Exil en la demeure, Jean Bello

Exil en la demeure est le premier roman de l’auteur Jean Bello. Je l’ai lu dans le cadre de la Recrue du mois.

Exil en la demeure Jean Bello

Exil en la demeure peut être résumé très simplement : Mattia, qui vit au Québec depuis plusieurs décennies, revient dans son village natal en Italie pour régler la succession de sa tante récemment décédée. Il retrouve des membres de sa famille qu’il n’a pas vus depuis longtemps, les lieux de son enfance et des habitudes italiennes qui ne sont plus les siennes étant donné qu’il est devenu un Nord-Américain.

Le récit de Mattia est un hommage du narrateur à son entourage, au courage de ceux qui ont émigré au Canada ou aux Etats-Unis et au courage de ceux qui sont restés en Italie. Mattia se retrouve lui le cul entre deux chaises : pas assez italien pour se sentir à la maison en Italie et trop italien pour se sentir complètement étranger. Il constate de nombreuses différences après que les membres de la famille ont pris des routes séparées : les conventions sociales qui sont très présentes en Italie, la nécessité de ménager les susceptibilités des uns et des autres, les lourdeurs de l’administration italienne… Et par-delà les différences se trouve le terreau commun de la famille : un village isolé, les anecdotes de l’enfance, les fêtes religieuses… Exil en la demeure est aussi un hommage à la culture italienne. Impossible de ne pas tracer un parallèle avec L’énigme du retour de Dany Laferrière mais en version italienne.

Je l’admets, je n’ai pas été séduit par le roman de Jean Bello. Le style est pourtant agréable mais l’ambition du roman est desservie par un récit confus. Je me suis perdu dans la multitude de personnages. J’ai remarqué un peu tard qu’il y avait un arbre généalogique en fin d’ouvrage mais il est finalement peu utile. Peut-être que chaque personnage n’était pas suffisamment distinct des autres ou que la construction du roman ne m’a pas permis d’y voir clair. J’ai finalement pris le parti de lire chacune des anecdotes comme des petits épisodes indépendants et c’est bien passé comme ça.

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L’énigme du retour, Dany Laferrière

J’ai déjà parlé ici des livres de Dany Laferrière à plusieurs reprises. J’ai acheté L’énigme du retour peu de temps après sa sortie quand je vivais à Montréal et je l’ai emmené dans mes bagages sans l’avoir ouvert jusqu’à maintenant. Je ne sais pas dire exactement pourquoi. La peur d’être déçu par un livre acclamé par la critique et les lecteurs (L’énigme du retour a remporté le prix Medicis en 2009, le grand prix de la ville de Montréal la même année ainsi que le prix des libraires du Québec en 2010) ? La réticence d’aborder le thème du retour au pays alors que je faisais moi-même un retour en France ? Sans doute de mauvaises raisons qui ne valent plus en 2014 et qui font que j’ai entrepris la lecture de ce roman.

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Le narrateur de ce roman autofictionnel est de retour en Haïti après 35 ans d’exil. Ce retour au pays natal est déclenché le décès de son père qui vivait lui aussi en exil mais à New-York. Le narrateur va annoncer ce décès à sa mère restée au pays. Plusieurs décennie d’exil ont modifié sa personnalité : d’Haïtien pur sucre, il est devenu par la force des choses habitué à la vie dans le froid de l’hiver québécois. ce retour au pays est l’occasion d’une redécouverte de son pays, de son enfance et de ce qui l’a façonné comme adulte.

Ce livre n’est pas tout à fait un roman. C’est une autofiction qui pourrait mériter qu’on la considère comme un épisode autobiographique. L’énigme du retour tient aussi de la poésie : il est émaillé de nombreux haïkus qui donnent un relief additionnel et une musicalité propre  à un ouvrage déjà riche en sensations et en couleurs.

Dany Laferrière propose avec ce livre  une réflexion sur Haïti, sur ce que ce pays a été et ce qu’il est devenu. Le temps passe mais les choses ne changent pas pour un peuple haïtien vivant dans la pauvreté avec un exode rural toujours plus fort et des villes contrôlées par des bandes armées. La riche culture haïtienne est elle aussi toujours là, c’est un repère pour ce narrateur qui confronte ses souvenirs à la réalité d’Haïti aujourd’hui. Quelle est son identité auprès des siens après des décennies d’exil où il a vécu des choses très différentes de ceux qui sont restés ?

La beauté et la qualité de l’énigme du retour réside dans le fait qu’on lit un parcours très personnel qui est de fait très éloigné de ce que n’importe quel lecteur peut bien vivre. Et pourtant ce récit possède une porté universelle car les questionnements qu’il propose sur l’identité, l’enfance, la relation à la famille… tout cela vient toucher le lecteur dans sa personne. Il suffit de se laisser porter et de savourer lentement le beau texte de Dany Laferrière. Je recommande chaudement, évidemment.

 

Les autres livres de Dany Laferrière mentionnés sur ce blogue :