Le sagouin, François Mauriac

Lire Mauriac ne peut pas vous laisser indifférent. Le sagouin est un roman très court qui va droit au but.

Le sagouin c’est le petit Guillou qui, âgé d’une dizaine d’années, est rejeté par tous. Paule, sa mère, ne l’aime pas et le considère comme un demeuré. Sa grand-mère paternelle se désespère d’avoir un héritier si simple d’esprit. Quant au père, il est complètement efface et dominé par sa femme et sa mère. Or Guillou est loin d’être attardé comme le découvrira Bordas, l’instituteur du village. Mais c’est de Bordas que provient le pire abandon : bien que conscient des capacités de Guillou, il refuse de s’occuper de lui pour de mauvais motifs.

Mauriac est maître dans l’art de peindre les comportements familiaux les plus vils. Le lecteur ne peut s’empêcher de ressentir malaise et indignation devant tant de méchanceté gratuite et de faiblesse. Et l’auteur parvient en même temps a témoigner d’une réalité sociale dans la campagne française de l’entre deux guerres : les oppositions de classes entre une famille noble qui n’est plus que l’ombre d’elle-même, une femme issue de la bourgeoisie qui rêvait d’un mariage synonyme d’ascension sociale et un couple de socialistes engagés. Quatre romans de Mauriac que je lis et quatre fois que je suis ébloui par tant de talent !

Du même auteur:

Génitrix, François Mauriac

Après le nœud de vipères et Thérèse Desqueyroux, voici un autre roman de François Mauriac : Génitrix. Comme les deux autres, Génitrix m’a laissé une forte impression à la fois par la qualité littéraire du livre et par le sujet traité.

Dans une vieille maison de la région bordelaise, Mathilde se remet difficilement d’une fausse couche. Son mari Fernand Cazenave l’a épousée tardivement alors qu’il entrait dans la cinquantaine. Ce mariage lui a finalement permis d’échapper à sa mère Félicité, une femme froide qui domine son fils depuis toujours. Pourtant, plutôt que de veiller sur son épouse, Fernand dort maintenant dans la chambre voisine de celle de sa mère. L’arrivée de Mathilde a enlevé à Félicité l’influence qu’elle avait sur son fils. Mais elle profite de la convalescence de la malade pour essayer de reconquérir Fernand.

Quel roman exceptionnel que Génitrix ! La situation est simple : c’est le combat d’une mère qui refuse de relâcher l’emprise qu’elle possède sur son fils. Mais le roman est aussi complexe car il n’est pas facile de rendre sur papier les subtilités des relations entre la mère et le fils. François Mauriac décrit très bien la force de la figure maternelle par opposition à un fils faible et effacé. La mère est ici un vrai mauvais personnage. L’amour pour son fils est véritable mais étouffant. Mais pas question pour Mauriac de dépeindre Fernand comme une victime car il se complait dans sa faiblesse et dans son besoin maladif de la présence d’une mère forte. La mère et le fils se sont construit au fil des années une relation malsaine.

Le roman est relativement court, moins de 200 pages. Mais quelle intensité ! Je suis vraiment devenu fan de François Mauriac et de son écriture simple et si efficace. Une fois encore, on comprend que pour lui la famille est une prison. Une guerre d’usure où tous les coups sont permis mais sans que jamais la confrontation libératrice ne se produise. Cette guerre froide devient une lecture que je recommande absolument.