Les révolutions de Marina, Bïa Krieger

La Recrue du mois de février est Bïa Krieger avec son premier roman : Les révolutions de Marina.

Bïa est une chanteuse d’origine brésilienne et ce roman est en partie inspiré de sa vie personnelle. J’admets m’être dit à un moment donné : « Allons bon, encore une chanteuse qui se découvre des talents littéraires… » Mais mon scepticisme initial a été rapidement balayé par les nombreuses qualités des Révolutions de Marina.

L’héroïne et narratrice du roman, Marina, est la fille de deux militants brésiliens de gauche contraints à l’exil en raison de la prise de pouvoir des militaires. L’engagement de ses parents pour la démocratie et la justice sociale a des conséquences sur la jeune Marina qui vit une enfance loin de toute routine. Elle a une vie de nomade faite de clandestinité et de dissimulations. Elle passe son enfance entre le Brésil, le Chili et le Portugal. Le roman est une chronique de cette enfance et de cette adolescence si particulières. Au cœur du roman se trouvent les relations de la jeune Marina avec ses parents et son cercle familial plus large. En effet, malgré l’exil de ses parents, elle garde des liens avec ses grands-parents chez qui elle séjourne régulièrement. Alors que la vie politique au Brésil s’assouplit, la famille se prépare pour un retour au pays natal mais chacun de son côté étant donné que les parents de Marina ont décidé de se séparer.

Les révolutions de Marina pose un regard tendre mais sans concession sur la famille. Les relations de Marina avec ses parents ne sont pas toujours faciles. La plus grande qualité de ce roman est selon moi la lucidité dont fait preuve la narratrice. Et en même temps, le regard enfantin amène une certaine dose d’humour et de légèreté. L’auteure possède vraiment une belle plume et c’est un plaisir de se plonger dans les aventures de Marina et ses parents. Il y a dans ce livre un bon dosage entre les anecdotes familiales, le retour sur des événements historiques et politiques et enfin quelques leçons de vie. Bïa Krieger nous propose aussi de faire connaissance avec un Brésil loin des clichés et des cartes postales. Et c’est tant mieux comme ça.

J’ai été au départ un peu déstabilisé par l’alternance entre un récit chronologique et des séquences qui reviennent sur des moments ou des personnages précis. Je m’y suis fait au fur et à mesure et j’ai apprécié ce procédé qui évite de donner une trop grande linéarité au récit. Le système est tout de même parfois maladroit car ce n’est pas toujours clair qui parle dans ces parenthèses. Il y a un mélange de récits à la première personne et du point de vue d’un narrateur omniscient. Mais il s’agit là du seul élément qui m’a perturbé. Je garde l’image d’un livre fort bien fait qui rend un bel hommage aux parents.

80 hommes pour changer le monde, Sylvain Darnil et Mathieu Le Roux

Personne ne peut nier que l’environnement et le développement durable sont des thèmes très actuels. Sylvain Darnil et Mathieu Le Roux sont des diplômés en commerce dans la vingtaine qui ont décidé de faire le tour du monde et de dresser un état des lieux des initiatives qui marchent. Ils ont rencontré pas moins de 80 personnes qui à leur échelle combattent les idées reçues et travaillent sur des projets innovants en matière d’environnement, de justice sociale et de lutte contre la pauvreté.

80 hommes pour changer le monde est un livre très intéressant. D’abord au niveau de la forme, il est bien fait. Les personnalités rencontrées sont classées par continents. Un index prat permet de naviguer par secteur d’activité. Les portraits sont présentés dans l’ordre chronologique du périple des deux globe-trotters. On sent qu’ils ont pris du plaisir à rencontrer les entrepreneurs. Leur récit est de plus agrémenté de quelques anecdotes de voyage qui rendent le tout agréable à lire.

Et sur le fond, ce livre réconcilie environnement et entreprise. Je suis persuadé qu’il existe un intérêt économique à fonctionner de manière écologique ou à lutter contre la pauvreté. Les entreprises n’ont pas que des défauts. Et surprise le développement durable n’est pas l’apanage des pays riches. Les pays pauvres sont riches de projets innovants et de réussites éclatantes.

Certaines des personnes interrogées sont relativement connues comme Yunus Muhammad, le fondateur bangladais de la Grameen Bank. Il est l’inventeur du micro crédit qui permet à des milliers de personnes d’obtenir des prêts pour de petites sommes, juste de quoi se lancer en affaires. Il a d’ailleurs obtenu cette année le prix Nobel de la Paix pour ses initiatives qui permettent de lutter contre la pauvreté. Il y a aussi Charney Dov, un montréalais d’origine qui a fondé la marque American Apparel. Il fabrique et vend avec succès des vêtements made in America alors que l’ensemble du secteur textile américain s’est expatrié dans les pays à bas coûts.

Personnellement mes préférés sont :

  • l’écoparc de Kalundborg au Danemark. Cette zone industrielle a un impact écologique réduit grâce à une gestion originale des déchets qui imite la nature. Les déchets d’une entreprise sont utilisés par une autre comme matière première ou comme source d’énergie. Un véritable écosystème où les entreprises ont un intérêt économique à collaborer.

  • Metabolix, une entreprise américaine qui travaille à la fabrication de bioplastique. Au lieu d’être produit à partir de pétrole, le plastique pourrait être produit naturellement par des enzymes et des bactéries. Et la matière première est du sirop de maïs. Le coût serait moindre à la fois au niveau énergétique et au niveau financier. Et surtout ce plastique est entièrement biodégradable.

  • l’économiste péruvien Hernando de Soto. Il a remarqué qu’une personne souhaitant créer une entreprise se heurtait dans son pays à un véritable mur bureaucratique. Les entrepreneurs avaient de plus toutes les peines du monde à faire reconnaître leurs titres de propriété pour obtenir un capital de départ. Ses fonctions de directeur de la Banque Centrale du Pérou lui ont permis de transformer les conditions économiques pour les entrepreneurs. Il est régulièrement invité de par le monde pour partager son expérience.

Un livre résolument optimiste. A lire absolument ! A voir aussi le site internet des deux auteurs.

Ma note : 5/5.