L’immoraliste, André Gide

Faire les fonds de placard et tomber sur ce bouquin qui sent bon le vieux livre sans tomber dans le moisi. Ah tiens André Gide ! J’ai aimé Les nourritures terrestres, pourquoi ne pas essayer L’immoraliste ?

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Michel convoque ses meilleurs amis dans sa maison en Algérie pour leur faire le récit de sa vie depuis qu’ils ne se sont vus. Le narrateur rapporte leur conversation et le récit fait par ledit Michel. Après de études brillantes en archéologie, Michel se marie avec Marceline sans que ce soit le grand amour. Lors de leur voyage de noces, Michel tombe gravement malade. Marceline se montre alors totalement dévouée et se démène pour le soigner. Il se rétablit petit à petit au contact de jeunes garçons. De retour en France, il s’établit dans une exploitation fermière où il découvre le travail de la ferme au contact de son personnel. Amusé par la roublardise de certains qui profitent de lui, il encourage leur comportement. Marceline et lui déménagent ensuite à Paris où Michel trouve insupportables les conventions sociales parisiennes. Il retrouve un ami nommé Ménalque qui, n’éprouvant ni remords, ni regrets, ni repentirs, vit dans le présent. Au contact de Ménalque, Michel se rend compte qu’il est lui-même de plus en plus dans le même état d’esprit. Bien que Marceline soit souffrante à cause d’une fausse couche, il décide de partir en voyage avec elle. Michel se révèle un piètre aide soignant pour Marceline alors que celle-ci s’était entièrement consacrée à son rétablissement. Dépourvu de gratitude et de sens moral, il n’empêchera pas la mort de son épouse.

L’immoraliste raconte le parcours d’un homme sur la voie de l’individualisme, de l’égoïsme même. La proximité de la mort fait changer Michel et, au fur et à mesure de nouvelles rencontres, il se révèle détaché de la conscience morale de son époque. Pris de pulsions, il choisit de les vivre au mépris des convenances. Le propos du roman est intemporel : c’est l’affrontement entre désir individuel et règles sociales. Plus d’un siècle après sa parution (1902), l’immoraliste reste donc d’actualité d’un point de vue philosophique. D’un point de vue littéraire, le style classique et dépouillé d’André Gide fait de l’immoraliste un roman toujours plaisant à lire.

Une semaine de vacances, Christine Angot

Christine Angot fait partie de ces auteures françaises que je n’ai pas encore lues, malgré de nombreux articles dans la presse au cours des dernières années. Je fais connaissance avec son oeuvre avec Une semaine de vacances, découvert à la bibliothèque.

Une semaine de vacances, Christine Angot

Dans les années 70, un homme marié est en vacances avec une très jeune femme, beaucoup plus jeune que lui, c’est une adolescente. Elle est vierge. Manipulateur, il « respecte » sa virginité en exigeant d’elles de nombreuses fellations et la force à une relation anale. Il n’est pas intéressé par sa conversation, ce qu’elle désire ou ce qu’elle pense. Elle n’est que l’accessoire de son plaisir. Quand elle ose émettre le début d’une opinion, il se débarrasse d’elle.

En un peu plus de 100 pages, Christine Angot signe un roman à la fois puissant et insupportable. Ecrit sur un ton neutre avec des descriptions presque cliniques, une semaine de vacances démonte les mécanismes de cette relation pédophile, voire incestueuse. L’homme domine totalement la jeune fille. Uniquement centré sur lui-même, il la rabaisse et la manipule pour assouvir ses plaisirs pervers. Il n’y a rien de sexuel dans ce que décrit Christine Angot. Il n’y a aucune ambiguïté possible.

Le sujet du roman est choquant, dégueulasse même. On peut évidemment débattre de la nécessité d’aller aussi loin dans la littérature, d’aborder de tels sujets. Une semaine de vacances est en effet un roman qui ne peut pas laisser insensible. Il choquera évidemment de nombreux lecteurs qui trouveront que le sordide n’a pas sa place dans la littérature. Je suis plutôt de ceux qui pensent que la pudeur et l’auto-censure n’ont pas leur place dans la création littéraire. Oui je me suis senti mal à l’aise à la lecture d’une semaine de vacances (ce qui est plutôt sain). Mais si j’en restais à mon petit confort de lecteur, j’aurais l’impression de ne pas évoluer intellectuellement. Il faut de temps en temps se frotter à des propos qui dérangent.

14, Jean Echenoz

L’auteur français Jean Echenoz propose un court roman sur fond de Première Guerre mondiale. Ce roman est sobrement intitulé 14.

