Les murailles, Erika Soucy

la Recrue du mois

Erika Soucy est la recrue du mois avec son premier roman intitulé Les murailles.

Les murailles Erika Soucy

Quelles sont ces murailles dont il est question dans le titre ? Il s’agit des murs successifs qu’il faut franchir pour accéder au chantier où travaille le père de la narratrice dans le Nord du Québec. Mais ce sont aussi les murs qui se dressent entre les individus : entre la narratrice et ce père qui n’a jamais été là pour elle, entre les blancs et les autochtones, entre les travailleurs des chantiers du nord et le reste de la population, y compris leurs familles. Aussi solides que leurs homologues physiques, ces murs isolent les uns et les autres.

Erika Soucy propose une plongée dans le quotidien de travailleurs sur le chantier de La Romaine, un projet d’Hydro Québec situé sur la Côte Nord du Québec. Les contracteurs sont détachés sur le site pour plusieurs semaines d’affilée, loin de leurs familles. Il s’agit d’un véritable mode de vie avec ses habitudes et ses codes particuliers. Pour les hommes qui vivent loin de leurs familles, la distance représente parfois un refuge. Il y a aussi un certain atavisme familial dans le fait de travailler dans le Nord. C’est un univers très masculin où la moindre présence féminine est remarquée. Par ailleurs, la Côte Nord est un territoire où vivent les Innus (anciennement appelés les Montagnais) et les relations entre travailleurs blancs et travailleurs innus sont parfois sources de conflits en raison de la méfiance qui existe entre les deux communautés. La visite de la narratrice est l’occasion de mettre en lumière un peu à la manière d’un documentaire un monde méconnu du grand public. Et surtout d’humaniser ce qui est loin et ceux qui ne sont pas là.

Mention spéciale pour la langue utilisée par Erika Soucy dans Les murailles. J’ai presque eu envie de le lire tout haut pour faire résonner les riches sonorités de la langue québécoise.

Histoire de tracer un pont au dessus de l’Atlantique, je vois une certaine parenté entre Les murailles et deux autres romans (également écrits par des femmes d’ailleurs) qui traitent d’univers professionnels assez particuliers. Il s’agit de La centrale d’Elisabeth Filhol à propos de l’industrie nucléaire française et de la précarité de certains de ses employés et de Naissance d’un pont de Maylis de Kerangal qui raconte l’histoire de la construction d’un pont au dessus d’un fleuve et des équipes qui travaillent pour faire naître l’ouvrage d’art.

Marie-Louise court dans la neige, Mario Cholette

la Recrue du mois

Marie-Louise court dans la neige est le premier roman de l’auteur québécois Mario Cholette, ce qui lui vaut une place de choix dans la Recrue du mois, la vitrine des premières œuvres du Québec.

Marie-Louise court dans la neige - Mario Cholette

L’histoire de Marie-Louise est racontée par sa fille Roseline. Née au début du XXe siècle à Québec, Marie-Louise a eu une vie bien remplie. A une époque où la femme est entièrement dévouée à son mari et à ses enfants et dans une société où la bienséance imposée par l’Eglise catholique est bien ancrée, le comportement de Marie-Louise détonne. En effet, elle a beaucoup d’enfants, presque un par an, comme c’est le cas à cette époque. Mais elle veut vivre de légèreté, de passions, de jolies robes et de sorties. Or ses enfants la freinent dans ses envies, son mari alcoolique la bat et passe plus de temps à la taverne avec ses amis ivrognes qu’à s’occuper de sa famille. Alors Marie-Louise cherche à quitter son mari et abandonne ses enfants, au grand dam de la société québécoise conservatrice des années 30.

