Faire violence, Sylvain David

Avec Faire violence, Sylvain David signe un premier roman original tant par le sujet traité que par la forme choisie.

Faire violence, Sylvain David
J’ai d’ailleurs du mal à classer cet ouvrage dans la catégorie fiction tant Faire violence ressemble à un petit précis, une encyclopédie vivante de la violence. Sylvain David explore en effet toutes les formes de violence. Il propose un véritable décryptage de la violence, de ses manifestations les plus bénignes jusqu’aux plus totales. La violence est en effet décodée, voire théorisée. De la simple délinquance issue de l’oisiveté à la guérilla urbaine, vous saurez tout.

Le titre Faire violence ne renvoie pas à l’expression se faire violence. Il signifie plutôt la déconstruction de la violence. Cet ouvrage se penche sur la fabrication de la violence.

La construction de Faire violence est elle-même originale. Sylvain David enchaîne les chapitres à l’infinitif. Cette technique donne une description très factuelle des événements violents qui sont décrits mais aussi des sensations ressenties par celui qui fait preuve de violence. Il en résulte une désincarnation du sujet. En procédant ainsi, Sylvain David réalise une décoction de tout ce qui fait la violence, le superflu s’évapore et il parvient à cristalliser l’essence de la violence. Elle devient presque le sujet agissant tant l’histoire personnelle de ceux qui agissent importe peu. Ils ne sont que les relais anonymes d’une violence protéiforme.

Au premier abord, ce livre m’a paru très abrupt. Le sens n’est pas immédiatement saisissable. Pour tout vous dire, j’ai du relire ce livre une deuxième fois pour bien m’imprégner du texte et mieux percevoir l’intention de Sylvain David derrière l’enchaînement des chapitres à l’infinitif. Ceux-ci sont d’ailleurs entrecoupés de passages plus théoriques où Sylvain David fait références à des sociologues et propose des théories sur le souvenir et sur ce qu’est la violence. Dans ces passages où l’auteur manipule des concepts complexes, il faut s’accrocher pour se mettre à son niveau et le suivre dans son cheminement intellectuel. Faire violence tient plus de l’essai que de la fiction. C’est un ouvrage ambitieux qui marque l’ouverture donnée à la nouvelle collection Quai n°5 des éditions XYZ.

J’ai lu Faire violence de Sylvain David dans le cadre de la Recrue du Mois.

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Claustria, Régis Jauffret

Je vous parlais il y a peu d’un livre dont j’avais arrêté la lecture avant la fin : Walden ou la vie dans les bois de Thoreau. C’est à nouveau le cas avec Claustria de Régis Jauffret mais pour des raisons différentes. Je me suis arrêté au bout de 300 pages sur les 500 que compte le livre.

Régis Jauffret précise dans un avertissement au lecteur qu’il s’agit d’un ouvrage de fiction. Reste que l’inspiration est elle bien réelle. Au point que l’auteur reprenne les noms réels des protagonistes de cette sordide affaire découverte en 2008. Josef Fritzl est ce monstre autrichien qui a séquestré sa fille Elisabeth pendant 24 ans et qui lui a fait 7 enfants. Personne, pas même la femme de Friztl qui vivait quelques mètres plus haut, ne s’est jamais posé de questions sur la disparition d’Elisabeth et sur les bruits provenant de la cave. Avec ce roman, Régis Jauffret met en scène un narrateur, un écrivain français, qui se rend en Autriche pour rencontrer les protagonistes de l’affaire et essayer de comprendre les dessous de cette affaire. Cet écrivain livre un récit à la première personne entrecoupé de scènes racontant la vie de Fritzl et de sa famille.

Pourquoi ai-je décidé de lire ce livre ? Parce qu’il y a de quoi être fasciné par ce fait divers : un monstre pervers et criminel terrorise sa famille, cloître sa fille dans un endroit secret situé juste en dessous de là où sa famille vit, il viole sa fille, la met enceinte puis certains de ces enfants sont intégrés à la famille d’en haut. Un romancier qui aurait imaginé ça aurait été taxé de sensationnalisme tant le tout semble inhumain. Or la réalité dépasse ici la fiction. L’horreur ne peut être qu’humaine. La séquestration, la violence, les sévices, la famine, l’obscurité : la liste est longue.
J’aime l’intention de l’auteur qui cherche à expliquer ou du moins comprendre les motivations de Fritzl et comment tout cela a été possible. Il y a sans doute une part de curiosité malsaine mais le côté malfaisant de l’être humain reste un mystère insondable.

Pourquoi avoir arrêté de lire Claustria après 300 pages ? Au début je n’ai éprouvé aucun problème. Le récit est mené comme une enquête avec des entrevues avec les témoins directs ou indirectes de ce fait divers. Il y a au départ une certaine distance avec ce monstre. Puis on le cerne petit à petit. On pénètre rapidement dans l’horreur sans véritable surprise car l’histoire est connue. Mais je me suis arrêté quand Fritzl met en œuvre son plan et enferme Elisabeth juste après lui avoir fait miroiter une plus grande liberté alors qu’elle se rapprochait de sa majorité. Plus précisément c’est dans les premiers instants de la vie du premier enfant issu de l’inceste que j’ai décidé de refermer ce livre. C’était une décision spontanée. L’idée de ce petit être entièrement soumis à Fritzl m’a révolté. D’un coup je me suis dit : à quoi bon ? Je n’ai pas ressenti le besoin d’aller plus loin : la suite de cette triste histoire est connue et je ne voyais pas ce que la lecture de la suite de Claustria allait pouvoir m’apporter d’autre que colère et indignation.

Le sujet du roman est dur mais j’ai été rassuré de lire ces mots de Régis Jauffret dans une entrevue aux Inrocks : « J’ai lu tout ce qui avait été écrit en français et en anglais, et sur un plan humain ce fut épouvantable. Je ne pouvais pas lire ça plus d’une heure et demie, et surtout pas le soir, tant c’était atroce. »

Régis Jauffret a su rendre l’horreur réelle pour le lecteur. Pour moi ce fut efficace au point que je referme son livre. Est-ce que ça fait de Claustria une réussite littéraire ?