Atavismes, Raymond Bock

Pensez-vous que la société québécoise est un havre de calme où les gens vivent en harmonie les uns avec les autres et avec la nature ? Raymond Bock n’est pas de ceux là. Avec Atavismes, son premier recueil de nouvelles, il dresse un portrait au vitriol du Québec.

Atavismes s’ouvre de manière choc sur une nouvelle où la violence se déchaîne sur un homme qui a le tort d’avoir des convictions politiques opposées à celles de ses tortionnaires. Le désaccord sur les vues politiques s’exprime physiquement par la volonté de réduire l’autre, de le nier en tant que personne. Les auteurs de ces actes sont incapables de lutter au niveau des idées. Impuissants à raisonner, ils sont esclaves de leurs émotions.

Le ton est ainsi donné et tout au long de ce grand déballage, le lecteur est assis dans le fauteuil d’un psy qui écouterait un Québec malade de son histoire et de sa place dans le monde. Les atavismes sont profondément ancrés dans l’identité québécoise et ils sont offerts à notre réflexion. Il y est question de l’impossible relation avec le père, de la chute des héros, du découragement du système éducatif. La nature est un des thèmes forts de ce livre. C’est d’ailleurs quand il est question du rapport malsain des personnages à la nature que le glauque et le mal être ressortent le plus. Ainsi ces colons prisonniers de l’hiver qui s’entretuent ou cet homme qui laisse la végétation et la faune envahir sa maison. Pour Raymond Bock, la présence des Québécois sur le sol nord américain est une greffe qui n’a pas pris, ce n’est pas naturel. Les personnages essaient de persister mais échouent à reprendre le contrôle de leur destinée.

Atavismes est un livre où règnent le malaise et le glauque. Raymond Bock dresse un constat très sévère en faisant coller des atavismes sombres à l’identité québécoise. Mais c’est tellement bien amené que chacune des nouvelles se lit avec passion. En plus d’avoir une grande acuité d’observation et de maîtriser son sujet, Raymond Bock possède une plume distincte. Chaque nouvelle a son style propre et l’ensemble de l’ouvrage est varié. Une voix d’écrivain originale à découvrir. Et encore une preuve du succès des éditions du Quartanier à publier les jeunes talents littéraires québécois.

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La légende des anonymes et autres promenades, Jérémie Leduc-Leblanc

La recrue du mois d’avril est Jérémie Leduc-Leblanc avec un premier recueil de nouvelles intitulé La légende des anonymes et autres promenades. N’oubliez pas d’aller sur le site de la Recrue du Mois pour lire les avis des autres commentateurs et découvrir de nouveaux auteurs québécois.

Une légende est un texte qui présente un héros ou un mythe fondateur. Bel oxymore donc que ce titre qui prétend raconter des histoires importantes tout en taisant l’identité de ses héros. D’emblée le propos est littéraire. Ce recueil de nouvelles plaira à ceux qui aiment les livres d’ambiance. En effet, ces nouvelles ne racontent pas des histoires. Elles sont plutôt des instantanés de moments de la vie : rupture, souvenirs d’enfance, discussions. S’il est souvent difficile de deviner le contexte de chacune des nouvelles, elles ont en commun un questionnement sur l’identité du narrateur. Rarement identifié et parfois commun à plusieurs nouvelles, ce dernier s’interroge sur son passé, sa famille, ses relations amoureuses etc. Sur ces 16 nouvelles, une seule est écrite du point de vue d’un narrateur omniscient. Les autres sont écrites à la première personne sur un ton intimiste. Le questionnement est ainsi rendu plus proche du lecteur.

On aimera ou pas le style de Jérémie Leduc-Leblanc mais ça vaut la peine de se laisser déstabiliser. Chacune de ces nouvelles est à savourer lentement pour bien s’imprégner de son atmosphère. Particularité à double tranchant, ce recueil est très homogène dans le style et les thèmes abordés. Si cela permet de plonger le lecteur dans l’univers de Jérémie Leduc-Leblanc, il faut aussi admettre qu’aucune nouvelle ne ressort particulièrement du lot. Quelques jours après la lecture, j’ai du mal à en citer une ou deux qui auraient une identité propre.

Publié chez les éditions Triptyque.