Danseur, Colum McCann

Lorsque j’ai parlé de Let the great world spin de Colum McCann, Laetitia m’a suggéré de lire Danseur, un autre roman de cet auteur que je commence à apprécier. Ne pouvant résister à une recommandation aussi chaleureuse, j’ai donc entrepris la lecture de Danseur sans trop savoir à quoi m’attendre.

Danseur Colum McCann

Danseur est une oeuvre de fiction centrée sur une personne ayant existé. Le sujet principal du roman est en effet Rudolf Noureev, le célèbre danseur étoile. Contrairement à une biographie où le récit s’appuie sur des témoignages et des faits avérés, le roman de Colum McCann s’inspire certes des épisodes marquants de la vie de Rudolf Noureev mais les relate sans contrainte de véracité. Le parti pris du récit de Colum McCann est d’éluder les grands moments de la vie du danseur russe pour se concentrer sur les petits instants de sa vie. Ou plutôt de ses vies tant Noureev semble avoir vécu des existences différentes. Cette biographie romancée traverse les époques : de la vie en URSS sous Staline avec une vie quotidienne faite de privations, d’oppression et de délation jusqu’au New-York gay des années 80 riche en drogue et sexe alors que l’épidémie de SIDA fait son apparition. Au rythme des relations familiales et amicales de Rudolf Noureev, Colum McCann écrit un destin qui va vite. Il traduit l’envie de vivre d’un Noureev qui ne tient pas en place.

Danseur m’a permis de découvrir un personnage hors du commun. La variété des points de vue choisis par l’auteur (amis, professeurs, famille, gouvernante…) montre une personne talentueuse qui travaille sans relâche. Outre son génie, Noureev est à la fois un être égoïste, généreux, fou, solitaire qui aime être le centre de l’attention tout en étant profondément sexuel. Il vit en déséquilibre permanent. Finalement peu importe si tout est exact ou pas d’un point de vue biographique, j’ai été porté par l’énergie du récit de Colum McCann.

Publicités

Let the great world spin, Colum McCann

J’ai pris connaissance de l’oeuvre de Colum McCann en lisant un article sur l’actualité littéraire. Cet auteur américain d’origine irlandaise a en effet publié il y a peu un roman intitulé Transatlantic dont on semblait dire beaucoup de bien. Et l’on disait plus généralement du bien de l’auteur et de son oeuvre. Je n’aime pas débuter avec la dernière œuvre en date d’un auteur. L’article  citait Let the great world spin (Et que le vaste monde poursuive sa course folle en version française) comme son roman le plus connu. Il a d’ailleurs remporté le National Book Award en 2009. C’est donc par celui-là que j’ai décidé d’entamer l’œuvre de Colum McCann et ce dans sa version originale.

Let the great world spin - Colum McCann

L’action du roman se déroule à New-York en 1974, entre le quartier sordide du Bronx, la plus chic Park Avenue et une scène centrale au World Trade Center. Ou plus précisément entre les deux tours puisque le roman s’inspire de la prouesse réalisée par l’équilibriste Philippe Petit qui a réellement marché sur une corde métallique entre les deux tours le 7 août 1974.

Let the great world spin est un excellent exemple, si ce n’est un modèle, de roman choral. Chaque chapitre est en effet présenté du point de vue d’une personne en particulier. Ce sont au total 11 personnages autour de qui l’action gravite. Ils sont tous plus ou moins liés les uns aux autres soit par un événement ou par certains des personnages du roman. Les liens ne sont pas forcément hyper évidents au départ, ils ne sont pas livrés sur un plateau au lecteur mais habilement distillés au fur et à mesure du récit. Ce qui fait la force de Let the great world spin est l’équilibre (pensez à ce funambule) entre la puissance de chaque chapitre et la subtilité des liens entre les différents personnages. Chaque chapitre pourrait dans l’absolu se suffire à lui-même à la façon d’une nouvelle. Il décrit habilement le présent du personnage en question avec ses doutes et ses interrogations en les mettant en perspective avec des épisodes marquants de son passé. Et au fur et à mesure des récits, le roman prend corps en tant qu’entité plus large que les 11 chapitres et révèle son caractère universel quand le roman se clôt avec un bond dans le temps en 2006.

Outre les parcours individuels des différents personnages, Let the great world spin aborde plusieurs thèmes. Il y a tout d’abord la guerre du Vietnam qui fait écho à celle d’Irak. Le chagrin des mères qui se retrouvent dans des groupes de soutien suite au décès de leurs enfants au Vietnam transcende les milieux sociaux : la guerre, cette grande égalisatrice… Il est aussi question de la pauvreté avec l’implication de Corrigan, ce moine des temps modernes qui a fait vœu de pauvreté et de chasteté et qui accompagne les prostituées toxicomanes du Bronx dans leur quotidien. Let the great world spin pose aussi la question de l’art entre la performance de Philippe Petit et celle moins spectaculaires de ces deux artistes retombés dans l’anonymat après avoir été la coqueluche du tout New-York. Et justement il y a New-York la toile de fond du roman qui est presque un personnage à part entière dans ce roman. Colum McCann pose un regard d’immigrant sur la ville et sait lui rendre un bel hommage alors même qu’elle ne se présentait pas forcément sous son meilleur jour au milieu des années 70.