Tenez-vous le pour dit, ni le titre banal du roman ni la description de l’éditeur au dos du livre ne rendent justice à cette formidable fresque québécoise ! Davantage que le parcours individuel d’une femme au comportement condamnable d’après les règles en vigueur à l’époque, c’est la genèse de la libération de la femme québécoise qui nous est contée avec brio par Mario Cholette. Le roman possède une portée plus large que ce que laisse entendre sa description. Si ses filles ont pu ne pas se marier ou n’avoir qu’un seul enfant, si un de ses fils a pu vivre avec un homme, c’est parce que Marie-Louise a commencé par fissurer le carcan d’une Eglise catholique toute puissante. Je craignais de lire un morceau d’histoire un peu pesant mais je n’ai pas pu lâcher Marie-Louise court dans la neige. La narration est bien rythmée et au-delà du symbole que représente Marie-Louise, j’ai été enthousiasmé par la complexité des relations entre cette mère et ses enfants. A la lecture de ce récit, bien malin qui pourra poser un jugement sur Marie-Louise mais chacun ressortira éclairé de cette lecture.

La petite fille qui aimait Stephen King, Claudine Dumont

Avec La petite fille qui aimait Stephen King, Claudine Dumont signe un deuxième roman après Anabiose, que j’ai chroniqué il y a deux ans dans la Recrue du Mois avec ma consœur Marie-Jeanne.

La petite fille qui aimait Stephen King par Claudine Dumont

Emilie est une adolescente autiste pour qui les repères et les habitudes sont importants. Sa sœur aînée, Julie, la comprend très bien. C’est la narratrice du roman qui décrit leur relation fusionnelle renforcée par un père absent et une mère dépassée par la vie. Lors d’un séjour dans le Maine, Emilie a un accident et se retrouve enfermée dans un trou pendant de longues heures. Secourue, elle revient à sa vie d’avant mais son comportement connaît des changements importants. Ses nuits sont peuplées de rêves terrifiants que Julie perçoit également. Emilie a par ailleurs un rapport troublé avec la nourriture : les plats habituels ne « passent » plus et elle se découvre des goûts étranges.

Claudine Dumont poursuit dans la même veine qu’Anabiose, un roman à l’ambiance oppressante. Le récit est relativement court avec 184 pages mais cela suffit pour transmettre l’anxiété de l’enfermement avec une narratrice livrée à elle-même qui ne sait vers qui se tourner pour sauver sa sœur.
Je ne connais pas suffisamment Stephen King pour évaluer dans quelle mesure l’hommage est fidèle à l’original (je n’ai lu que Carrie). Mais j’ai bien aimé l’ambiance de La petite fille qui aimait Stephen King. J’ai notamment apprécié la description de la relation fusionnelle entre les deux sœurs et la montée de la tension alors que je me suis demandé ce qui pouvait causer tous les changements que connaît Emilie.

Je suis tout de même interpellé par deux points qui minent la crédibilité du roman. D’abord l’explication en fin de roman sur l’état d’Emilie est un peu rapide et curieusement simple. De même je trouve commode le fait que Julie refuse de parler autour d’elle des problèmes de sa sœur, une situation rendue possible par des parents peu attentifs.

Soleil, David Bouchet

la Recrue du mois

Soleil est le premier roman de David Bouchet. Il a été sélectionné par la Recrue du Mois pour cet ouvrage.

Soleil par David Bouchet

Soleil c’est Souleymane, un jeune garçon qui a immigré avec sa famille du Sénégal à Montréal. Il raconte sa découverte du Québec et l’histoire de sa famille. Jusqu’à ce que son père soit atteint d’un mal qui l’isole de sa famille.

Je suis sensible aux questions d’immigration, ayant moi aussi atterri à Montréal pour y créer une nouvelle vie. J’ai été particulièrement amusé par les anecdotes distillées par l’intermédiaire de Soleil et de ses yeux de nouvel arrivant : le fait de se meubler pour pas cher dans la rue, le club de recherche d’emploi, les premiers yeux portés sur l’hiver et la chaleur des Québécois… Le regard porté sur le Québec avec en miroir la vie au Sénégal est très intéressant à lire.

Les personnages du roman de David Bouchet sont attachants : comment rester insensible vis-à-vis de ce que ressent Soleil par rapport à la situation de son père : ses interrogations, sa détresse et sa colère… De la même manière, son amitié avec Charlotte qui vit seule avec sa mère alcoolique est particulièrement touchante. J’éprouve toujours un peu de méfiance lorsqu’un roman a pour narrateur un enfant car le regard naïf peut fonctionner comme il peut tomber à plat. Mais avec Soleil, ça marche très bien. Nous avons affaire à un narrateur tout en sensibilité, chapeau à David Bouchet pour sa plume juste et fine.

