Dans l’île, Thomas Rydahl

Un roman danois qui se passe dans les îles Canaries, ça mérite qu’on s’y arrête, non ?

Dans l'île Thomas RydahlErhard Jorgenson est un chauffeur de taxi septuagénaire. Il abandonné sa femme et ses enfants au Danemark près de 20 ans auparavant. Il est surnommé l’Ermite car il vit dans une petite maison au milieu de la campagne. Outre ses courses en taxi, il s’intéresse peu à ses contemporains. Il fréquente juste son ami Raul, un jeune homme qui dirige la compagnie de taxi concurrente de la sienne et sa superbe compagne Beatriz. Un soir où tous les trois sont de sortie, une voiture abandonnée est découverte sur une plage. A son bord, un carton qui contient le corps d’un bébé mort de faim. Choqué par cet événement, Erhard décide d’enquêter à la place d’une police qui a d’autres chats à fouetter. Il se met à la recherche de la mère de cet enfant.

Dans l’île est un roman policier avec beaucoup de suspense. L’ambiance est rapidement étouffante au fur et à mesure où les pièces du puzzle se mettent en place. Dans ce roman émerge la figure du personnage principal. Erhard est en effet un personnage entêté. Mais contrairement à la majorité des gens qui l’entourent, il est plein de doutes. Associé à sa bonté d’âme, ce trait de caractère en fait une personne attachante. Mais attention, il n’en est pas moins un peu barré. En témoigne ce passage du roman où il récupère le doigt sectionné d’un accident de la route pour remplacer un des siens qui a été sectionné.

Je suis véritablement resté scotché au récit de Thomas Rydahl. Un vrai coup de force pour son premier roman ! Tout n’est pas parfait évidemment comme par exemple les personnages secondaires qui ne sont pas longtemps décrits et simplement rappelés par leurs prénoms. Un peu déstabilisant quand on est plongé dans le récit. Je retiens aussi de cette lecture la découverte des îles Canaries, un endroit que je ne connaissais pas. Étonnant pour un roman écrit par un Danois !

Lune sanglante, James Ellroy

Ce livre m’a été offert par un collègue via un échange de cadeaux de Noël au bureau. Qu’il en soit remercié ! D’abord parce que j’avais James Ellroy sur ma liste des auteurs à découvrir et en plus parce que Lune sanglante est un très bon roman.

Lune sanglante James Ellroy

Lloyd Hopkins est un sergent au sein du LAPD, la police de Los Angeles. Il enquête sur le meurtre particulièrement violent d’une jeune femme. Suivant son intuition, Hopkins pense avoir découvert un tueur en série en activité depuis au moins 15 ans. Il se met sur sa piste contre l’avis de son supérieur hiérarchique.

Lune sanglante est un roman noir. Ce polar est déroulé de manière particulière. En effet la partie enquête à proprement parler du roman arrive tardivement dans le récit. Au départ, Lune sanglante prend des allures de chroniques du Los Angeles du début des années 80. On suit des personnages sans vraiment savoir au départ qui ils sont. Et contrairement à ce qu’on peut lire dans un polar de facture classique, le gentil policier qui enquête n’est pas tout blanc. En effet, il connaît son lot de troubles et il a une part d’ombre importante. Il a de nombreuses aventures extra-conjugales et il possède un sens de la justice particulier.

La lecture de Lune sanglante est haletante, je suis resté accroché sérieusement lors de ma lecture. Il faut avoir le cœur bien accroché dès le début tant le roman est violent et riches en tensions. Le récit alterne régulièrement le point de vue de l’enquêteur et celui du tueur, donnant ainsi l’envie de poursuivre la lecture. J’ai toutefois trouvé le final un peu décevant avec une confrontation un peu trop rapide entre le tueur et le policier. Qui plus est, la situation finale n’est pas véritablement claire. Le roman reste très bon et il me tarde de lire d’autres romans de James Ellroy, d’autant que Lloyd Hopkins est le héros de deux autres romans de cet auteur américain.

Apocalypse bébé, Virginie Despentes

Il s’agit pour moi d’un premier contact avec Virginie Despentes via Apocalypse bébé, un roman paru en 2010. Il a obtenu le prix Renaudot la même année.

