Le maître des abeilles, Henri Vincenot

Le maître des abeilles est le roman qui conclut le recueil des récits d’Henri Vincenot consacrés à la Bourgogne que j’ai commencé il y a 8 ans avec le pape des escargots. C’est aussi le dernier livre qu’il a écrit.

Vincenot, éditions Omnibus

Louis Châgniot est un Bourguignon qui vit depuis longtemps à Paris. Sa femme vient de le quitter avec sa fille pour aller au ski et il reste avec son fils Loulou, un jeune homme qui a sombré dans la drogue. Une nuit, Louis rêve que la maison de son enfance à Montfranc-le-Haut s’écroule. Sur un coup de tête il décide de prendre la route avec son fils pour revenir sur les lieux de son enfance alors qu’il n’y a pas posé le pied depuis 45 ans.

Le maître des abeilles s’inscrit dans la lignée des autres romans d’Henri Vincenot où il magnifie le bon sens paysan, le patois de l’Auxois, la ruralité et les nobles origines celtes des Bourguignons. J’ai retrouvé avec plaisir ces éléments ainsi que la figure emblématique qu’on retrouve systématiquement dans les romans de Vincenot : une sorte de mage prédicateur. C’était la Gazette dans le pape des escargots, le Tremblot dans la Billebaude ou encore le Prophète dans les étoiles de Compostelle. Dans le maître des abeilles, ce personnage s’appelle le Mage. C’est lui qui initie le jeune Loulou en convalescence à ses origines bourguignonnes, lui ce déraciné drogué qu’il faut remettre dans le droit chemin.

Je recommanderais le maître des abeilles seulement aux aficionados de Vincenot. Le roman est à mon sens un peu bâclé au niveau de la narration. Je trouve que le cas de Louis Châgniot est rapidement écarté au profit de ce personnage du Mage, marotte de l’auteur, qui prend toute la place. En deux coups de cuillère à pot (de miel), il requinque Loulou et il enchaîne les discours sur les maux de la vie moderne. Et certains discours ont vieilli pour rester poli, en particulier quand il s’agit d’homosexualité, de féminisme et d’immigration. On ne pourra pas reprocher aux textes d’Henri Vincenot d’être politiquement corrects. Et ce qui justifie le roman, le rêve initial de Louis Châgniot, n’est pas traité. Ce n’est qu’un prétexte pour reprendre le thème principal de la Billebaude : l’opposition entre une modernité aliénante et une ruralité saine. De la même manière, le retour de Louis Châgniot dans le village en compagnie de son épouse, du médecin de famille et de plusieurs inconnus qui n’ont comme intérêt que d’être parisiens n’apporte pas grand chose au récit, sinon fournir un prétexte commode au personnage du Mage pour discourir.

Reste les abeilles. Le maître des abeilles ouvre de belles perspectives pour un jeune esprit curieux du monde qui l’entoure. Et les cours du Mage sur la vie des abeilles sont passionnants. C’est un peu comme si tolérait avec tendresse les radotages d’un vieux grand-père car il instigue du rêve à ses petits-enfants.

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Le livre de raison de Glaude Bourguignon, Henri Vincenot

Je vous ai déjà entretenu sur ces pages de plusieurs livres d’Henri Vincenot (le pape des escargots, la billebaude et les étoiles de Compostelle).

Vincenot, éditions Omnibus

Dans le livre de raison de Glaude Bourguignon, un homme expose sa philosophie de vie en prenant appui sur plusieurs anecdotes du quotidien. La narration se fait à la première personne du singulier à la différence des autres livres d’Henri Vincenot que j’ai lus et ce n’est pas une coïncidence. Henri Vincenot est Glaude Bourguignon. Le narrateur est un amateur de bonne chère et de bon vin. Il est heureux entouré de son épouse et de ses trois enfants. Le récit se déroule pendant la seconde guerre mondiale, une période de privations inadmissible pour un bon vivant comme Glaude Bourguignon. Heureusement, il parvient à obtenir des denrées rares par le biais de ses connaissances et il est toujours prêt à jouer des tours aux autorités. Anti-guerre convaincu, il prend un malin plaisir à tourner en ridicule les rêves de grandeur de la France.

Une fois encore, je trouve qu’Henri Vincenot est un formidable raconteur d’histoires. Les anecdotes qu’il cite sont savoureuses. Même si contrairement aux autres livres il n’y a pas d’histoire qui sous-tend l’ensemble du roman, je me suis laissé séduire par ce narrateur malicieux et sa langue bourguignonne colorée.

Les étoiles de Compostelle, Henri Vincenot

Tout de suite après la billebaude, j’ai enchaîné avec les étoiles de Compostelle, troisième roman de mon livre rassemblant plusieurs œuvres d’Henri Vincenot. Est-ce une bonne idée d’enchaîner deux livres du même auteur ? Rarement. J’ai aimé les étoiles de Compostelle mais j’y ai vu trop de similitudes avec les deux romans précédents pour l’apprécier pleinement.

Vincenot, éditions Omnibus

Et pourtant, la rupture est assez nette en apparence. Les étoiles de Compostelle emmène le lecteur au Moyen-âge, bien des siècles plus tôt que pour le pape des escargots et la billebaude. L’action se situe toujours en Bourgogne. Mais ma lassitude est venue du fait qu’Henri Vincenot utilise un ressort similaire aux deux autres romans que j’ai lus, à savoir un jeune homme parvient à l’âge adulte et se voit révéler par un ancien la connaissance et les traditions qui sont ignorées de la masse populaire. Les portes de la Connaissance s’ouvrent à lui.

Le jeune homme en question s’appelle Jehan le Tonnerre. C’est un parsonnier qui vit dans une communauté chargée de défricher les terres d’un seigneur. En échange de ce travail, la communauté peut rester sur les terres du seigneur sans que celui-ci ne lève de taxes ou n’exige des corvées de leur part. Sur ces terres vit un vieil homme singulier que les autres appellent le Prophète par raillerie. Ce Prophète part en effet dans de longues tirades sur les origines celtes de la religion chrétienne.

Un beau jour, une équipe de moine s’installe à proximité de la communauté. Ils sont bientôt rejoint par des travailleurs spécialisés dans différents corps de métier. Attiré par la nouveauté, Jehan finit par quitter sa communauté pour rejoindre ces maîtres bâtisseurs, les compagnons du devoir. Il apprendra le métier de charpentier et une fois le chantier de l’abbaye terminé, il accompagnera le Prophète sur le chemin du pelerinage de Saint-Jacques de Compostelle.

Résumer les étoiles de Compostelle n’est pas aisé car le récit compte deux temps. Le premier autour de l’abbaye en construction et le second sur la route de Saint-Jacques de Compostelle. Dans les deux cas, Jehan se verra révéler les secrets de la construction des églises (le nombre d’or, la divine proportion, les voûtes et les signatures des compagnons) et de l’origine celtique de certaines croyances chrétiennes.

Finalement, le thème des étoiles de Compostelle est très proche de ceux présents dans la billebaude et dans le pape des escargots. Le livre se lit bien, on se laisse prendre à l’histoire. Mais je suis resté sur ma faim parce que je n’ai pas trop vu où Henri Vincenot voulait en venir sinon nous dire que le christianisme est un syncrétisme et ouvrir au lecteur les portes du monde des compagnons du devoir. Le livre n’est pas mauvais, il se laisse lire mais il est temps pour moi de faire une petite pause d’Henri Vincenot.

Du même auteur : le pape des escargots et la billebaude