Malgré toutes ces qualités, des personnages attachants, un histoire familiale singulière qui crée des pont entre l’Afrique et le Québec, Soleil est un roman qui me laisse un fort goût d’inachevé. En effet, toute la partie du récit qui concerne l’amitié avec Charlotte tombe à plat une fois que Charlotte a déménagé. C’est extrêmement frustrant puisque le roman débute justement sur la force de cette amitié entre les deux jeunes personnages. Cet arc narratif s’arrête trop brusquement à mon goût. Je suis également gêné par les explications plutôt courtes sur les causes du mal du père. Bref j’en aurais voulu plus !

A la recherche de New Babylon, Dominique Scali

la Recrue du mois

C’est l’été ? Il fait chaud ? Découvrez un premier roman qui ne va pas vous rafraîchir avec la Recrue du Mois !

L’Ouest américain désertique de la fin du 19e siècle est une formidable page blanche : quoi de mieux pour y écrire une histoire ? C’est le décor choisi par Dominique Scali dans A la recherche de New Babylon.

A la recherche de New Babylon - Dominique Scali

On y suit le révérend Aaron qui est à la recherche de personnages hauts en couleur. Il trouvera sur son chemin Charles Teasdale, brigand pyromane, Russian Bill, un soi-disant émigré russe plutôt bavard et Pearl Guthrie, une jeune femme qui rêve de trouver un mari dans l’Ouest. Le révérend est lui-même suivant par un mystérieux personnage nommé le Matador.

Avec A la recherche de New Babylon, j’ai eu entre les mains un roman inattendu pour une première œuvre québécoise. Il dénote par l’univers choisi par Dominique Scali, le western, mais aussi par son style enlevant. Servi par de courts chapitres et une chronologie habilement construite, le rythme de cette épopée est passionnant. Se rendre vers la prochaine ville, échapper à ses poursuivants, fonder une nouvelle ville ou en regarder brûler une autre, c’est le sentiment d’urgence de la vie qui ressort d’A la recherche de New Babylon. Et la vie, c’est avant tout ce qu’on en fait. Dans un vaste territoire qui va du Dakota au Mexique et de Saint-Louis à San Francisco, le terrain de jeu est énorme et permet de brouiller les pistes. Il est possible s’y inventer une nouvelle vie et une nouvelle identité à coups de pseudonymes comme Charles Teasdale, de se réinventer un métier comme le Matador et de changer de nom au gré de ses objectifs comme Russian Bill et Pearl Guthrie. Sur une toile de fond remarquable faite de bandits, de ruée vers l’or, de villes fantômes, d’Indiens sauvages et de guerre de Sécession, on peut être qui on veut dans l’Ouest américain. Et c’est aussi le cas pour le révérend Aaron, fil rouge du récit, qui dans une mystérieuse mise en abyme, se révèle être un avatar de l’écrivain.

Philippe H. ou la malencontre, Mylène Fortin

Mylène Fortin publie un premier roman de type initiatique intitulé Philippe H. ou la malencontre.

Philippe H. ou la malencontre, Mylène Fortin

Voilà un roman qui m’a bousculé dans mes habitudes de lecture! Hélène Marin est une jeune femme de 30 ans qui vit à Montréal. Le roman commence dans la précipitation, alors qu’Hélène tombe sous le charme d’un certain Philippe H. avec qui elle vient de partager un taxi. Tout se bouscule : elle fête ses 30 ans chez ses parents et sa sœur s’invite à l’improviste chez elle.

Résumé comme ça, ce premier roman peut donner l’impression de tomber dans le propos léger et niais, mais il n’en est rien. Philippe H. ou la malencontre s’avère en effet être le récit d’un parcours initiatique. Hélène, sa sœur et le dénommé Philippe quittent Montréal et partent en voiture pour la Gaspésie. Hélène essaie de résister tant bien que mal à l’attirance qu’elle éprouve, comme si les phéromones dégagées par ce mâle la laissaient impuissante. Lors de ce voyage, elle est partagée entre son attirance et ses angoisses. Le récit mêle les rêves, l’imaginaire et la réalité, ainsi que quelques hallucinations dont le paroxysme sera atteint dans un sweat lodge. Le final du roman verra Hélène revenir sur un traumatisme de jeunesse peu ou pas exprimé, ce qui lui permettra de retrouver une certaine paix et un discernement salvateur.

