Pêcheur d’Islande, Pierre Loti

Je pense que Pêcheur d’Islande de Pierre Loti a été un des premiers livres que j’ai étudié en cours de français au collège. Ca remonte donc à plus de 20 ans ! Et il ne m’en restait malheureusement aucun souvenir. C’est pourquoi je l’ai ressorti de ma bibliothèque.

Pêcheur d'Islande

Pêcheur d’Islande raconte la vie des marins de Paimpol et sa région. Ceux-ci se lançaient dans des campagnes de pêche de plusieurs mois au large de l’Islande pour pêcher des morues. Ces campagnes duraient tout le printemps et l’été. Pêcheur d’Islande comporte plusieurs personnages principaux. Les deux premiers sont des pêcheurs : Yann et Sylvestre sont deux jeunes hommes embauchés à bord de la Marie, un navire de pêche. Yann est un éternel célibataire. Sylvestre termine lui sa dernière campagne de pêche avant de rejoindre la Marine Nationale pour 5 ans de service militaire. Le troisième personnage central dans le roman est Gaud, une jeune femme amoureuse de Yann. Elle se languit de ce grand gaillard qui demeure insensible.

Pêcheur d’Islande est une histoire d’amour et de souffrance. Il y a d’abord l’amour de Gaud pour Yann qui n’est pas réciproque mais aussi l’amour maternel de la grand-mère Moan pour Sylvestre, son unique petit-fils, alors que celui-ci doit la quitter pour son service militaire. La souffrance c’est celle de la pêche car la vie sur le bateau est dure. C’est aussi la dureté de la vie de militaire, surtout dans le cadre d’une guerre de colonisation à des milliers de kilomètres de la Bretagne natale de Sylvestre.

Publié à la toute fin du 19ème siècle, Pêcheur d’Islande est un roman dans la veine naturaliste. Pierre Loti y est très précis dans sa description du quotidien des pêcheurs lors de ces nuits au large de l’Islande alors que le soleil ne se couche pas. Il décrit la vie sur le bateau, quand les hommes enchaînent les quarts de pêche pendant de longues heures sans dormir. Il souligne les dangers de la mer : chaque saison des bateaux et leurs équipages disparaissent dans les eaux islandaises. Pierre Loti raconte aussi le retour des pêcheurs à terre pour l’hiver. Il est très précis dans la toponymie de la région de Paimpol. Il relate aussi la vie des femmes en été quand les hommes sont absents des maisons. Ce sont elles qui ont la gestion de l’argent gagné par les marins. Pierre Loti puise dans son expérience dans la marine nationale pour relater le parcours de Sylvestre dans l’armée. Le parcours qu’il emprunte pour se rendre en Asie est bien connu de l’auteur.
Même si Pêcheur d’Islande n’est pas aussi poussé que ce qu’a fait Zola en matière de roman naturaliste (Pêcheur d’Islande a d’ailleurs été publié la même année que Germinal), Pierre Loti a tout de même rendu compte avec ce roman de l’univers des marins bretons et a contribué à créer la légende autour de la vie de ces pêcheurs.

Je ne comprends pas mon absence de souvenirs pour ce livre car il comporte plusieurs passages qui auraient pu marquer le jeune lecteur que j’étais. Mais je comprends aujourd’hui le statut de classique de Pêcheur d’Islande tant le roman est riche.

La trajectoire, Stéphane Libertad

Comme l’auteur de ce livre, je suis un Français qui a immigré au Québec. J’étais donc curieux de lire l’histoire du personnage principal du roman, vraisemblablement autofictionnel, qui passe par de nombreux hauts et bas dans son cheminement.

Le narrateur de ce roman vit un triple choc. Il est père depuis peu, l’ombre de la quarantaine se fait menaçante et il vit un déracinement.
Le rôle de père lui est un peu tombé dessus sans véritable préparation. Son propre père ayant rapidement abandonné sa famille, il ne possède pas de référentiel sur lequel bâtir quelque chose. Ce moment est rendu d’autant plus difficile que le nouveau né connaît des problèmes de santé sérieux. Écrivain de métier, le narrateur vit de petits boulots précaires qui ne le satisfont pas. Dur de s’accomplir dans un centre de télémarketing. Il quitte la France pour s’installer au Québec avec sa femme. Bien que celle-ci soit québécoise, les 10 ans passés en France et l’accent qu’elle a pris la distinguent de ses compatriotes. Pour elle, le retour au Québec est rude. Pour le personnage principal, il faut se faire à ce nouveau pays, à sa culture et surtout à son hiver.

J’ai aimé lire ce parcours d’immigrant. Stéphane Libertad au travers de son personnage principal possède un franc-parler qui détonne du politiquement correct (par exemple, quand son fils de 3 ans l’emmerde, il l’écrit). Un tantinet caricatural par moments, ce Français qui immigre au Québec est amateur de bons vins (parfois à l’excès), il aime la bonne bouffe et il est râleur. Mais il met aussi le doigt sur les travers des Québécois.

La trajectoire est un ouvrage plus riche qu’il ne paraît. Plus qu’un parcours individuel, c’est une chronique sociale de la précarité, de l’immigration et de la paternité moderne. Et si tout n’est pas facile pour lui, le narrateur finira tout de même par trouver une certaine paix avec lui-même.

Je vous invite à aller lire l’avis de Venise sur la trajectoire. Et si vous recherchez un autre roman ayant pour thème l’immigration au Québec, je vous renvoie à La bar-mitsvah de Samuel.

