Tobacco Road, Erskine Caldwell

Je le confesse, je n’avais jamais entendu parler d’Erskine Caldwell jusqu’à ce que je tombe sur cet article du Devoir qui récapitule les meilleurs romans de 2013. Caldwell y est cité comme l’un des 6 grands auteurs américains aux côtés d’Hemingway, Faulkner, Steinbeck, Fitzgerald et Dos Pasos (nouvelle confession, je ne connais pas ce dernier non plus). Quelques recherches sur internet à propos de cet auteur m’ont indiqué qu’un de ses romans les plus connus était Tobacco Road. Je l’ai donc lu dans sa version originale pour faire connaissance avec la plume d’Erskine Caldwell.

Tobacco Road Erskine Caldwell

Tobacco Road se déroule dans le Sud des Etats-Unis, plus précisément dans l’Etat de Géorgie. On y suit le quotidien de la famille Lester, des fermiers qui vivent dans la misère sur une terre qui ne leur appartient pas et qu’ils sont incapables de cultiver. Le père, Jeeter Lester, est nostalgique des années passées où il pouvait exploiter la terre grâce au crédit du propriétaire des terres qui lui permettait de s’approvisionner en graines de coton et en guano pour fertiliser la terre. Il vit dans une maison délabrée avec sa femme Ada, sa mère et ses deux derniers enfants Dude 16 ans et Ellie May 18 ans. Le roman s’ouvre sur la visite de Lov, un homme qui a épousé Pearl, la fille de 12 ans de Jeeter.

Tobacco Road se déroule dans les années 30, en plein pendant la Grande Dépression américaine. Avec ce roman réaliste, Erskine Caldwell brosse le portrait d’une génération qui souffre. Les gens des campagnes ne peuvent survivre en exploitant la terre et son réduit à aller travailler comme employés des filatures dans les grandes villes. La famille Lester a vu la plupart de ses enfants rejoindre les grandes villes mais les parents eux résistent encore à l’exode rural malgré une vie de misère. Les gens ne mangent pas tous les jours. Jeeter en est réduit à voler des navets à son gendre pour se nourrir. Par ailleurs, Erskine Caldwell souligne l’impossible équation des cultivateurs : les magasins ne dont pas crédit, les banques refusent de consentir des prêts aux cultivateurs et le prix obtenu pour les récoltes ne permet pas de dégager un bénéfice une fois les prêts remboursés et les frais d’exploitation couverts. Avec Tobacco Road, Erskine Caldwell se veut un témoin de son époque. Outre les graves difficultés économiques rencontrées par ses personnages, il parle de sujets plus sociaux comme le fait qu’il est possible de prendre comme épouse une fille de 12 ans ou le fait que la vie d’un noir ne vaut pas cher aux yeux des blancs. Bienvenue dans le Sud des Etats-Unis des années 30…

Mais ne croyez pas que Tobacco Road soit un roman triste. Le fond est certes sérieux mais ce livre comporte beaucoup d’humour. Les nombreux dialogues sont savoureux. Erskine Caldwell possède un véritable humour noir. Il se moque de ces incapables qui bousillent une voiture neuve en quelques heures et de la fainéantise de Jeeter que son extrême pauvreté n’incite pas à l’effort. La religion aussi en prend un coup avec le personnage de Bessie qui se définit comme prêcheuse mais qui possède des valeurs à géométrie variable quand ça l’arrange. En ce sens, les personnages du roman ne sont pas que des victimes. C’est ce qui rend Erskine Caldwell intéressant comme auteur.

Publicités

Histoires de lectures

Qu’emmèneriez-vous sur une île déserte ? En haut de ma liste se trouveraient des livres.

Lesquels ? J’ai eu l’occasion de réfléchir récemment à cette question. Notre ami Olivier a demandé aux lecteurs de son blog quels livres devraient l’accompagner lors de son tour du monde. Il avait fixé la limite à trois livres. Je lui avais donc conseillé : Les raisins de la colère de Steinbeck, Pour qui sonne le glas d’Hemingway et Un long chemin vers la liberté, l’autobiographie de Nelson Mandela.