Le texte de Mylène Fortin est particulièrement intense et rend bien compte des différentes couches de personnalités qui s’affrontent chez son personnage principal. Il faut s’accrocher comme lecteur pour suivre les dédales de l’esprit d’Hélène, ce qui donne une lecture rafraîchissante et un brin perturbante. Je n’ai toutefois pas pu m’empêcher de trouver un peu caricaturale l’opposition entre la ville, Montréal, qui ne permet pas au personnage d’être elle-même, et les valeurs familiales en région qui permettent de débarrasser Hélène de ses bagages et de ses oripeaux.

J’ai lu ce roman dans le cadre du repêchage de la Recrue du Mois.

Les trains sous l’eau prennent-ils encore des passagers ?, Joanie Lemieux

la Recrue du moisJoanie Lemieux est la Recrue du Mois avec un premier livre intitulé Les trains sous l’eau prennent-ils encore des passagers ?

Les trains sous l'eau prennent-ils encore des passages Joanie Lemieux

Joanie Lemieux signe un premier recueil de 10 nouvelles qui ont toutes pour personnage central des femmes. Il s’agit de femmes de tous les âges, de l’enfance à la vieillesse en passant par de jeunes célibataires et des mères de famille. Leur point commun ? Une solitude sous différentes formes, une certaine amertume et une ambiance souvent mélancolique. Ce qui donne des textes fins et puissants à la fois.

La première nouvelle, intitulée Sous le grand X, donne le ton : une mère de famille est confrontée au décès de son fils adolescent dans un accident de la route. Cette perte immense lui cause un grand chagrin et elle découvre sa nouvelle solitude de mère.

Le titre du recueil de nouvelles est issu du texte intitulé Cendres où une petite fille née sans auriculaire gauche continue de s’appuyer sur un ami imaginaire même adulte. Elle fait un jour un rêve que le train qui la ramène chez ses parents pendant les congés de Noël déraille et se précipite dans la mer. Doit-elle partager ce rêve pressenti comme prémonitoire au risque de passer pour folle ?

La nouvelle que j’ai préférée est Ecume où une vieille femme revient sur les circonstances de la mort de proches en mer 50 ans auparavant. Considérée comme une sorcière, elle vit en marge et passe ses journées seule. J’ai aimé l’aspect fantastique du récit qui donne une profondeur additionnelle au texte. Sans lui, ce n’était que nostalgie d’une vieille femme seule. Une fois cette nouvelle terminée on se prend à rêver. Et ce n’est pas le seul récit avec un imaginaire qui ajoute de la force. Je pense à Huitième voyage, nouvelle dans laquelle une femme mariée engoncée dans son train-train quotidien découvre un moyen magique de rompre cette routine. Ou encore à Après Zoé : une femme se sent en concurrence avec la passion dévorante de son conjoint, la construction de marionnettes en bois avec une figure féminine. Le rêve et l’imaginaire sont des refuges pour ces femmes dont la cellule familiale éclate, entre séparations ou pire encore, une indifférence entre membres de la famille.

Avec Les trains sous l’eau prennent-ils encore des passagers ?, Joanie Lemieux fait la synthèse de nombreux maux modernes. Sans apporter de réponses, elle met le doigt sur des situations difficiles qu’elle évoque de manière subtile et touchante. Cette pudeur dans le propos ouvre une porte (de sortie ?) sur le pouvoir de l’imaginaire et du fantastique.

Titre de transport, Alice Michaud-Lapointe

la Recrue du mois

L’auteure québécoise Alice Michaud-Lapointe est la recrue du mois avec la publication d’un premier recueil de nouvelles intitulé Titre de transport.

