Pour qui sonne le glas, Ernest Hemingway

Ce n’est pas la première fois que je lis Pour qui sonne le glas de l’auteur américain Ernest Hemingway. J’ai déjà lu ce roman alors que j’avais 18-19 ans. Il m’avait fait forte impression à l’époque tant cet ouvrage dégageait de puissance. J’ai décidé de le relire avec mon œil actuel 15 ans plus tard.

Pour qui sonne le glas

Robert Jordan est un Américain qui participe à la guerre civile espagnole comme artificier dans le camp républicain. Il a reçu comme mission de Golz, son supérieur, de faire sauter un pont au moment où l’armée républicaine lance une offensive d’envergure. La destruction du pont doit permettre de couper la route des renforts fascistes. Robert Jordan rejoint un groupe de francs-tireurs républicains qui vivent dans les montagnes derrière la ligne de front. Il sollicite leur aide pour faire sauter le pont.

En relisant Pour qui sonne le glas, je me suis souvenu de ce qui m’avait fait plu il y a plus de 15 ans lors de ma première lecture. C’est le fait que dans ce récit qui dure à peine 4 journées, tout y est. Ce roman recèle une véritable puissance et une portée universelle. Il est question d’amour, d’amitié, de convictions politiques, de haine, de jalousie, de rivalités, de mort… et en plus, tout est beau : les paysages idylliques, l’amour naissant entre Robert Jordan et la jeune Maria, la fougue et les convictions des combattants républicains. Ce côté esthétique est d’autant plus beau que le contexte est tragique. La situation n’est toutefois pas exempte de tensions, notamment entre Pablo, le chef des francs-tireurs et Robert Jordan. Ce dernier est venu pour accomplir une mission mais Pablo a davantage en tête sa sécurité et celle de ses camarades. Leurs intérêts ne sont convergents que jusqu’à un certain point.

En 4 jours à peine, Ernest Hemingway cristallise la notion d’engagement avec Pour qui sonne le glas. Il y a évidemment l’engagement politique et l’engagement militaire de ces hommes fidèles à leur cause même s’ils savent qu’ils sont bien moins équipés que leurs adversaires. Mais il y a aussi l’engagement amoureux de Robert Jordan et de Maria. Leur amour est intense et plein de promesses. Tous deux ne se leurrent pas, ils savent qu’en temps de guerre chaque jour est une victoire sur la mort. Et qui dit engagement dit sacrifices. Les francs tireurs et les engagés volontaires comme Robert Jordan sacrifient leur confort et parfois leur vie pour leurs convictions et ce qu’ils estiment être juste. Néanmoins, Hemingway ne signe pas pour autant un roman romantique plein de bons sentiments. Témoin direct de ces événements, il est lucide sur ce qui se passe à l’arrière du front : les influences étrangères sur la guerre civile espagnole, la vie relativement confortable des états-majors, la difficulté à faire circuler l’information au sein de la hiérarchie militaire, les mauvaises décisions militaires…

Vous aurez compris qu’avec cette relecture de Pour qui sonne le glas, je reste un adepte de ce classique de la littérature. Lisez-le !

Le soleil est aveugle, Curzio Malaparte

J’ai connu Malaparte il y a quelques années au travers du roman La Peau qui m’avait laissé une forte impression. Je prévois de relire la peau mais voici d’abord mon commentaire à propos d’un autre livre de Malaparte, le soleil est aveugle, qui parle lui aussi de la seconde guerre mondiale.

Publié en 1947, ce récit relativement court se passe en juin 1940 alors que les Alpins italiens s’apprêtent à se lancer à l’attaque du territoire français en passant par les cols alpins. L’Italie vient en effet de déclarer la guerre à une France déjà considérablement affaiblie par l’offensive allemande. On suit un capitaine italien chargé de faire circuler l’information entre les différentes divisions italiennes pour coordonner une attaque imminente sur les positions françaises. Ce capitaine se prend d’amitié pour Calusia, un soldat un peu simple d’esprit qui se promène avec une cloche de vache autour du cou. La mort de ce soldat pendant les combats cause une grande détresse au capitaine qui se sent responsable et sombre dans la folie.

Le soleil est aveugle est basé sur l’expérience de Malaparte comme correspondant de guerre. C’était un spectateur aux premières loges pendant la seconde guerre mondiale. Il est donc bien placé pour dénoncer l’absurdité de la guerre. Il s’en prend d’abord la lâcheté de Mussolini qui lance son armée sur un ennemi qui n’a déjà plus les moyens de se défendre. Il dénonce aussi le fait que l’Italie fasciste demande aux Alpins italiens de s’attaquer aux Français des Alpes avec qui ils ont toujours entretenu des relations de bon voisinage. Cette attaque est donc fratricide. Mais surtout Malaparte est très virulent contre le cauchemar que représente cette guerre qui tue, qui mutile et qui rend fou. Ironie suprême, les combats ont lieu dans un lieu de toute beauté : glaciers, névés, moraines et montagnes majestueuses. Autant de témoins indifférents à la sottise des hommes. Les montagnes seront encore là bien après que les hommes se soient entretués pour des raisons absurdes. Malaparte rend enfin un bel hommage aux soldats en soulignant leur fraternité dans des moments difficiles où ils risquent leur vie pour des motivations qui les dépassent.

Il y a un contraste entre le message profondément politique que veut faire passer l’auteur et la façon dont il s’y emploie. Point de démonstration ou de grands discours pour montrer que la guerre est absurde. Le récit est riche en sensations. On est dans le réel, le ressenti. Certains paragraphes nous éclairent sur les pensées du capitaine, sur son inconscient. Et c’est la beauté de ce roman : le sujet est pesant mais le récit est léger et parfois chantant car ponctué d’argot italien et de passages oniriques. Difficile enfin de ne pas être charmé par les paysages alpins décrits par Malaparte. On sent chez lui un amour de cette région alpine qui transcende les appartenances nationales.