Le Caïd et autres nouvelles, William Faulkner

J’ai déjà eu l’occasion de parler de William Faulkner à 2 reprises sur ce blog : la première fois lors de la lecture du Bruit et la fureur et une seconde fois avec Lumière d’août. Ces deux lectures dataient de 2008 et je n’avais pas depuis rouvert un livre de cet auteur américain. C’est maintenant chose du passé puisque je viens de terminer un recueil de nouvelles intitulé Le Caïd et autres nouvelles.

Le Caïd et autres nouvelles, William Faulkner

Ce recueil de 6 nouvelles est en fait extrait d’un recueil plus large intitulé Idylle au désert. Voici un résumé ultra rapide des différentes nouvelles qui composent ce recueil :

  • Le Caïd : histoire d’un notable d’une ville américaine qui a des liens interlopes
  • Neige : un Américain se remémore un voyage dans les Alpes suisses
  • Frankie et Johnny : une jeune fille et ses premières amours
  • Le prêtre : les interrogations d’un futur prêtre sur la sexualité
  • L’esprit d’économie : l’histoire incroyable d’un Ecossais pendant la seconde guerre mondiale
  • Mr Acarius : un homme riche s’ennuie et décide de se créer des problèmes afin de vivre une expérience hors du commun

J’ai retrouvé dans ces nouvelles ce qui selon moi fait l’intérêt d’un auteur comme Faulkner : on entre directement dans l’histoire et c’est au lecteur de travailler pour essayer de se situer et reconstituer ce qu’il a autour, la situation plus globale. Il faut donc faire des efforts pour s’imprégner des univers créés par l’auteur. Et dans chacune de ces nouvelles, Faulkner révèle un grand talent pour dresser le portrait de ses personnages, aussi différents soient ils.

Pour ceux qui s’interrogent sur la capacité de Faulkner à s’exprimer dans un format aussi court que la nouvelle, et bien il y arrive très bien. Chaque nouvelle possède une atmosphère propre et est suffisamment développée dans les contraintes d’espace de la nouvelle. Et chose à laquelle je ne m’attendais pas de la part de Faulkner qui dégage une image d’auteur sérieux, il développe des thèmes originaux comme dans les nouvelles intitulées L’esprit d’économie et Mr Acarius.

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Les noces barbares, Yann Queffélec

Yann Queffélec a remporté le Prix Goncourt en 1985 avec les noces barbares.

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Nicole est violée dans son adolescence par trois soldats américains et tombe enceinte à la suite de ce viol. L’enfant se prénomme Ludo. Il passe son enfance caché dans un grenier par les parents de Nicole. Il ne sera jamais aimé par sa mère et sera ostracisé par sa propre famille. Quelques personnes vont tout de même lui laisser entrevoir une certaine forme d’affection : Nanette, une cousine de sa mère, et Micho le nouveau mari de sa mère. Il développera même une certaine complicité avec Tatav, le fils de Micho, après bien des mauvais coups de sa part. Sa mère finira à force d’insister à le faire interner dans un pensionnat pour attardés mentaux dont Ludo s’échappera finalement pour trouver refuge sur l’épave d’un navire échoué sur une plage. Tout au long de son enfance et son adolescence, il cherche à obtenir une preuve d’amour de la part de sa mère.

Les noces barbares est un roman très dur et très violent. Dès le début, j’ai pris une grande claque qui m’a mis dans l’ambiance du livre. Les noces barbares possède un certain magnétisme. Je n’ai pas pu lâcher ce roman, pressé de savoir ce que vivait Ludo et en même temps fasciné par cet enfant que tous considèrent comme un fou parce que c’est bien commode. Il y a tellement d’injustices envers le personnage principal que c’en est vraiment diffcile. À certains égards, les noces barbares m’a rappelé le bruit et la fureur de Faulkner. En particulier le chapitre vécu du point de vue de Ben l’idiot de la famille. Sans être un débile, Ludo a des comportements primaires qui ont sans doute nécessité un gros travail d’écriture de la part de Yann Queffélec. Et puisque j’en suis au chapitre des comparaisons, je n’hésite pas à dresser un parallèle avec François Mauriac et ses descriptions de familles françaises dysfonctionnelles (voir le nid de vipères et Thérèse Desqueyroux qui se passent aussi dans la région de Bordeaux). Enfin on sent dans les noces barbares la passion de Yann Queffélec pour la mer, surtout dans la partie finale du roman où Ludo vit sur un bateau.

En résumé, un livre dur, à l’ambiance lourde mais un livre remarquable dans son écriture. À lire.

5 étoiles

Bilan de lecture 2008 et projets 2009

Que retenir de cette année de lecture ? Je ne vais pas me lancer dans un top 10 ou un top 5 mais livrer ce qui me reste des livres lus au cours des mois passés.

Tout d’abord, je me suis sérieusement intéressé à la littérature québécoise. Mon expérience est globalement positive. Deux auteurs québécois sortent du lot. Il s’agit d’abord de Marie-Claire Blais dont j’ai lu Soifs et une saison dans la vie d’Emmanuel. Elle repousse les limites de l’écriture avec un style bien à elle. Une découverte à approfondir. Je retiens aussi un auteur québécois de langue anglaise : Mordecai Richler. J’ai beaucoup aimé lire le monde de Barney et la saga des Gursky. C’est selon moi un auteur qui mériterait un peu plus d’attention.