Le joueur, Fedor Dostoïevski

J’ai bien aimé lire les Frères Karamazov mais je ne me voyais pas me lancer dans une autre grosse brique signée Dostoïevski (et oui parce que j’ai parfois la flemme de lire des longs romans). Le compromis aura été de lire Le joueur, un roman de taille raisonnable. N’ayez pas peur en voyant la couverture du livre ci-dessous, c’est une capture d’écran de l’édition électronique que j’ai lue avec ma liseuse.

Le narrateur, Alexis Ivanovitch, est employé comme précepteur par une famille russe. Il est au service d’un général qui attend le décès de la babouschka pour toucher un héritage conséquent. La famille du général se trouve dans une ville thermale allemande nommée Roulettenbourg. C’est une ville fictive qui compte un casino et en particulier des tables de roulette. Ce lieu s’avérera central dans le roman. Le général est le jouet d’une Française nommée Blanche de Comminges qui ne semble être avec lui que pour l’argent qu’il devrait toucher. Le général s’est d’ailleurs lui-même endetté auprès d’un autre Français, De Grillet, qui est de mèche avec Blanche pour délester le général russe de sa fortune potentielle. Le narrateur est lui-même amoureux de Paulina, la belle-fille du général. Cet amour n’est pas réciproque mais Pauline le provoque et s’amuse avec lui sachant qu’il s’exécutera par amour pour elle. Elle lui demande notamment de jouer pour elle à la roulette. Le narrateur conseillera ensuite la babouschka qui est novice en matière de roulette. Alors qu’il demeurait raisonnable quasnd il s’agissait de jouer avec l’argent des autres, il se perdra dans les affres du jeu lorsqu’il joue avec son argent, gagnant des sommes énormes pour les reperdre aussitôt.

Même s’il ne possède pas la profondeur des frères Karamazov (le joueur a été écrit en 3 semaines à peine pour répondre à une demande de l’éditeur de Dostoïevski), ce roman est intéressant à plusieurs points de vue.  Comme l’indique le titre, le jeu est au coeur de l’intrigue. Le narrateur tombe dans le piège fatal de la roulette : il se perd dans le jeu et dans spirale descendante : il mise gros, gagne gros, perd, essaie de se refaire et ne sait plus s’arrêter malgré des gains conséquents. C’est pour lui une dépendance, il devient un joueur compulsif : le jeu est sa priorité et il vit pour jouer.

Le Joueur dresse aussi le portrait de différents individus au sein de la noblesse européenne. Tous les personnage ont une moralité douteuse, ce qui ne les empêche pas de donner des conseils au narrateur alors qu’ils le voient s’enfoncer dans le jeu, voire de profiter de sa fortune éphémère. Cette assemblée est d’ailleurs une sorte d’Europe miniature où les caractères de chacun sont tirés de stéréotypes nationaux. Ainsi Dostoïevski vante l’âme russe par opposition aux caractères des Français et des Anglais qui ne trouvent pas grâce à ses yeux.

Je retiens donc de ma lecture un roman intéressant qui mérite d’être lu mais je n’en fais pas un incontournable.

Talk to the snail, Stephen Clarke

Stephen Clarke est un Anglais qui vit en France. Avec Talk to the snail, il explique à ses lecteurs anglo-saxons comment se passe la vie en France. Il décrypte pour eux les habitudes et les comportements des Français, ces gens si particuliers. Stephen Clark avait déjà écrit un livre, un roman, mettant en scène un anglais fraîchement débarqué en France pour le travail. C’est donc un exercice habituel pour lui.

Il passe en revue plusieurs points qui sont mystérieux pour les Anglais et les Américains à commencer par le fait que les Français sont perçus comme des gens voulant avoir raison à tout prix. Il traite également d’habitudes qui font notre réputation dans le monde. Le goût pour la bonne nourriture est bien évidemment souligné, ainsi que la propension des Français à abuser de tonnes de médicaments prescrits par un système de santé hyper généreux. Bien sûr les habitudes de travail sont analysées : du nombre important de jours fériés et de semaines de congés payés de même à la réunionite aigue.
L’auteur aborde aussi la culture, un domaine dans lequel la France se voit comme une exception alors qu’elle produit des films et des disques qui bien souvent n’auraient pas dû voir le jour, n’eût été des quotas de contenus français à la radio et d’un secteur cinématographique subventionné.
D’autres points sont difficiles à gérer pour les étrangers qui arrivent en France, comme le fait de tutoyer ou vouvoyer quelqu’un ou de savoir à qui faire la bise et à qui ne pas la faire. L’auteur cite à ce sujet quelques quiproquos savoureux.
Chaque chapitre aborde donc un aspect de la vie en France et se termine avec un lexique qui permettra aux lecteurs d’être servis dans un restaurant et de ne pas se laisser passer devant dans la queue à La Poste.
En résumé, la société française comporte de nombreux codes intégrés par les Français mais difficiles à comprendre et à acquérir pour ceux qui sont issus d’une autre culture.


J’ai eu du mal à lire Talk to the snail. En fait, j’ai même coupé la lecture en deux et intercalé une autre lecture avant de le finir. Le problème vient du fait que l’accumulation des travers des Français est à la longue un peu pénible quand on est Français. Le ton du livre n’est pas haineux, au contraire. L’auteur voit très juste, il connaît très bien la vie en France -il dispose d’ailleurs d’un recul que nous n’avons pas étant Français- et ses anecdotes sont amusantes mais j’ai trouvé le tout un brin répétitif.

Ma note : 3/5.