ville américaine qui a des liens interlopes
  • Neige : un Américain se remémore un voyage dans les Alpes suisses
  • Frankie et Johnny : une jeune fille et ses premières amours
  • Le prêtre : les interrogations d’un futur prêtre sur la sexualité
  • L’esprit d’économie : l’histoire incroyable d’un Ecossais pendant la seconde guerre mondiale
  • Mr Acarius : un homme riche s’ennuie et décide de se créer des problèmes afin de vivre une expérience hors du commun

J’ai retrouvé dans ces nouvelles ce qui selon moi fait l’intérêt d’un auteur comme Faulkner : on entre directement dans l’histoire et c’est au lecteur de travailler pour essayer de se situer et reconstituer ce qu’il a autour, la situation plus globale. Il faut donc faire des efforts pour s’imprégner des univers créés par l’auteur. Et dans chacune de ces nouvelles, Faulkner révèle un grand talent pour dresser le portrait de ses personnages, aussi différents soient ils.

Pour ceux qui s’interrogent sur la capacité de Faulkner à s’exprimer dans un format aussi court que la nouvelle, et bien il y arrive très bien. Chaque nouvelle possède une atmosphère propre et est suffisamment développée dans les contraintes d’espace de la nouvelle. Et chose à laquelle je ne m’attendais pas de la part de Faulkner qui dégage une image d’auteur sérieux, il développe des thèmes originaux comme dans les nouvelles intitulées L’esprit d’économie et Mr Acarius.

Publicités

Lumière d’août, William Faulkner

Après avoir lu le bruit et la fureur un peu plus tôt cette année et surtout après avoir lu les nombreux commentaires de lecteurs passionnés par l’œuvre de Faulkner, je me devais de me lancer dans un autre livre de cet écrivain américain. J’ai choisi Lumière d’août qui semble t-il est une de ses œuvres les plus accessibles.

Pendant un moment, j’ai cru que Lumière d’août était de facture bien plus classique que le bruit et la fureur. Mais ce n’est vrai que dans une certaine mesure.

Le personnage central de Lumière d’août est Joe Christmas, un homme sombre qui va commettre un assassinat. Il va tuer sa maitresse et tenter de dissimuler son acte en mettant le feu à sa maison. Au fur et à mesure du livre, on en apprend plus sur les circonstances entourant ses relations avec la victime, sur sa petite enfance à l’orphelinat, son placement dans une famille d’accueil et sur son adolescence et sa découverte de la sexualité. On apprend aussi que Joe Christmas a du sang noir, un élément qui a toute son importance dans le Sud des Etats-Unis. Tout cela va avoir une grande influence sur son comportement et sur ses relations avec les femmes.

Lumière d’août est composé de parties narratives relativement classiques. Mais comme dans le bruit et la fureur, Faulkner nous fait aussi rentrer dans la tête des protagonistes. Les pensées de leur esprit nous sont connues, ils passent du coq à l’âne, mêlant passé et présent, conditionnés par leurs sensations passées.

Lumière d’août est bien plus que la simple chronique de la vie de Joe Christmas. Dans ce livre, nombreux sont les portraits de ces hommes et de ces femmes du Sud des Etats-Unis. Le roman se déroule sur une toile de fond esclavagiste où les Yankees sont hais. L’ambiance est imprégnée de cette religion austère pratiquée par des paysans durs. La société est bien-pensante et les rumeurs conduisent rapidement à un ostracisme envers les soit-disant moutons noirs. Chacun doit être à sa place dans ce contexte, et particulièrement les femmes et les « nègres ».

Je pense que Faulkner a voulu avec Lumière d’août faire un livre sur le destin, sur le côté inéluctable des trajectoires humaines. Dans le monde de Faulkner, on n’est pas libre de ses actes. Chacun des personnages est la victime d’un certain déterminisme, celui qui est voulu par la société dans laquelle ils vivent. Mais là où je trouve que ce déterminisme trouve ces limites, c’est quand Joe Christmas est décrit comme étant influencé dans ses actions tantôt par son sang blanc tantôt par son sang noir. Peut-être que cela correspondait à une conception commune à l’époque. Mais aujourd’hui ça passe mal. Faulkner n’est pas le premier écrivain à voir sa vision de la société contredite par le temps qui passe. On pensera à Zola et sa volonté de démontrer que les actions de ses personnages sont déterminées à la fois par l’hérédité et le milieu social. On sait aujourd’hui que ce n’était qu’une théorie fumeuse. Mais qui n’enlève rien à la valeur littéraire d’Émile Zola. Même chose pour William Faulkner.