Pouvoir et Terreur : Entretiens après le 11 septembre, Noam Chomsky

Spécialiste de la linguistique, Noam Chomsky est cet universitaire américain qui est devenu l’emblème d’une certaine contre-culture pour sa capacité à déconstruire le langage des médias et des autorités. Année après année, il explicite le choix des mots des politiciens et des journalistes. Sa constance est d’autant plus admirable que ses positions ne sont que très rarement relayées par les grands médias.

Les entretiens rassemblés dans cet ouverage ont eu lieu quelques mois après les attentats du 11 septembre 2001 et tout juste avant l’intervention américaine en Irak. Les attentats du 11 septembre sont pour Chomsky le prétexte de parler de terrorisme d’État. Comme dans de nombreux de ses ouvrages, il dénonce la politique de deux poids deux mesures de la politique des États-Unis et des États occidentaux. En matière de terrorisme, le discours dominant dépend avant tout de qui commet l’acte. Ainsi l’opinion publique américaine s’indigne des actions des terroristes sans posséder le recul sur les propres actions de son gouvernement. Celui-ci entreprend en effet selon Noam Chomsky des actions qui pourraient tout aussi bien étre qualifiées de terroristes. Pire encore, ce terrorisme n’est pas le fruit d’individus mais d’un État qui se veut démocratique. Le terrorisme est donc institutionnalisé. Chomsky illustre son propos d’exemples d’interventions du gouvernement Reagan en Amérique Centrale (contre les mouvements d’extrême gauche) et au Liban (contre le Hezbollah). Le point le plus percutant de son argumentation est corrélation entre les montants de l’aide américaine à certains pays et les violations des droits de l’homme dans ces mêmes pays. La démocratie ne s’exporte que dans les discours.

Pouvoir et terreur est donc un ouvrage intéressant qui met en perspective certains événements et surtout leur traitement médiatique. Les médias et le langage sont au coeur du propos de Noam Chomsky. Il attire en particulier l’attention du lecteur sur les relations entre les dirigeants des empires médiatiques et le pouvoir politique (un constat qui ne saurait bien entendu se limiter aux États-Unis).

Aussi pertinent et nécessaire qu’il soit, cet ouvrage n’est pas  différent des autres livres de Noam Chomsky que j’ai pu lire par le passé.  Il est là pour marteler son message avec constance. Pouvoir et terreur est donc dans la continuité du reste et, si vous avez déjà lu un certain nombre de livres de Noam Chomsky, vous pourrez trouver qu’il s’agit d’une redite.

Forteresse digitale, Dan Brown

Il est bon de se plonger dans un roman de Dan Brown de temps en temps. Cet auteur américain est devenu au cours des dernières années la référence en matière de roman à suspense. Après le succès de Da Vinci Code, on a eu droit à Anges et Démons. Et puisqu’il s’agissait d’un bon filon, Forteresse Digitale, son premier roman paru en 1998, a été traduit en français en 2006. Mais loin d’être blasé par Dan Brown et ses best sellers, j’ai pris beaucoup de plaisir avec ce livre.

Avec Forteresse Digitale, on a affaire à la même recette que ses autres livres. À savoir un professeur d’université américain engagé pour ses compétences (linguistiques dans le cas présent) mais qui se retrouve dans une aventure dangereuse dans un pays étranger. Au cœur de l’intrigue se trouve une mystérieuse organisation (ici la NSA).

Le professeur en question s’appelle David Becker et est envoyé par Strathmore, le directeur de la NSA, en Espagne pour récupérer un objet qui était en possession d’Ensei Tankado, un ancien employé de la NSA soudainement mort alors qu’il venait de créer un nouveau programme de cryptage nommé Forteresse Digitale. La NSA essaie de mettre la main sur ce programme avant tout le monde car celui-ci est fort bien conçu et résiste pour le moment à tous les tests de TRANSLTR, le super ordinateur de la NSA capable de décoder les communications du monde entier, quel que soit leur niveau de cryptage. Pour corser le tout et mettre un peu d’amour dans cette histoire, Susan Fletcher, la directrice du service de cryptologie de la NSA est la fiancée de David Becker et elle n’est pas au courant que son patron l’a envoyé dans une mission dangereuse.

J’ai bien aimé Forteresse Digitale. Et d’ailleurs comme lecteur, comment ne pas aimer un tel roman ? Le suspense est insoutenable d’un chapitre à l’autre et le fait que l’action se déroule simultanément dans plusieurs endroits rend la lecture du chapitre suivant incontournable. De plus les fausses pistes sont nombreuses et c’est un plaisir d’essayer de deviner qui manipule qui. Même lorsqu’on croit l’affaire initiale résolue, une étape supplémentaire dans le stress s’ajoute.

Et comme toujours dans les livres de Dan Brown, le sujet de fond est extrêmement bien documenté et expliqué simplement. Il s’agit ici de la cryptologie et d’un questionnement adroit sur la sécurité des données et les libertés individuelles alors que le gouvernement américain est susceptible de garder un oeil sur chacun pour des raisons de sécurité nationale.