Titre de transport - Alice Michaud-Lapointe

Vous l’aurez peut-être deviné avec le titre : le thème commun aux différentes nouvelles est le réseau du métro de Montréal. En effet, chaque nouvelle porte le nom d’une station de métro. Titre de transport est découpé en quatre partie, chacune portant la couleur d’une des quatre lignes de métro montréalaises. Fait amusant, comme la ligne jaune est la plus courte du réseau de métro, le chapitre Jaune du livre ne compte qu’une seule nouvelle. Les nouvelles se passent le plus souvent dans le métro mais parfois la station de métro n’est qu’un prétexte à raconter une belle histoire.

La nouvelle qui m’a le plus marqué est Place d’armes où le narrateur rend un hommage à la ville de Montréal et à sa diversité. Même s’il ne connaît pas la toponymie officielle de la ville, le narrateur parle de nombreux lieux peu connus qui font la richesse de la ville et qui sont à découvrir. Et c’est précisément ce à quoi s’attache Alice Michaud-Lapointe avec Titre de transport : célébrer la beauté de Montréal et partager sa diversité. Ainsi dans Villa Maria il est question de jeunes filles de diverses origines qui se disputent l’attention des garçons à la fin des cours. A Plamondon, c’est un chauffeur de taxi natif du Rwanda qui arrive à provoquer une mince ouverture sur le monde extérieur chez une jeune fille très centrée sur elle-même. Dans Square Victoria OACI, le voyage en métro et le vol à l’arraché dont il est la victime est chez un jeune homme la cause d’interrogations sur son parcours personnel. Du côté de Préfontaine dans l’Est de Montréal, Gloria a toujours connu une vie difficile, entre sa pauvreté chronique et son obésité. Le ton du texte est empreint de nostalgie pour un Montréal d’une autre époque.

A noter qu’Alice Michaud-Lapointe fait preuve d’inventivité dans la forme dans plusieurs nouvelles. Mention particulière à Lionel Groulx qui est rédigé sous la formes de petites annonces de personnes qui se sont croisées anonymement dans le métro. Cela donne à la fois un ton dynamique et doux amer au récit. Dans Côte-des-neiges, la nouvelle est rédigée sous la forme d’une seule phrase, une logorrhée d’un esprit dérangé en mode écriture automatique. Ce n’est pas le texte le plus facile à lire mais il rend bien compte de l’effervescence de cette station. Un peu plus classique mais percutant aussi, le texte intitulé Beaudry raconte la rupture d’un couple sous la forme d’un dialogue très animé sur les quais du métro, la rupture étant due à une infidélité.

Titre de transport propose aussi des sujets profonds avec des moments touchants comme dans Charlevoix où un homme entreprend le journal de ses journée comme thérapie suite à une déception amoureuse. Il observe les passants du métro en ruminant contre son ex-conjoint qui lui a caché sa séropositivité. Dans Assomption, on suit une jeune fille qui accompagne ses parents à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont pour rendre visite à un être cher hospitalisé.

Je pourrais lister ainsi la majorité des nouvelles car il y en a d’autres qui méritent quelques mots. Pour faire court, l’exercice mené par Alice Michaud-Lapointe avec Titre de transport est pour moi une réussite tant sur l’intérêt des récits riches et variés que sur la forme. Et surtout, c’est un art délicat dans l’écriture de nouvelles, l’auteure parvient avec succès à unifier des textes très différents autour d’une thématique commune.

Vestiges, Véronique Bossé

la Recrue du mois

Véronique Bossé est la Recrue du mois. Elle publie un premier recueil de nouvelles intitulé Vestiges.

 

Vestiges Véronique Bossé

 

Véronique Bossé signe avec Vestiges un recueil de nouvelles tout en subtilité. Le thème principal de cet ouvrage est le regard porté sur le temps qui passe, qu’il s’agisse de la vie de couple comme dans Relents, le journal d’une mère de famille qui s’interroge sur la vie amoureuse dans le couple après les enfants ou comme dans Je vais mourir où Marie, une quarantenaire décrite comme « experte de la vacuité » prend conscience de la finitude de la vie et se questionne sur ce qu’elle va laisser derrière elle.

