Les femmes occidentales n’ont pas d’honneur, Laura T. Ilea

La Recrue du Mois vous propose en ce mois d’août un numéro spécialement consacré au féminisme dans la littérature québécoise. Dans le cadre de ce numéro spécial, j’ai lu le premier roman de l’auteure Laura T. Ilea qui s’intitule Les femmes occidentales n’ont pas d’honneur.

les femmes occidentales n'ont pas d'honneur

Voici un récit dont on connaît l’issue dès le début. Une femme rencontre à Montréal un homme nommé Amran. C’est un immigrant algérien kabyle. Entre eux, c’est tout de suite un amour passionnel tant sur le plan physique que sur celui des sentiments. Mais le problème est qu’Amran s’est engagé à épouser une vierge de son pays. Alors qu’il est tiraillé entre son amour montréalais et le respect de sa culture, la narratrice tente tout pour le faire changer d’avis et le garder à ses côtés. Ce sera peine perdue puisque la tradition sera la plus forte. Un extrait résume bien la force de la culture algérienne: « Moi j’étais le démon noir qui était tenu à l’écart de sa famille, de sa communauté, de ses collègues de travail, de l’univers entier. Son avenir était scellé. La vierge exhibait ses trésors cachés pour lui promettre la paix, la sécurité et le respect » (page 81).

Le récit écrit par Laura T. Ilea lui a été inspiré par une amie qui a vécu une situation similaire. Le texte à la première personne dégage une grande puissance. Suivant une structure chronologique mais dévoilant l’issue et les grands moments à venir, il fait la part belle à ce que ressent et ce que vit la narratrice. Cette dernière est en effet toute entière dans cette relation. Bien qu’elle sache rapidement que celle-ci soit vouée à l’échec, elle déploie nombre de tactiques pour l’obliger à la choisir elle. Tantôt elle le flatte, tantôt elle l’ignore. Mais elle s’accroche à l’espoir de faire changer d’avis Amran qui semble perdu entre ce qu’il éprouve pour cette femme et le fait qu’il soit pour ainsi dire programmé à reproduire le schéma suivi par les siens. Cet homme est-il vraiment sincère ? Pourquoi cette femme fonce dans le mur en connaissance de cause ? Le roman de Laura T. Ilea pose de nombreuses questions à la fois sur les relations homme-femme mais aussi et surtout sur les comportements individuels des deux protagonistes. En particulier en ce qui concerne cette femme qui a tout accepté par amour pour finalement se retrouver rejetée. J’ai eu l’impression de voir se dérouler sous mes yeux une véritable tragédie grecque, une bonne dose d’érotisme en plus. La question centrale étant : peut-on ou doit-on accepter de détruire son bonheur en raison de ses traditions ? C’est un questionnement très moderne qui invite le lecteur à réfléchir. Et l’auteure ne nous facilite pas la tâche puisque Amran, malgré son comportement n’est pas franchement antipathique, ce n’est pas un salaud caricatural. La narratrice n’est de son côté ni naïve ni une furie en quête de revanche. Les femmes occidentales n’ont pas d’honneur est un roman puissant par son style et par les questions qu’il soulève.

Pour terminer, le roman possède évidemment un titre qui interpelle pouvant être compris de deux manières. Tout d’abord au premier degré, comme le laisse entendre Amran pour qui l’honneur est central et est représenté par la virginité de sa promise algérienne. En ce sens, la liberté sexuelle des femmes occidentales est l’opposé de cette définition de l’honneur. Deuxième lecture possible de ce titre choc, l’ironie. En effet puisqu’il est acquis que les femmes occidentales n’ont pas d’honneur, creusons un peu plus loin et regardons de plus près ce qu’elles ont à offrir.

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Pr0nographe, Anne Archet

C’est une double première sur ce blog : je vais vous entretenir à la fois de littérature érotique et d’un livre auto publié. J’ai été contacté il y a quelques semaines par Anne Archet. Cette blogueuse spécialisée dans les textes érotiques venait en effet de publier un recueil de courts textes à saveur érotique disponible sur plusieurs plates-formes de distribution électronique.

Dans un ouvrage qu’on suppose autofictionnel dans une certaine mesure (le personnage principal s’appelle Anne Archet), sont offerts au lecteur une multitude de courts textes sur le thème de la sexualité et des relations charnelles.

Les textes se suivent les uns les autres et sont parfois interrompus par de courtes saynètes. Il s’agit de dialogues entre l’auteure/narratrice et sa conjointe Simone qui jouent le rôle de fil conducteur tout au long de l’ouvrage. Un peu déstabilisant au départ, ce fil rouge permet en fait de faire le lien entre les différents textes et les sous-thèmes du recueil de nouvelles. Car, sans être découpées de manières formelles, différentes parties se succèdent et se répondent. L’ouvrage prend en effet parfois des allures d’exercice d’écriture, comme si Anne Archet se lançait des défis littéraires : parler de la sexualité sous l’angle des différentes parties du corps, sous l’angle des relations exclusivement féminines ou encore sous l’angle de personnages totalement différents de l’auteure. Anne Archet prouve ainsi sa double maîtrise du sujet amoureux et de la langue.

Concrètement, à peu près toutes les combinaisons homme-femme sont proposées aux yeux avides du lecteur, mais aussi les relations entre femmes et entre hommes exclusivement. Parfois érotiques ou complètement pornographiques, les textes sont efficaces et possèdent soit une petite touche humoristique, surprenante ou carrément provocante. Sur ce dernier point, on sent la volonté d’Anne Archet de bousculer les idées reçues sur le sexe. Sous le couvert d’offrir des textes érotiques, Anne Archet propose un ouvrage militant. Son credo : la liberté individuelle. Celle d’aimer selon ses goûts et ses envie. Pour Anne Archet, la sexualité s’assume sans subir le jugement des autres. Il ressort de Pr0nographe un souffle d’air frais qui surprend le lecteur et c’est d’autant plus plaisant que c’est écrit de manière intelligente.