Apocalypse bébé - Virginie Despentes

Valentine est une adolescente qui vient de disparaître. Lucie, une détective privée pas très dégourdie, mène l’enquête. Alors qu’elle a bien du mal à débuter ses investigations, elle fait appel à la Hyène, une lesbienne bien connue dans le milieu des privés. Rompue aux méthodes peu orthodoxes, elle remet Lucie sur les bons rails. Leur enquête les conduira de Paris à Barcelone.

Apocalypse Bébé est construit d’une manière originale qui donne du rythme au roman. Les chapitres à la première personne du point de vue de Lucie alternent avec d’autres chapitres offrant le point de vue des autres personnages du roman. Ce polar lesbien tire dans tous les sens : le Paris bourgeois, le monde de l’édition, la famille traditionnelle… L’histoire elle-même n’est que le prétexte à une critique de notre société. L’enquête est plutôt rapidement menée et comporte quelques rebondissements jusqu’à montrer l’histoire familiale compliquée de Valentine. L’ensemble se lit bien.

J’avais une image trash de l’écriture de Virginie Despentes, la faute à quelques articles lus ici et là. Mais si je me limite à Apocalypse bébé, point de trash. Il y a bien quelques provocations comme la description de scènes de sexe, y compris entre lesbiennes, un mode de vie alternatif à Barcelone, de la violence mais il n’y a vraiment pas de quoi choquer le lecteur lambda. Quant à la question de savoir si le prix Renaudot est mérité, je veux bien croire que le cru 2010 des romans français était pauvre.

La princesse des glaces, Camilla Läckberg

Ce roman suédois est sorti dans la foulée de la saga Millenium (voir ce que je disais à l’époque sur le tome 1, le tome 2 et le tome 3). Une manière de surfer sur la mode des polars scandinaves. Mais Camilla Läckberg n’est pas Stieg Larsson.

LA PRINCESSE DES GLACES - Camilla Lackberg

Le corps d’une femme est découvert une semaine après sa mort dans sa baignoire gelée, les poignets tranchés. Suicide ? Pas pour Erica, l’amie d’enfance de la victime. Erica est revenue dans la ville de son enfance suite au décès de ses parents. Elle décide d’enquêter, persuadée que son amie a été assassinée.

La princesse des glaces n’a que l’apparence du polar. Au fur et à mesure de ma lecture j’ai vu le récit glisser vers la chick lit. On est loin de Miss Marple, elle aussi écrivain et enquêtrice de talent. Mais là où Agatha Christie fait de son personnage une redoutable détective, Camilla Läckberg digresse sur la prise de poids de son personnage principal et sur ses doutes amoureux. Pire encore, ce n’est pas Erica qui découvre la vérité sur le meurtre de son ami, c’est Patrick, le policier qui devient son amoureux et dont on n’entend pas parler avant la moitié du roman qui vient boucler l’affaire tandis qu’Erica est reléguée au rôle d’amoureuse transie. C’est un glissement qui me paraît complètement rétrograde.

J’ai trouvé deux autres défauts majeurs à la princesse des glaces. Le premier d’entre eux est le changement constant de point de vue. Camilla Läckberg rebondit sans cesse d’un personnage à l’autre, en plein milieu d’un chapitre. Elle en ajoute de nouveaux en cours de route qu’elle décrit longuement sans qu’ils apportent quoi que ce soit au récit (par exemple les 3 collègues de Patrick). Sur la forme c’est loin d’être fluide. Par ailleurs, je n’aime pas les romans policiers où on apprend qu’un élément important dans l’enquête a été découvert par l’un des personnages sans que l’on sache de quoi il s’agit. Je préfère les enquêtes où on avance en même temps que le détective ou le policier et où on essaie de construire sa propre réponse. Ce qui n’est pas possible quand on nous tait les découvertes.

Vous aurez donc compris que j’ai été déçu par la princesse des glaces. C’est un roman policier tout juste honnête. Il y a toujours d’habitude dans les polars un moment où je suis tellement accro au récit que je suis complètement absorbé jusqu’à la fin de ma lecture. Dans le cas présent, je l’ai presque lu en dilettante, à la limite de l’indifférence.