Un des autres thèmes abordé par Véronique Bossé dans son livre est celui de l’identité. Ainsi dans Rouge est livré le portrait d’un étudiant suiveur qui dit de lui-même : « j’ai l’instinct grégaire ». Ce jeune homme se cherche une identité et Véronique Bossé trace un parallèle entre les grèves étudiantes et la vie amoureuse de l’étudiant. Alors que les grèves sont « bien tombées » selon ses propres dires, déclenchées par l’indifférence du premier ministre Jean Charest, le fait qu’il soit incapable d’avouer ses sentiments à une camarade d’université le ronge. L’indifférence, que ce soit celle du gouvernement ou d’une jeune fille, le pousse à la violence. Dans une autre nouvelle, Legs, une jeune femme parle de la petite Flavie, elle lui montre les albums photos de la famille et ce n’est qu’à la fin de la nouvelle, dans une chute de toute beauté, qu’on apprend qui est qui. Cette surprise finale est tellement bien amenée que j’ai relu immédiatement le texte pour comprendre ce qui est raconté au lecteur.

Je ne peux pas ne pas mentionner les deux nouvelles les plus longues du recueil, pour des raisons différentes. Archives est le texte qui m’a le moins intéressé. La narratrice croise un homme dans le bus qu’elle surnomme Les Yeux. Ces  homme croisé dans le bus déclenche chez elle une revue de ses dysfonctionnements et un bilan de ses relations sociales difficiles. J’ai vécu ce texte comme une longue énumération alors que le sujet est intéressant. Plus ramassé, il aurait été plus percutant. La nouvelle la plus longue du recueil (40 pages) s’appelle Torrents. Dans ce texte, Igor Cadorette est un portier qui travaille à la réception d’un hôtel. Il est très apprécié par son patron mais ce dernier meurt. Son fils reprend l’affaire et veut moderniser l’entreprise avec de nouvelles méthodes de management. Igor vit mal ce changement où il n’est pas valorisé quand il n’est pas tout simplement moqué. Là aussi le texte est un peu long et contient plusieurs redites mais j’aime beaucoup l’idée de cet homme qui s’appuie sur ses valeur de travail et de sérieux malgré la détresse qu’il vit.

Vestiges se termine sur une nouvelle intitulée Carrefour où deux petits vieux regardent la rue et ses passants. Dans cet ultime texte, le lecteur croise à nouveau les protagonistes des précédentes nouvelles. Le procédé est bien trouvé mais malheureusement il a nécessité dans mon cas une relecture de plusieurs des nouvelles car, outre leurs prénoms, peu d’entre eux m’avaient marqué. Signe pour moi que Véronique Bossé a avec Vestiges travaillé trop en subtilité pour créer une empreinte durable sur le lecteur.

Truculence, François Racine

la Recrue du mois

François Racine est la Recrue du Mois avec un premier roman intitulé Truculence.

Truculence - François Racine

Trois amis professeurs de français au cégep à Montréal entreprennent un voyage en Gaspésie pour retrouver la trace de leur ami Djibi qui a quitté la ville sans donner de nouvelles. Elpé, le narrateur, est accompagné de Lidz et God, auxquels vient s’adjoindre une présence féminine en la personne de Lau.

Les principaux points forts de Truculence sont la langue et les dialogues. Le texte de François Racine est une écrit dans une langue riche pleine de jeux de mots. Cette langue est avant tout orale : les dialogues sont nombreux et en tant que lecteur, on est dedans, avec les personnages. Cette langue créative donne sa saveur au texte et tout leur relief aux personnages du roman. La voix de l’auteur est distinctive et très plaisante à lire.

Le road trip décrit par François Racine est tout sauf anecdotique. Il est inscrit dans son époque sur fond de printemps érable (un terme que l’auteur n’aime pas pour décrire la grève étudiante de 2012 au Québec) et de malaise d’une génération de trentenaires qui se cherchent. On retrouve bien sûr les éléments de tout bon road trip avec les disputes et rivalités entre les personnages qui sont révélées au fur et à mesure de la route, l’amitié qui prédomine et des joutes verbales savoureuses.