L’année la plus longue, Daniel Grenier

J’ai loupé la sortie de ce roman de Daniel Grenier aux éditions Quartanier. Mais Flammarion a eu la riche idée de le publier en France. Je me suis donc procuré l’édition française de L’année la plus longue.

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Thomas Langlois est né un 29 février. Comme son aïeul Aimé. Du fait de leur date de naissance atypique, ni l’un ni l’autre ne vieillissent au même rythme que les autres. Ils ne vieillissent que d’un an tous les 4 ans. Albert, le père de Thomas, cherche à retracer le fil de la vie d’Aimé qui a vécu à plusieurs époques, à plusieurs endroits au Canada et aux Etats-Unis et, pour compliquer encore plus les choses, sous plusieurs identités. Cette quête de la trajectoire d’Aimé au travers des époques devient une véritable obsession pour Albert.

Disons le tout de suite, l’intérêt de L’année la plus longue ne réside pas dans son côté fantastique où ceux qui naissent le 29 février vieillissent plus lentement que le commun des mortels. Il ne s’agit là que d’une astuce, ou d’un beau prétexte, pour parler au lecteur de l’Amérique. L’année la plus longue est en fait un très bel hommage de Daniel Grenier au territoire américain. Et il faut entendre américain dans son sens littéral et non restreint aux Etats-Unis. Les pérégrinations d’Aimé puis de ses descendants au fil des années ont lieu sur un formidable terrain de jeu : le massif des Appalaches, des Monts Chics-Chocs au Québec jusqu’aux Alleghenies et aux Great Smokies plus au sud. Daniel Grenier nous gratifie en plus d’un passage dans le quartier de Saint-Henri de Montréal, écho au quartier auquel il rendait déjà hommage dans son premier ouvrage de fiction, Malgré tout, on rit à Saint-Henri. Mais le voyage proposé dans ce roman n’est pas que géographique. La longévité d’Aimé Langlois lui fait traverser les époques, à commencer par la prise de la ville de Québec par les Anglais en 1760 jusqu’à notre époque en passant par la guerre de Sécession et l’industrialisation dans les villes. Il en résulte une formidable fresque intelligemment construite et bien racontée. J’ai pour ma part découvert un territoire dont je ne soupçonnais pas la richesse.

Alors oui, parfois ça part un peu dans tous les sens et on ne sait pas toujours de qui c’est l’histoire. On passe de Thomas pour suivre longtemps Aimé, en passant par l’histoire d’Albert et de sa femme Laura. Mais encore une fois, les personnages ne sont que le prétexte pour peindre le portrait de l’Amérique moderne.

Dans un style très personnel, Daniel Grenier met en scène un narrateur/conteur qui casse à plusieurs reprises le « quatrième mur » de la narration. Un parti pris qui n’est pas sans rappeler un style journalistique très américain (journalisme narratif, nouveau journalisme…) où celui/celle qui rapporte les faits se met en scène et fait partie de ce qu’il/elle décrit. Là aussi donc, un parti pris très « américain » jusque dans le choix du mode narratif, histoire de savourer une américanité en français. D’autant que les éditions Flammarion ont eu l’intelligence et le respect de ne pas gommer les aspérités québécoises du texte de Daniel Grenier.

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Réécrire l’Histoire

Petite parenthèse dans ce blogue, je ne parlerais pas d’un livre mais d’un blog que je lis. J’adore le blog Strange Maps qui comme son nom l’indique propose des cartes originales. Je ne suis pas vraiment un spécialiste de la géographie mais j’aime bien ce que nous disent les cartes, qu’il s’agisse de cartes réelles ou des cartes décrivant un projet futur ou une vision originale du monde.

J’ai retenu un des derniers articles en date qui montre l’Amérique du Nord revisitée, balkanisée en fait. Son auteur, Matthew White, a créé cette carte en partant du principe que tous les mouvements séparatistes nord-américains auraient pu trouver une issue favorable. On pense bien sûr au Québec qui aurait accédé à l’indépendance en 1837 à l’occasion de la révolte des Patriotes menée par Louis-Joseph Papineau et dont certains au Québec se réclament encore de nos jours. Mais aussi que se serait-il passé si Napoléon n’avait pas vendu la Louisiane ? Si le Sud avait réussi sa sécession en 1860 ? Si les tribus indiennes avaient résisté à la Conquête de l’Ouest ? Que de questions ! Et les commentateurs eux-mêmes y vont de leur analyse.

En fait, j’aime cette carte car elle combine deux de mes passions : l’histoire de l’Amérique du Nord et sa géographie (à des années-lumières de ce qu’on a pu nous enseigner à l’école, ici c’est amusant).

Seul reproche à Strange Maps, il est en anglais. Mais pas besoin d’un gros niveau pour comprendre ce qui se dit. Les images parlent souvent d’elles-mêmes.