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Anthime est un jeune vendéen qui est mobilisé dans les premiers avec plusieurs jeunes hommes de son âge. Le roman commence dans un esprit léger, chacun pensant que la guerre va être courte. Ce début de guerre quasiment euphorique tranche au fur et à mesure que les soldats font connaissance avec le quotidien des tranchées, la mort qui frappe soudainement, les blessures, les parasites, les attaques de gaz, les désertions. Bref les horreurs de la guerre. Chacun se surprend à espérer la belle blessure, celle qui permettra de retourner à la vie civile sans être trop amoché. Et attendant, on consomme de l’alcool pour se donner du courage. A l’arrière, les civils se réinventent une vie alors que les villages sont vidés des jeunes hommes partis au front et que les usines doivent tourner pour approvisionner les armées dans le cadre de l’effort de guerre.

Avec 14, Jean Echenoz signe un roman tout en sobriété, dans un style littéraire certes, pour décrire la dure réalité que découvrent les jeunes hommes mobilisés lors de la Première Guerre Mondiale. Leur naïveté se transforme petit à petit en désarroi puis en résignation dans ce roman court mais riche. Entre les parcours individuels d’une génération sacrifiée et l’Histoire avec un grand H, voici un ouvrage touchant et nécessaire qui doit faire partie de notre devoir de mémoire.

En finir avec Eddy Bellegueule, Edouard Louis

Ça fait un bon moment que je vois passer des articles et des commentaires de blogues élogieux sur le roman d’Edouard Louis. En finir avec Eddy Bellegueule lui a permis de remporter le prix Goncourt du premier roman.

En finir avec Eddy Bellegueule - Edouard Louis

Eddy Bellegueule est un jeune homme qui revient sur son enfance et son adolescence dans un village de la Somme. Il vit des moments difficiles car il est efféminé (« il fait des manières ») dans un milieu social où les hommes doivent être virils dès le plus jeune âge. Eddy est victime d’intimidations de la part d’élèves de son collège.

Le roman d’Edouard est courageux pour plusieurs raisons.
La première d’entre elles est que ce roman est dans une large mesure (en totalité ?) autobiographique. Edouard Louis est Eddy Bellegueule. Il a changé son nom à l’âge adulte pour rompre avec son passé. J’imagine que ce n’est pas facile pour lui de revenir sur les brimades qu’il a subies de son entourage, famille comprise et sur une découverte compliquée de la sexualité. Son parcours lui a permis de s’extirper du milieu social où il est né. On peut discuter de sa volonté de rompre avec ses origines mais c’est un choix personnel qui peut se comprendre étant donné ce qu’il a vécu. Comment ne pas avoir développé une telle conscience de soi quand on lui a martelé qu’il était différent ?
En finir avec Eddy Bellegueule est également un texte courageux car il pose un regard sans concession sur le monde ouvrier en milieu rural. Il raconte la pauvreté de sa famille, le chômage qui frappe durement son village, l’échec scolaire et les conditions de vie difficiles. J’ai indirectement connu ce monde (dans une autre région que la Picardie) et oui l’alcoolisme y est une réalité, oui c’est un milieu social culturellement pauvre et oui c’est un milieu homophobe et raciste. Et ces comportements se répètent de génération en génération. Le texte d’Edouard Louis n’est certes pas politiquement correct mais il est juste car il n’idéalise pas sur un monde ouvrier romantique plein de belles valeurs.
Enfin le roman d’Edouard Louis est courageux car il ne cherche pas à excuser ou à expliquer pourquoi les gens sont comme ils sont. C’est une description brute sans pudeur avec des mots qui expriment la violence des comportements.

Toutefois, Edouard Louis pourrait aussi admettre, et il est bien placé pour l’avoir vécu, que l’atavisme n’est pas une fatalité. Il est possible de sortir de son milieu social au mérite. Ça ne ressort pas suffisamment dans un roman qui parle surtout d’individus victimes de leur milieu.

Pour ma part j’ai dévoré ce roman en quelques heures. Difficile de rester indifférent à son style direct et à un récit captivant sur un sujet difficile.

Naissance d’un pont, Maylis de Kerangal

Après Tangente vers l’Est, je lis un deuxième roman de Maylis de Kerangal qui s’intitule Naissance d’un pont. Ce roman a obtenu le prix Médicis en 2010.

