Histoires à ne pas fermer l’œil de la nuit, présenté par Alfred Hitchcock

Ce vieux livre a été déniché à l’occasion d’un rangement familial. Et hop, le voici emmené en vacances ! Ne vous y trompez pas, Alfred Hitchcock n’est pas l’auteur de ces histoires à ne pas fermer l’œil de la nuit. Il a simplement prêté son nom archi connu (sa marque) à ce recueil de 19 nouvelles à suspense qui ont toutes été écrites par des auteurs différents.
Histoires a ne pas fermer l'oeil de la nuit Alfred HitchcokLe recueil s’ouvre sur Ménagements de Charlotte Armstrong où une vieille dame enquête sur la mort de sa sœur à la manière de Miss Marple. Les précautions de sa famille à son égard éveillent en effet ses soupçons. Comme celle-ci, plusieurs des nouvelles sont des récits policiers. Ainsi dans In vino veritas de Lawrence G. Blochman, un enquêteur confond un assassin à l’aide d’une bouteille de vin. Dans un registre proche, d’autres nouvelles ont pour thème le crime parfait. D’abord les meurtres. Dans Meurtre maison de Davy Keene, un gigolo cherche à assassiner la femme qu’il a épousée pour son argent. Et dans Jour ultime de Fay Grissom Stanley, une femme qui refuse de divorcer de son mari qui la quitte pour une autre prépare le meurtre de celui-ci. Le narrateur de la nouvelle intitulée Insoupçonné et écrite par Jay Wilson, un employé de banque modèle, fomente un meurtre qui lui permettrait de dérober une somme pour finir confortablement ses vieux jours. Dans les trois cas, le meurtre n’aura été parfait que sur le papier. Autre crime parfait, l’arnaque. Parfois ça marche comme dans La nouvelle donne de Charles Einstein où un joueur de black jack a trouvé la combine pour arnaquer les casinos. Au contraire, dans Mort sur décision du tribunal de Francis Beeding, un homme ruiné pensait avoir trouvé la méthode parfaite pour mettre sa famille du besoin. Sans succès.

Mais toutes les nouvelles ne sont pas policières. Il y a un peu de fantastique avec Tribut floral de Robert Bloch, une histoire de fantômes. Ou encore avec Canavan et son terrain de Joseph Payne Brennan qui raconte l’histoire d’un jardin ensorcelé. Le recueil comporte un soupçon d’espionnage avec L’homme qui n’en savait pas assez d’Edward D. Hoch avec un récit digne de la Guerre Froide où le contre-espionnage britannique est sur le point de déjouer un complot qui permettrait aux Russes de s’emparer du code donnant accès aux communications cryptées des diplomates britanniques. Un peu de suspense avec une nouvelle signée Jack London intitulée Bâtard qui décrit les relations troubles entre une chien méchant et son maître cruel dans le Grand Nord canadien. Un peu d’horreur aussi dans Les sculptures érotiques de l’Ohio d’Adobe James : un collectionneur d’art érotique est prêt à tout pour acquérir de superbes sculptures pour son musée personnel.

Ces histoires ne m’ont pas empêché de fermer l’œil de la nuit mais elles m’ont tenu en haleine par leur suspense, leur humour noir et leurs surprises finales. C’est un bon moment de lecture, léger et parfait pour les vacances. Merci Mr Hitchcock !

Agaguk, Yves Thériault

Il est rare de trouver de bons livres dans une vente de garage. Je le sais, je regarde chaque à fois les livres que les gens vendent (quand il y en a). Je trouve rarement des choses intéressantes à me mettre sous la dent si on excepte les best sellers des années 80 et 90. Il y a quelques années, j’avais trouvé la révolution permanente de Léon Trotsky (que je n’ai pas encore lu d’ailleurs). Mais il y a quelques semaines, à deux pas de la maison, je suis tombé sur un classique de la littérature québécoise lors d’une vente de garage : Agaguk de Yves Thériault. Pour seulement 25 sous, c’était une aubaine. D’autant que ce roman fête cette année ses 50 ans.

agaguk

Je ne sais pas pourquoi mais je m’attendais à ce qu’Agaguk décrive de gentilles scènes de la vie esquimaude. Ma perception était bien évidemment erronée.

Agaguk est un jeune Inuk (singulier de Inuit) qui vit dans la Grand Nord canadien. Un beau jour, il quitte sa tribu en compagnie de sa femme Iriook. Tous deux construisent leur hutte dans un endroit isolé de la toundra. Agaguk pourvoit à leurs besoins en chassant des caribous, des renards, des loups, des visons et même des phoques. Pas de gâchis avec les fruits de la chasse : la peau sert au troc ou à se réchauffer, la viande permet de se nourrir, la graisse de se chauffer et les os font de bons outils. Iriook accomplit les tâches qu’on attend d’une femme esquimaude : préparer les peaux des animaux tués, préparer la viande pour en faire du pemmican, travailler le cuir en le mâchant pour en faire des liens solides (la babiche) et être disponible pour son homme. Leur vie est rythmée par les saisons. La hutte cède la place à un igloo pour les longs mois d’hiver et les chasses de l’été assurent la subsistance alors que le gibier se fait plus rare. Un beau jour alors qu’il est de retour dans son village pour y faire des affaires, Agaguk va commettre un crime qui fera entrer un policier blanc dans la communauté inuit.

Je croyais à tort que ce livre s’adressait à un jeune lectorat désireux de vivre des aventures hors du commun, un peu à la manière de ce que Jack London avait écrit. Mais Agaguk est vraiment destiné à un public adulte. Le livre mêle le récit du quotidien des Inuits, une enquête policière, la cohabitation difficile entre Inuit et blancs et une réflexion sur l’évolution des sociétés primitives vers la civilisation.

Yves Thériault décrit de grands moments de proximité avec la nature, des affrontements épiques entre l’homme et l’animal. Mais il est aussi question de thèmes plus adultes comme la sexualité, la violence conjugale, l’alcoolisme chez les autochtones et les injustices dont sont victimes les Inuit de la part des marchands blancs. Il y a aussi une violente scène de cannibalisme.

Je me demande à quel point l’histoire est romancée. Le fait de nous dépeindre la vie des Inuits de l’intérieur peut faire penser à un documentaire, une volonté de rendre compte de la vie chez les autochtones du grand nord canadien. Mais je me demande si le fait qu’un Inuk quitte sa tribu volontairement pour fuir un chef trop autoritaire et pour s’isoler dans la toundra est vraiment réaliste.

Yves Thériault délivre par ailleurs un message bien particulier à travers le couple Agaguk / Iriook. La femme va petit à petit devenir l’égale de l’homme dans leur relation. Dans un langage simple et par le biais de scènes clés dans le déroulement du roman, Yves Thériault souligne le rôle de la femme dans l’acquisition d’un sens moral chez Agaguk. Elle va le convaincre de renoncer aux atavismes de la tribu. Le fait que « l’éveil » d’Agaguk se réalise sous l’impulsion de sa femme me fait penser que ce livre d’Yves Thériault pourrait presque être considéré comme un roman féministe.

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