Pomme S, Eric Plamondon

Il est temps de réparer une injustice ! Après avoir parlé des deux premiers opus de sa trilogie, à savoir Hongrie-Hollywood Express et Mayonnaise, j’avais négligé de chroniquer Pomme S d’Eric Plamondon. Je l’avais lu dans la foulée des deux autres début 2013 (6 ans déjà) mais je n’en avais pas encore fait mention ici. Qu’à cela ne tienne, j’ai relu Pomme S pour bien vous en parler.Pomme S, c’est l’histoire de Steve Jobs revue et corrigée par la plume d’Eric Plamondon. Ca veut dire des liens entre des faits apparemment anodins ou non connectés, présentés dans un ordre qui n’appartient qu’au récit voulu par l’auteur. Le tout entremêlé de chapitre sur le narrateur et Gabriel Rivages, personnage sans doute alter ego de l’auteur, qu’on retrouvait déjà dans les deux autres romans de cette trilogie. C’est le roman de la maturité pour Gabriel Rivages. Dans cet opus, on y découvre en effet un narrateur qui est devenu un père ému devant son fils.

Quel est le lien entre Johnny Weismüller, Richard Brautigan et Steve Jobs. L’année 1984 a été centrale pour ces trois personnages publics. Weismüller est mort cette année-là, de même que Brautigan qui s’est suicidé en 1984. Cette année est beaucoup moins funeste pour Jobs. Eric Plamondon retient cette année car c’est le lancement du Mac avec une publicité passée dans les annales. Pour la voir, c’est ici : Apple 1984. Réalisée par nul autre que Ridley Scott (Alien), elle marque le début de ce qu’on appelle aujourd’hui le storytelling en marketing et en publicité. L’histoire que la marque raconte prend le pas sur les produits eux-mêmes. Nous sommes en 2019, 35 ans après 1984, et Apple a gardé cette ligne directrice. Vous n’achetez pas un iPhone uniquement pour ses capacités techniques mais aussi (voire surtout) parce qu’Apple vous fait rêver. Et bien la vie de Steve Jobs, c’est un peu pareil. Il n’a jamais cessé de raconter une histoire sur son parcours, quitte à travestir certains épisodes. Et l’histoire que nous raconte Eric Plamondon à propos de Steve jobs est elle-même passionnante. Ces petits chapitres se dévorent les uns après les autres et sont parfaits pour notre époque de snackable content.

C’est donc l’esprit tranquille que je referme officiellement cette trilogie. Pour mieux me consacrer à une autre roman d’Eric Plamondon.

Un certain M. Piekielny, François-Henri Désérable

Je recolle un peu avec l’actualité littéraire à travers un roman récemment publié et curieusement intitulé Un certain M. Piekielny de l’auteur français François Henri Désérable.

Dans ce roman à la première personne, l’auteur se retrouve par accident à Vilnius et son passage dans une rue de la capitale lituanienne fait écho à un passage de la promesse de l’aube de Romain Gary. En effet dans ce roman autobiographique, Gary, qui a vécu à Vilnius dans son enfance, indiquait qu’un de ses voisins s’appelait M. Piekielny. Passionné par la promesse de l’aube et fan de Romain Gary, le narrateur / auteur se met en quête d’en savoir plus sur ce fameux M. Piekielny.

L’obsession de François-Henri Désérable le conduit à enquêter sur ce M. Piekielny. Il cherche à savoir s’il a vraiment existé. S’entrecroisent dès lors le parcours du narrateur, celui de Romain Gary et celui, supposé, de M. Piekielny. Si vous aimez voyager que ce soit dans l’espace, dans le temps ou dans la fiction, vous serez servis avec ce roman. Alternant entre humour (l’épisode de la rencontre entre Romain Gary et JFK à la Maison Blanche) et gravité (la dure réalité des crimes contre les Juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale), le récit de François-Henri Désérable ne peut pas laisser le lecteur indifférent. A la recherche de la vérité, si elle existe, François-Henri Désérable propose avec Un certain M. Piekielny un roman multi formes : enquête historique, réalité, fiction, hommage littéraire, roman gonzo, biographie romancée… Voilà un livre difficile à classer. Mais le plaisir de le lire rend inutile le rangement dans une case. A certains égards, le roman de François-Henri Désérable me rappelle la trilogie 1984 de l’auteur québécois Eric Plamondon avec Hongrie-Hollywood Express, Mayonnaise et Pomme S (j’ai lu ce dernier mais je ne l’ai pas encore commenté ici).

Tokyo-Montana Express, Richard Brautigan

Saviez-vous que lire des livres donne envie de lire d’autres livres ? C’est une fois de plus vérifié : si je n’avais pas lu Mayonnaise d’Eric Plamondon, je n’aurais pas eu envie de lire l’œuvre de Richard Brautigan.

Tokyo-Montana Express Brautigan

Cet ouvrage intitulé Tokyo-Montana Express regroupe plusieurs dizaines de textes très courts. Certains ont des allures de nouvelles tandis que d’autres sont de très courts textes, parfois d’une page seulement.
Le titre pour le moins étrange de ce livre provient du fait que le lecteur fait des allers retours entre Tokyo et le Montana très rapidement. Ces textes racontent des histoires basées sur des anecdotes ou sur des personnages croisés par le narrateur. On devine que le récit est largement auto-fictionnel, Richard Brautigan ayant régulièrement séjourné au Japon et dans son ranch du Montana.