Naissance d'un pont, Maylis de Kerangal

Le titre est bien fidèle au récit puisque Naissance d’un pont raconte la construction d’un pont dans la ville fictive de Coca. Ce pont doit servir à enjamber une rivière qui jusque là ne pouvait être traversée que par un petit pont et des bacs. Le maire de la ville, mégalomane inspiré par les constructions sorties du désert dans la péninsule arabique, rêve d’un pont majestueux qui placera sa ville sur la carte du monde. Ce projet nécessite les compétences de nombreuses personnes.

Avec Naissance d’un pont, Maylis de Kerangal rend compte avec talent de toutes les parties prenantes à la construction d’un tel ouvrage d’art. Le récit compte de nombreux personnages comme le directeur de chantier, un grutier, la responsable du béton, les ouvriers mais aussi tout ceux qui sont opposés à la construction du pont comme les Indiens qui vivent dans la forêt sur l’autre rive du fleuve et qui voient leur mode de vie menacé, mais aussi les propriétaires des bacs pour qui le pont signifie la fin de leurs juteuses affaires. Le récit alterne entre l’élan collectif qui rend possible la construction du pont mais aussi les trajectoires individuelles et les aspirations de chacun alors qu’ils participent à la construction de l’ouvrage. Maylis de Kerangal sait raconter une histoire car chaque parcours individuel est passionnant à suivre. Toutes ces histoires forment une mosaïque qui racontent la construction du pont.

De l’idée du pont à son inauguration, toutes les étapes de cette construction sont narrées par Maylis de Kerangal : le fleuve dragué, les tours auxquelles le pont sera suspendu, la pose des tablier et des câbles. Le sujet est moderne et m’évoque ce que faisait Zola lorsqu’il décrivait les forces économiques à l’oeuvre pendant le Second Empire (Au bonheur des dames, Germinal, la curée…). Il est notamment question des motivations opposées entre l’entreprise chargée d’assurer la construction du pont dans les délais avec les meilleurs coûts possibles et les ouvriers qui cherchent à obtenir une meilleure rémunération en faisant grève. Maylis de Kerangal propose en ce sens un roman néo-réaliste très intéressant à lire.

L’étourdissement, Joël Egloff

Premier contact avec l’auteur français Joël Egloff et un court roman (137 pages) intitulé L’étourdissement.

Etourdissement Egloff

L’étourdissement peut se résumer très simplement : le narrateur raconte son quotidien d’employé d’abattoir dans une ville sombre et sale. Pas très vendeur vous me direz mais l’intérêt de L’étourdissement est qu’il s’agit d’un roman d’ambiance.

Le narrateur vit avec sa grand-mère qui ne quitte plus la maison. De temps en temps, il pique des tripes qu’il cache dans ses sous-vêtements pour améliorer l’ordinaire à table. Son travail à l’abattoir est abrutissant avec un petit chef toujours sur son dos. L’abattoir est situé au bout des pistes de l’aéroport et les pauses se font sous les bruits des avions qui décollent. Et quand il rentre du travail, il faut qu’il se méfie des meutes de chiens affamés qui errent sur les routes. Quant aux vacances, elles ont lieu à la décharge, lieu magique pour les enfants en quête d’aventure.

L’étourdissement est un roman avec une toile de fond sinistre entre pauvreté, pollution et une cruelle absence d’horizons au sens propre (le brouillard est comme un couvercle permanent sur la ville) comme au sens figuré (il n’y a aucun échappatoire). Mais malgré le choix d’une ambiance sombre, Joël Egloff signe un beau texte qui entretient un mince espoir et qui comporte beaucoup d’humour. Il s’agit d’humour noir, étant donné les circonstances. J’ai particulièrement aimé le passage où le narrateur est accompagné de son collègue pour annoncer le décès accidentel d’un autre collègue à sa veuve. Rien d’amusant de prime abord mais cette scène est tellement bien écrite que c’est irrésistible. Il faut s’attendre à tout dans ce roman !

Chevrotine, Eric Fottorino

Comme pour la lecture précédente, L’autoroute de Luc Lang, j’ai choisi Chevrotine d’Eric Fottorino à la bibliothèque parce qu’il était mis en avant sur un présentoir. Rencontre fortuite avec un auteur que je ne connaissais pas (même si son nom ne m’était pas inconnu).