Parmi les excellentes lectures de 2008, je conseille Don DeLillo (voir Underworld). Ce n’est pas un auteur hyper connu mais c’est très agréable de se laisser emporter par les mots qu’il couche sur le papier. Là aussi, je ne vais pas m’arrêter en si bon chemin.

Je retiens aussi de cette année 2008 les conversations très intéressantes que j’ai peu avoir par l’intermédiaire de ce blog. Je l’avoue humblement, certains commentaires m’ont vraiment éclairé sur certaines lectures. Je pense en particulier aux discussions à propos de Glamorama (Bret Easton Ellis) et du Bruit et la Fureur (William Faulkner). Ces deux auteurs ont une approche particulière de l’écriture et j’apprécie que les visiteurs de ce blogue aient pris le temps de me donner quelques clés de lecture pour comprendre leurs univers.

2008 n’aura pas été une année très riche en lectures françaises. Manifestement, je me nord-américanise dans mes lectures. Mais j’ai quelques classiques de la littérature française sous le coude et ça promet de belles lectures.

Quoi de prévu pour 2009 ? Une certitude, je vais continuer à lire. Mais toujours des choses très différentes. La variété, ça compte.
Je souhaite aussi partager une très bonne nouvelle : je fais maintenant partie de l’équipe de la Recrue du mois. C’est un blogue qui met tous les mois en avant le premier roman d’un auteur québécois. Je vais donc découvrir de nouveaux écrivains et partager mes impressions sur leur travail. Mais surtout, j’espère que ça donnera une certaine visibilité à la lecture québécoise. Rendez-vous le 15 de chaque mois pour un nouveau roman québécois.

Enfin, vous avez sans doute remarqué la nouvelle apparence du blog. Il faut bien renouveler le décor de temps en temps.

Le bruit et la fureur, William Faulkner

C’est en lisant cette note de Pierre Assouline que je me suis décidé à prendre un livre de William Faulkner à la bibliothèque. Le bruit et la fureur fut un sacré morceau. Non pas par la longueur du livre (400 pages environ) mais plutôt par sa complexité.

Pour tout dire, heureusement que cette édition de poche était accompagnée d’une préface. Celle-ci précise quelques points sans lesquels j’aurais été bien perdu à la lecture du livre (en y repensant c’est peut-être ce qui m’a manqué la lecture de Tropique du cancer, une mise en situation). Le premier traducteur du livre, Maurice Edgar Coindreau, y expose les lieux du roman et ses principaux personnages.

Le bruit et la fureur


Le bruit et la fureur raconte l’histoire des Compson, une famille de fermiers du sud des Etats-Unis qui, autrefois aisée, connaît un certain déclin. L’action se passe à la fois en 1928 et en 1918. Les parents s’appelle Jason et Caroline et accueillent sous leur toit l’oncle Maury, frère de Mme Compson. Ils ont quatre enfants : Caddy, Quentin, Jason (comme le papa) et Ben qu’on appelait avant Maury comme son oncle. Caddy aura elle-même plus tard une fille nommée Quentin, en mémoire de son propre frère décédé. Cette famille a à son service des « nègres » comme on les appelle alors. Ce sont les domestiques, chargés de l’intendance de la maison et de la surveillance des enfants. Nous voilà donc plongés dans l’ambiance rurale du Sud des Etats-Unis au début du XXe siècle et le thème central est la déchéance de cette famille américaine, une famille presque maudite.

Le roman se décompose en 4 parties. Les trois premières sont des monologues intérieurs. On vit le récit du point de vue de 3 personnages différents. Le premier est celui de Ben, l’idiot. Son esprit vagabonde dans le présent et dans le passé, le lien entre les deux se faisant avec les sons qu’il entend ou les odeurs qu’il sent et qui lui font revenir en mémoire des événements passés. Le second récit est de Quentin, quelques années plus tôt alors qu’il étudie à Harvard, dans les heures qui précèdent son suicide. Le troisième volet est vécu du point de vue de Jason Compton, le fils, qui a repris la direction de la maison au décès de son père. C’est un triste personnage : salaud, menteur, injuste et égoïste, il détourne de l’argent qui ne lui est pas destiné et rend la vie impossible aux membres de la famille au nom de ses sacro-saints principes. La quatrième et dernière partie du roman est décrite par un narrateur extérieur et nous conduit notamment dans une église noire où un prédicateur vient officier à l’occasion de Pâques.

J’ai trouvé que le bruit et la fureur était difficile à lire, en particulier les monologues intérieurs. C’est un livre complexe qui requiert une attention soutenue. Faulkner joue avec la chronologie tout le long du livre (un peu comme l’a fait Anne Hébert dans Kamouraska) et il malmène aussi quelques fois la ponctuation. Le bruit et la fureur ne se dévore donc pas en quelques heures. Il s’agit presque d’un exercice littéraire. Les récits sont multiples et s’entremêlent au gré des sensations et des réflexions des narrateurs. Malgré tout, je suis content d’être allé au bout de ce livre et d’en avoir compris l’idée générale. Je l’ai refermé avec un sentiment de satisfaction. Je pense m’intéresser à nouveau à William Faulkner : des suggestions de livre ?

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