Certains textes ne sont que des impressions fugaces mais toujours avec un angle ou une chute qui les justifient. S’il avait écrit de nos jours, Richard Brautigan aurait sans doute tenu un blogue. L’analogie est évidente car, la plupart du temps, Richard Brautigan pose un regard personnel sur des choses et des lieux anodins. Il est par exemple question d’une jeune femme dans le métro japonais qui porte un pantalon bleu ou de l’ouverture nocturne d’un restaurant qui ne sert que des petits-déjeuners. Parfois l’auteur se tape carrément de bons délires comme le lycée Harmonica où tout tourne autour de cet instrument de musique ou encore ce projet de prendre 390 photos de sapins de Noël jetés sur la voie publique après les fêtes. Délires ou pas, il y a toujours quelque chose d’intéressant à suivre des moments simples à travers les yeux de Richard Brautigan. Il met une distance entre ce qu’il décrit et lui pour se positionner comme un observateur qui s’interroge sur les scènes dont il est témoin ou acteur. Tout est prétexte à un récit comme une voiture qui ne démarre pas alors que le feu est vert, un homme qui essaie de faire connecter sa maison au réseau téléphonique ou la visite d’un cimetière pour animaux mascottes militaires.

L’écriture de Richard Brautigan est colorée, parfois familière mais toujours empreinte d’une douce mélancolie. Chacun de ces textes se savoure lentement. Ce sont des apartés salutaires et intemporels.

Mayonnaise, Eric Plamondon

Mayonnaise suit Hongrie-Hollywood Express dans la trilogie publiée par l’auteur québécois Eric Plamondon.

Alors que son précédent roman tournait autour de la personnalité de Johnny Weissmuller, Eric Plamondon se penche avec Mayonnaise sur le cas de l’écrivain américain Richard Brautigan. Poète et romancier longtemps méconnu, celui-ci a eu une vie marquée par le tragique : il est né de père inconnu, sa carrière d’écrivain a mis du temps à décoller et il s’est suicidé.

Sur la forme du roman, je n’ai pas grand chose à dire de plus que ce que j’avais déjà dit sur Hongrie-Hollywood Express. Le roman est construit de la même manière. De courts chapitres percutants dessinent en mosaïque le portrait de Richard Brautigan. Eric Plamondon collige les anecdotes et les éléments de la vie de Brautigan pour les décortiquer les rapprocher d’autres événements ou pour tracer un parallèle avec la vie de Gabriel Rivages, le personnage fictif qui apparaissait déjà régulièrement dans Hongrie-Hollywood Express. Le but n’est pas déconstruire le style d’Eric Plamondon mais il faut avouer que son style est captivant. J’ai lu Mayonnaise très rapidement car le roman est conçu de manière à capter et conserver l’attention du lecteur. Et Eric Plamondon m’a surtout donné envie de lire Richard Brautigan, notamment son roman La pêche à la truite en Amérique.

Je suis curieux de voir où le troisième tome de cette trilogie va nous amener. Il semblerait que le titre en soit Pomme S et traite de la vie de Steve Jobs. Quid de Gabriel Rivages au milieu de ces trois personnalités publiques ? Cette trilogie est-elle une réflexion sur la place que les personnalités publiques ont dans notre vie ? sur ce qui peut influer sur la vie de quelqu’un ? Vous l’aurez compris, j’ai hâte de lire le troisième opus qui viendra clore cette trilogie littéraire.

Hongrie-Hollywood Express, Eric Plamondon

Hongrie-Hollywood Express est le premier roman de l’auteur québécois Eric Plamondon. Un livre qui a fait l’actualité littéraire en 2011.

Hongrie-Hollywood Express raconte la vie de Johnny Weissmuller. Né en Hongrie quelques années avant la Première Guerre Mondiale, Johnny Weismuller a suivi ses parents aux Etats-Unis où il est devenu un champion de natation (le premier homme à parcourir le 100m nage libre en moins d’1 minute) et par la suite une vedette du cinéma (son interprétation de Tarzan constitue une référence). Nous sont racontés son enfance, ses succès dans le sport et dans le cinéma et sa chute. Mais le roman est construit de manière particulière. La vie de Weismuller est racontée via de courts épisodes qui ne sont pas proposés de manière chronologique. De plus, la vie d’un narrateur nommé Gabriel Rivages vient régulièrement s’intercaler entre ces épisodes.

J’ai adoré lire Hongrie-Hollywood Express. Il m’a fait penser à ces livres que je dévorais plus jeune : des petites encyclopédies abordant de nombreux thèmes sous la forme d’articles courts et d’anecdotes façon « Saviez-vous que ? ». Avec ce roman, le lecteur passe du coq à l’âne d’un chapitre à l’autre. D’ailleurs chaque chapitre constitue une micro nouvelle : il y a toujours une chute ou une sorte de morale et dans certains cas un parallèle subtil avec un ou plusieurs chapitres. Le roman est composé de plusieurs trames et se tisse sous nos yeux de lecteur. Le sujet est riche et passionnant, Johnny Weismuller ayant eu une vie bien remplie. Si je dois reprocher quelque chose à Eric Plamondon, c’est le fait que Johnny Weismuller est peut-être présenté avec un peu de froideur. Il devient un sujet qui est étudié, disséqué.

De mémoire, c’est la première fois que je lis un roman construit de telle manière. Son absence de linéarité et sa construction en fragments correspond parfaitement à mon esprit un peu zappeur et curieux. C’est vraiment à regret que j’ai refermé Hongrie-Hollywood Express. La bonne nouvelle est que ce livre s’inscrit dans une trilogie. Hongrie-Hollywood Express va être suivi de deux autres romans : l’un se penchant sur la vie et la mort de l’écrivain Richard Brautigan et l’autre consacré à Steve Jobs. Le second volet de cette trilogie vient d’être publié et son titre est Mayonnaise.

Hongrie-Hollywood Express est une belle réussite qui vient souligner une fois de plus la qualité des ouvrages publiés par les éditions du Quartanier (dont je ne suis ni actionnaire, ni employé, ni destinataire d’un service de presse).