La Recrue du Mois : le millésime 2009

Ma première année en tant que collaborateur de la Recrue du mois se termine déjà. Dire que je n’ai pas vu le temps passer est un euphémisme !

Voici un petit rappel sur ce fantastique projet :
La recrue du mois est née d’une volonté de reconnaître le travail des nouveaux auteurs québécois et d’encourager la relève littéraire. Le site se dédie donc aux premiers ouvrages d’auteurs du Québec. Le 15 de chaque mois, vous y découvrirez un nouvel ouvrage (roman, récit ou recueil de nouvelles) choisi en collégialité. Chaque membre de l’équipe de rédaction aura lu le livre du mois et vous fera part de ses commentaires.

Grâce à la recrue, j’ai découvert de nouveaux auteurs québécois et lu des livres que je n’aurais pas forcément eu l’idée de lire. Et cela m’a aussi permis de rencontrer des personnes passionnées de littérature québécoise (et de littérature en général) : l’équipe de rédaction de la recrue. C’est donc pour moi un exercice très plaisant et très enrichissant. J’espère que les lecteurs de ce blogue, fidèles ou de passage, auront eux aussi eu la curiosité de lire les livres que j’ai chroniqués dans le cadre de la Recrue du mois.

Voici un récapitulatif mon année 2009 en 12 recrues et 1 repêchage.

  • Le récital, Nicolas Gilbert [Recrue de janvier]
    Six personnages participent de près ou de loin à un récital de musique contemporaine. Chacun a ses préoccupations en tête et sa manière vivre les événements.
  • Le train pour Samarcande, Danielle Trussart [Recrue de février]
    Une vieille femme porte un regard sur le monde qui l’entoure alors qu’elle range sa maison et revient sur les moments marquants de sa vie qui s’achève.
  • Le chapeau de Kafka, Patrice Martin [Recrue de mars]
    Un employé est chargé par son patron d’aller chercher le chapeau de Kafka dans un immeuble. Cette tâche simple en apparence s’avère une lutte de tous les instants contre l’absurde.
  • Ce qui s’endigue, Annie Cloutier [Recrue d’avril]
    Deux femmes nées le même jour aux Pays-Bas suivent un parcours parallèle mais très différent par leur éducation, leurs valeurs et leurs décisions.
  • La Bar-Mitsva de Samuel, David Fitoussi [Recrue de mai]
    Samuel est un jeune juif français qui n’a pas le choix de suivre sa mère à Montréal. C’est pour lui un choc des cultures quand il découvre la vie au Québec et la triste vie des adultes qui l’entourent.
  • Je jette mes ongles par la fenêtre, Natalie Jean [Recrue de juin]
    Ce recueil de nouvelles dépeint des personnages en construction qui se lancent dans des projets divers. Ce qui les distingue : leur force de caractère et leur enthousiasme.
  • Pourquoi j’meurs tout l’temps, Anaïs Airelle [Recrue de juillet]
    La jeune narratrice vit dans la rue. Son parcours l’emmènera de Montréal à Vancouver puis en France. Une plongée dans le monde de l’itinérance avec ses codes, ses dangers et sa solidarité.
  • Matamore no 29, Alain Farah [Recrue d’août]
    Le narrateur se met en scène : tantôt il est Alain G, tantôt l’agent Joseph Mariage. Au gré de ce récit souvent loufoque, on en apprendra un peu plus sur la mort de Kennedy, sur les origines du tennis, sur Ulysse de Joyce, sur les poissons et sur de nombreux autres sujets.
  • La massothérapeute, Maia Loinaz [Recrue de septembre]
    Une jeune femme employée comme massothérapeute fait la rencontre d’une septuagénaire qui lui confie son plus grand secret et d’un homme qu’elle trouve séduisant mais qui est aussi un de ses clients.
  • La Louée, Françoise Bouffière [Recrue d’octobre]
    Dans la France du 18e siècle, une jeune campagnarde du Morvan devient domestique dans une famille de la bourgeoisie industrielle de Lyon. Face à un monde hostile, elle demeure combative alors que ses espoirs sont déçus.
  • L’immense abandon des plages, Mylène Durand [Recrue de novembre]
    Trois enfants font le deuil de leur mère qui s’est jetée d’une falaise aux Îles de la Madeleine. Chacun s’y prend différemment mais la famille se dissout inexorablement.
  • La femme fragment, Danielle Dumais [Recrue de décembre]
    Une jeune femme élevée par son père apprend les circonstances de sa naissance et découvre le passé de sa mère. Débute alors pour elle une quête identitaire : qui est-elle et quelle est sa place dans le monde ?
  • Un monde mort comme la lune, Michel Jean [Repêchage]
    Reporter démontre le rôle de plaque tournante d’Haïti dans le trafic de drogue entre la Colombie et l’Amérique du Nord. Les conséquences pour lui seront terribles.

