La possibilité d’une île, Michel Houellebecq

Après plusieurs années d’abstinence, je renoue avec Michel Houellebecq. Pour ce faire, j’ai jeté mon dévolu sur la possibilité d’une île, un roman assez déroutant sur le fond et la forme puisqu’il s’agit d’un récit appartenant au genre de la science-fiction qui fait dialoguer un homme des années 2000 et son clone qui vit quelques centaines d’années plus tard.

Le narrateur, Daniel1, est un humoriste français à succès dont le fonds de commerce est le cynisme. Il expose sans fards tout ce qui va de travers dans la société, ce qui fait beaucoup rire ses contemporains. Il se rapproche de la communauté des Elohimites, une secte religieuse directement inspirée des Raéliens. Il devient le témoin principal du développement de la secte qui ne cesse de gagner en popularité alors que les gens sont de plus en plus individualistes. Ses clones, Daniel24 puis Daniel 25, commentent des centaines d’années plus tard les écrits de leur prédécesseur.

Au départ, je trouvais que ce roman prenait des allures de rengaine de vieux con qui critique la jeune génération. Du Houellebecq tout craché diront certains. Mais là où il fait fort c’est qu’il dépasse ses propos caricaturaux : le narrateur se les approprie. Il ne vit que pour son plaisir, la sexualité est purement récréative et non plus reproductive, le consumérisme et le jeunisme règnent. C’est pourquoi la promesse d’une vie éternelle via le clonage séduit tant les foules. Faisant siennes en apparence les les valeurs qu’il conspue, Houellebecq réussit à en démontrer les limites pour se faire l’avocat de l’amour et des sentiments humains.

Les thèmes chers à Houellebecq que sont les relations homme-femme et un regard pessimiste sur notre société se retrouvent dans La possibilité d’une île. Mais avec ce récit d’anticipation, Michel Houellebecq propose aussi une réflexion subtile sur ce qui fait de nous des humains. Il pose la question de la vie éternelle : c’est bien beau de vouloir devenir immortel mais pour quoi faire ? Le 25e clone de Daniel renoncera lui-même à l’immortalité. Devenu insensible et détaché des contingences matérielles, il part à la quête d’un bonheur impossible. Comment être heureux si on ne sent pas ? Pour Michel Houellebecq, le bonheur s’inscrit dans une réalité matérielle et sensible. On ne peut pas s’affranchir des souffrances humaines sans en même temps se priver du bonheur.

Avec la possibilité d’une île, je découvre un Houellebecq moins provocateur et plus profond que dans mes souvenirs.

Mets le au 3, Louis-José Houde et Annie Langlois

Les achats impulsifs à la librairie ne sont pas toujours les meilleurs. Il en est ainsi une fois encore. J’aime bien l’humoriste québécois Louis-José Houde. C’est un hyperactif verbomoteur qui part dans des délires incroyables. Ça m’intéressait de voir ce qu’il pouvait bien mettre par écrit.
Pour ceux qui se demandent ce que le titre du livre signifie, c’est une phrase qui est reprise de son spectacle : « mets le au 3 » veut dire « mets la télé sur la chaîne numéro 3 ». Malgré cette explication, le titre n’en est pas plus clair je trouve… C’est sans doute juste un clin d’œil au spectacle.

La première partie du livre reprend le texte de son spectacle. Ça aurait pu être sympa à lire. Sauf qu’entre le moment où j’ai acheté le livre et celui où je l’ai lu, j’ai regardé le spectacle en question. Du coup j’ai sauté le premier tiers du livre parce que ça ne me disait rien de relire des choses que j’avais entendues il y a quelques semaines à peine.

Dans la deuxième partie, Louis-José Houde liste des petites phrases percutantes qui n’ont pas trouvé leur place dans le spectacle.
J’ai trouvé que la troisième partie était la plus agréable à lire. Il s’agit d’une reprise des chroniques que l’humoriste a écrites dans le journal La Presse entre 2003 et 2006. Même si j’en avais déjà lu quelques-unes, c’est un plaisir de se retrouver plongé dans l’univers loufoque de Louis-José Houde. Il a un véritable talent pour remarquer les petites choses de la vie et partir sur un délire. Le format des chroniques l’amène à développer un peu plus ses réflexions et c’est bien mieux à lire que les petites phrases de la deuxième partie.

Mais si je résume, le livre est quand même très pauvre en contenu. Il n’a pas du être trop compliqué à produire en reprenant du matériel qui existait déjà par-ci par-là. Ça devait être tentant de publier ce livre en capitalisant sur le nom d’un humoriste connu comme Louis-José Houde. Au final, j’ai la désagréable impression de m’être fait avoir en achetant un livre vaguement divertissant. Réservé aux vrais fans.

L’avis de Karine.