Chevrotine Eric Fottorino

Alcide Chapireau est un ancien marin devenu conchyculteur et ostréiculteur. A la retraite et très malade, il décide d’écrire à sa fille Automne pour lui avouer que sa mère, dont elle n’a aucun souvenir, n’a pas disparu mais que lui, Alcide, l’a assassinée. Il revient donc sur sa relation avec Laura qui fut sa seconde épouse. En effet, la première femme d’Alcide, qui se prénommait Nélie, est décédée jeune d’une maladie foudroyante, le laissant veuf avec deux garçons à élever. Alors qu’il ne croyait pas pouvoir refaire sa vie, il rencontre Laura avec qui l’entente est tout de suite très bonne. Elle emménage rapidement chez lui et tombe enceinte. Mais dès lors va se révéler une Laura à la personnalité plus sombre. Tout empirera jusqu’au point où Alcide tuera son épouse d’un coup de fusil (chargé de la chevrotine qui donne son titre au roman).

Chevrotine est un roman très réussi. Eric Fottorino décrit très bien cette relation de couple qui se dégrade inexorablement et qui détruit toute une famille. L’engrenage toxique sans issue se met en place petit à petit dans le récit, c’est habilement construit. Evidemment on se pose la question des raisons du dénouement tragique. La réponse donnée par Eric Fottorino est toute en nuance car chacun des protagonistes possède sa part de responsabilité. Laura a une personnalité qui ne lui permet pas de vivre dans le bonheur, c’est pourquoi elle s’évertue à tout dénigrer chez son conjoint, y compris sa précédente épouse et ses deux garçons. Sa haine se distille d’abord petit à petit pour enfler et prendre une ampleur démesurée. La faute est agelement celle d’Alcide, homme taciturne mal équipé pour répondre aux attaques de Laura. Il est trop faible pour s’opposer à elle et tirer un trait sur une relation qu’il a longtemps idéalisé. Le prix à payer est pourtant énorme car il renonce à ses deux fils aînés. Le parallèle est cruel entre le glissement qui s’opère dans la relation et la maison familiale dont les fondations finissent détruites par un glissement de terrain.

Je ne pratiquais pas Eric Fottorino comme auteur mais je vais m’intéresser à son oeuvre à l’avenir. J’ai particulièrement aimé ce roman car même si le sujet est difficile, il est construit de telle manière qu’il est impossible de rester indifférent au récit. Chevrotine est très proche d’une tragédie grecque : on sait ce qui va se passer, l’intérêt n’est pas dans le suspense mais bien dans la manière dont on y arrive inéluctablement.

L’autoroute, Luc Lang

Prendre un livre à la bibliothèque simplement parce qu’il est écrit dessus « Rentrée littéraire 2014 » et parce que je me sens un peu déconnecté de l’actualité du livre ces derniers temps. Tomber sur L’autoroute de Luc Lang, un auteur que je ne connaissais pas jusqu’alors.

L'autoroute - Luc Lang

Frédéric est un ouvrier agricole saisonnier, saxophoniste à ses heures, qui attend une correspondance en passant le temps à la brasserie de la gare. Il est abordé par un couple, Thérèse et Lucien. Elle est très volubile quand lui est taciturne. Elle invite Frédéric dans le manoir qu’ils habitent, fruit d’un héritage familial, en bordure d’autoroute. Frédéric les suit, changeant ainsi sa destination, et commence alors une cohabitation avec ce couple improbable. Frédéric fait alors plus ample connaissance avec Thérèse, une femme haute en couleurs.

L’autoroute est un court texte que je qualifierais de diesel : il commence doucement et trouve son rythme petit à petit pour finir carrément en apothéose. L’autoroute est un modèle de novella, ce terme qui désigne une longue nouvelle. Le texte est particulièrement bien travaillé. Le style est plutôt littéraire et donne un côté intemporel au récit. Thérèse est le personnage principal de ce roman. Le narrateur, Frédéric, n’est que le prétexte à décrire la personnalité flamboyante de Thérèse. Les contours de Thérèse sont mal dégrossis au début, pour aller ensuite jusqu’au cœur de ce qui fait la riche personnalité de cette femme. Le récit est touchant et malgré des personnages peu bavards, il se révèle être tout en sensibilité.

Pour finir, surprise à la lecture car le récit se passe dans le Nord de la France mais pas ce Nord souvent caricatural. C’est une toile de fond discrète faite d’arrachage de betteraves et de flux de camions qui défilent sur l’autoroute.

Je retiens donc de cette lecture le nom de Luc Lang, à creuser !

L’amour dure trois ans, Frédéric Beigbeder

Je reviens régulièrement vers Frédéric Beigbeder. Cette fois-ci, c’est au tour de son roman L’amour dure trois ans.