Je tiens à remercier ces auteurs qui m’ont fait vivre de bons moments de lecture en 2009 !

Je vous donne rendez-vous en 2010 pour de nouvelles découvertes !

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La Louée, Françoise Bouffière

Nous sommes le 15 et c’est le jour de publication des commentaires sur la Recrue du mois. En octobre, c’est Françoise Bouffière avec son premier roman : La Louée.

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Le roman se déroule dans le Morvan qui était au 18e siècle une campagne française profonde et peu éduquée. La louée est une jeune femme prénommée Marie qui se loue comme servante et femme de ménage à Lyon dans une famille de la bourgeoisie industrielle. Elle découvre avec un mélange de fascination et d’appréhension ce monde totalement nouveau pour elle. Un événement malheureux la conduira à quitter cette famille pour devenir nourrice à Paris. Elle revient plus tard dans le Morvan pour recontruire sa vie.

J’ai aimé la plongée dans un monde que je ne connaissais pas, celui des femmes qui quittent leur campagne natale pour aller servir dans les grandes villes au 18e siècle. On sent que Françoise Bouffière a bien travaillé le sujet et a mené des recherches poussées pour retranscrire la réalité de ces femmes déracinées.
Si l’on met de côté l’aspect historique du roman, la louée est avant tout le récit des espoirs déçus d’une femme. Ce roman est triste, il n’y a pas de dénouement heureux à attendre pour la pauvre Marie. Même les quelques instants de bonheur et de plaisir qu’elle parviendra à obtenir lui seront volés. J’ai trouvé particulièrement poignant le moment où le père Brault, le père de Marie, essaie d’attenter à la vie de son petit-fils. Ce passage où se mêlent la haine, l’amour et la renaissance est particulièrement réussi.

Même si le roman possède de nombreuses qualités, il y a quelques points qui m’embêtent un peu. Le premier d’entre eux est l’impression que les événements s’enchaînent un peu trop rapidement les uns à la suite des autres. Le récit m’a paru un peu mécanique. Je me suis demandé si le roman n’aurait pas gagné à être plus long. Mais en relisant plusieurs passages, je crois que mon impression que la narration se fait au présent, ce qui m’a donné une impression d’habitude et de détachement qui dénote avec la gravité du récit. Par ailleurs, j’ai remarqué plusieurs expressions québécoises comme « une trâlée », « un deux mois » qui sont discordantes par rapport au lieu de l’action. Et il vient parfois se mêler à du patois bourguignon, les « treuffes », ce qui donne un mélange inattendu.
Mais le plus étonnant est de prêter à Marie, une paysanne peu éduquée et d’un milieu pauvre, des velléités d’individualisme et d’indépendance d’esprit par rapport à son milieu social. Marie est une femme et je vois mal les femmes du 18e siècle se construire une vie à la manière des mères célibataires d’aujourd’hui. Cet anachronisme me laisse à penser que la louée n’est pas à considérer comme un roman historique. C’est le calque d’une pensée moderne sur une toile de fond beaucoup plus ancienne. Ce qui n’enlève rien aux qualités littéraires du roman. Mais je tenais à apporter cette précision.