Je place ces trois livres parmi les meilleurs que j’ai eu l’occasion de lire. Pourquoi ces trois pavés-là ? Principalement car ce sont des livres passionnants qui m’ont fait réfléchir.

J’ai lu les Raisins de la Colère alors que j’étais en prépa. Ceux qui sont passés par là savent qu’il est parfois bon et sain de changer un peu d’air, de s’évader. J’avais donc emprunté ce livre à la bibliothèque du lycée Carnot. On y suit les aventures et surtout les mésaventures d’une famille de fermiers du Midwest dans l’Amérique des années 30. Chassés des terres qu’ils cultivent, ils n’ont d’autre choix que de s’en aller sur la route. Ils se dirigent vers la Californie, alors terre promise pour qui cherche du travail. Les raisins de la colère est un livre sur la misère et sur les conséquences désastreuses de la crise économique des années 30. Malgré tout, je l’ai énormément apprécié. La description des Etats-Unis de l’époque est réaliste au point que j’ai eu l’impression d’être sur la route avec les personnages. Une livre très puissant, riche en enseignements.

 

J’ai aimé Pour qui sonne le glas pour les mêmes raisons. Je me suis laissé transporter en 1936 à l’époque de la guerre civile espagnole. Le narrateur, inspiré de la propre expérience d’Ernest Hemingway, combat du côté des républicains espagnols face aux franquistes. Tout y est : l’amour, la guerre, l’héroïsme, les idéaux et le sacrifice. Ce livre est un condensé de l’humanité. Hemingway a le talent immense de rendre compte simplement de situations et de sentiments complexes. C’est encore un livre qui se lit très bien malgré sa longueur. Je l’ai dévoré et en le refermant je me suis dit : waouh ! Je venais de prendre une grande claque. Rien que d’en parler, ça me donne envie de le relire.

 

J’ai décidé de lire l’autobiographie de Nelson Mandela quelques semaines avant de partir en Afrique du Sud en 1999. Je devais passer 15 jours à Soweto, au cœur du cœur de l’histoire moderne de l’Afrique du Sud. Je connaissais finalement très peu ce qu’était l’apartheid et la façon dont les Sud-Africains vivaient sous ce régime. Un long chemin vers la liberté relate la vie de Nelson Mandela, de ses premiers engagements politiques à sa sortie de prison, en passant par toutes les brimades et injustices vécues par les peuples noirs et métis d’Afrique du Sud. J’ai beaucoup appris sur l’histoire du pays que j’allais visiter. Ce livre permet également de relativiser les petits problèmes du quotidien et d’apprécier notre liberté. Ce long chemin vers la liberté est celui qu’ont emprunté Nelson Mandela et l’Afrique du Sud. C’est aussi un beau message d’espoir.

 

Enfin, j’avais également dit à Olivier d’emporter un autre livre s’il lui restait de la place dans ses maigres bagages de routard : Le Prince de Machiavel. Il s’agit d’une sorte de manuel de politique pour les nuls qu’a écrit l’auteur pour conseiller son maître, un prince italien. C’est une description du peuple et de la façon de gouverner qu’on trouverait aujourd’hui politiquement incorrecte. En effet, Machiavel conseille à son prince d’écarter toute notion de morale au moment de prendre des décisions, son attention devant être entièrement tournée vers la constitution d’un pouvoir puissant et craint du peuple. Je parlais un peu plus haut de la claque que j’avais prise en lisant Hemingway. C’est un peu la même chose avec le Prince tellement son propos est éloigné de la conception qu’on nous enseigne du gouvernement et de la politique. Pourtant l’ouvrage de Machiavel est largement considéré comme un texte fondateur. Comme quoi il y a une bonne part de vérité dans ce qu’a écrit Machiavel il y a quelques centaines d’années.

Je vais essayer de partager sur ce blog quelques lectures présentes et passées. Et si vous avez des idées de lectures futures, n’hésitez pas !

A bientôt.