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Marc Marronnier, narrateur et alter ego de l’auteur, vient de divorcer d’Anne après 3 ans de mariage. Prompt à généraliser, il décrète que l’amour ne peut que durer que 3 ans. Mais son véritable malheur ne vient pas du fait qu’il divorce mais bien qu’il tombe amoureux d’Alice, une femme mariée avec qui il vit une aventure, et que cet amour n’est pas réciproque.

Nous avons donc affaire à un narrateur rapide sur les généralisations, sur l’auto apitoiement et qui dégaine théorie sur théorie pour tenter d’expliquer son malheur. Je trouve que c’est une attitude très française : on fait dans la provocation comme entrée en matière puis le propos se fait ensuite plus nuancé. Et on arrive en effet assez rapidement dans la nuance : plus que la fin de son mariage qu’il admet avoir conclu hâtivement sous la pression sociale, c’est cet amour non partagé qui plonge le narrateur dans une profonde déprime.

Beigbeder affirme par la voix de son narrateur être un cynique romantique, deux termes a priori antinomiques. Mais c’est exactement ce qui ressort du récit. Le narrateur est cynique : il est capable de décrire une biture qui se termine par une diarrhée spectaculaire ou de se taper une inconnue  juste parce qu’il en a l’occasion en l’absence de celle qu’il aime. Mais c’est aussi un indécrottable romantique auteur de lettres passionnées pour celle qui l’obsède ou capable de passer tous les soirs devant chez elle.

Frédéric Beigbeder est maître dans l’alliance du cru et de l’esprit. C’est un trait très humain, plein de contradictions. Si on met de côté l’aspect provocation qui est une de ses habitudes, le tout est agréable à lire justement à cause de ces contradictions. Ça peut donner l’impression d’un roman touffu qui part un peu dans tous les sens mais au bout de la lecture tout se place bien. Le narrateur nous annonce que le happy end n’est pas possible (souvenez-vous de sa théorie : l’amour ne dure que 3 ans) mais même s’il laisse planer le mystère, il achève de nous convaincre qu’il est avant tout un romantique.

 

Du même auteur :

L’enfant tombée des rêves, Marie Charrel

L’enfant tombée des rêves est le deuxième roman de Marie Charrel.

Lenfant tombee des reves Marie Charrel

Emilie, 12 ans, a peint un tableau avec un personnage qui tombe d’un balcon. La vue de ce tableau a provoqué chez son père une réaction inattendue. Dès lors, Emilie va se poser de nombreuses questions sur sa famille.

L’enfant tombée des rêves est le questionnement d’une jeune adolescente sur la famille. Mais ne vous y trompez pas, cette interrogation dépasse le cadre de l’adolescence et souligne l’importance de savoir qui on est et d’où on vient car adulte comme enfant, nos racines nous aident à nous définir.

Le récit est très bien mené par Marie Charrel. Il comporte tout ce qu’il faut de suspense pour que le lecteur ait envie de savoir comment tout cela se termine. Bon il est vrai qu’au fur et à mesure du roman, on devine ce vers quoi on se dirige. Il n’y a pas de véritable surprise mais il reste que je n’ai pas lâché ce roman et que j’ai eu en permanence envie de tourner les pages pour avancer dans l’histoire.

Il est délicat de choisir comme narratrice une adolescente de 12 ans, c’est un exercice qui est délicat (comme je l’ai déjà constaté ici et ) mais il s’agit d’une réussite dans le cas présent : le personnage est réaliste, pas caricatural et possède une certaine maturité émotionnelle. C’est une figure attachante car curieuse et ouverte sur le monde. Je suis d’ailleurs absolument fan de son obsession du vocabulaire des synesthésies qu’elle vit lorsqu’elle décrit ce que différents mots lui évoquent.

J’ai trouvé amusant de placer le récit dans les années 90, ça me parle car je fais partie de cette génération (le grunge au collège). C’est un bon point d’avoir su décrire le malaise des années de collège, les effets de groupe, les différences entre les élèves populaires et ceux qui sont à part.

L’enfant tombée des rêves est un roman bien construit et possède un bon rythme grâce aux parties consacrées à Robert, cet homme mystérieux qui s’est exilé en Islande. Ces parenthèses, qui sont évidemment liées à l’histoire d’Emilie, permettent de faire respirer le récit. Et, cerise sur le gâteau, on s’instruit à la lecture du livre de Marie Charrel car elle place astucieusement des informations sur l’Islande, sa géographie, son histoire et les légendes du peuple islandais.

Un roman à lire pour un bon moment de lecture.