Les Morues, Titiou Lecocq

Titiou Lecoq est une journaliste et une blogueuse. Les Morues est son premier roman.

les morues Titiou Lecocq

Le roman compte deux personnages principaux. Ema est une jeune journaliste parisienne qui s’ennuie dans la rubrique culture d’un quotidien. Fred, un ami de lycée d’Ema, est un surdoué un tantinet asocial qui gâche son talent de polytechnicien dans un poste de secrétaire. L’élément qui déclenche le roman est le suicide de Charlotte, l’ancienne meilleure amie d’Ema. Cette dernière, persuadée que son amie n’a pas pu commettre ce geste, décide d’enquêter, assistée en cela par Fred. Mais qui sont les morues ? Il s’agit d’un groupe de trois jeunes femmes : Ema, Gabrielle, la réincarnation moderne de Gabrielle d’Estrée, la favorite d’Henri IV, et Alice, barmaid. Toutes les trois se retrouvent régulièrement et établissent la charte des morues, des règles de conduite du féminisme moderne.

J’ai trouvé que les morues était un roman intelligent car il propose au lecteur plusieurs niveaux de réflexion : enquête, questions de génération et questions politiques. Et c’est en même temps le principal reproche qu’on peut faire au roman : ça part un peu dans tous les sens, comme si l’auteure avait essayé de faire tenir plusieurs livres en un. Il y a d’abord cette enquête sur la mort de Charlotte, ce suicide incompris par Ema qui veut en chercher la cause. C’est aussi un roman dans lequel je reconnais beaucoup de questions propres à ma génération, et pas juste à cause de la référence d’entrée à Kurt Cobain. Il y a un questionnement sur la place du travail dans la vie : on est d’accord pour dire que ce n’est pas central mais que c’est difficile quand on n’en a pas. Est aussi traitée la vie de couple, ou plutôt la notion même de couple. Et cela est illustré par la relation d’Ema avec Blester. Au départ simple relation sexuelle pour satisfaire des besoins, la relation évolue mais pas facile de la ranger dans une catégorie toute faite. Corollaire du couple et autre thème fort du roman, le féminisme décrit dans la charte des morues n’est pas un féminisme militant mais un féminisme qui pose les bonnes questions. Ainsi cet épisode où Ema se voit préparer un rôti au four pour son copain alors que personne ne l’a obligée. Les mécanismes qui sont profondément ancrés chez les hommes comme chez les femmes sont décryptés. Enfin les morues est un roman qui sous couvert de fiction amène un questionnements sur les effets pervers des politiques libérales sous la forme de la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques). Bien qu’étant un thème peu glamour pour un roman, il est présenté sous un jour intéressant dans le cadre de l’enquête menée par les deux personnages principaux. Il est question de décentralisation et d’enlever des moyens aux services publics pour utiliser les conséquences de ce manque de ressources comme un argument pour souligner l’efficacité du secteur privé. Or cela occasionne des conflits d’intérêts entre des entités privées qui conseillent les pouvoirs publics et qui ont par ailleurs une activité d’outsourcing qui les voit profiter des mannes de l’externalisation de certaines missions publiques. Rappelons qu’il s’agit là de fiction ne serait-ce que parce que MySpace y est décrit comme un média social populaire.

Les morues est écrit dans un style fluide pour parler de politique comme de sexe. Bravo Titiou Lecoq. Ça traite de sujets sérieux sans se prendre au sérieux. J’aime beaucoup.

La vérité sur l’affaire Harry Quebert, Joël Dicker

Ma première lecture de 2013 aura été très enthousiasmante. Avec la vérité sur l’affaire Harry Quebert, Joël Dicker propose un polar qui ne se lâche pas.

La vérité sur l'affaire Harry Quebert, Joël Dicker

Marcus Goldman est un écrivain dont le premier roman a été très bien accueilli par la critique et le public. Après avoir apprécié sa notoriété soudaine, il est angoissé car il ne parvient pas à écrire son deuxième roman réclamé avec insistance par son éditeur. Il se tourne alors vers Harry Quebert, son ancien professeur à l’université et mentor littéraire. Alors que Marcus Goldman le rejoint dans le New-Hampshire, Harry Quebert est arrêté pour le meurtre de Nola Kellergan qui a eu lieu plus de trente ans plus tôt. Le corps de la jeune fille vient d’être découvert enterré dans le jardin d’Harry Quebert. Marcus Goldman entreprend alors une enquête pour disculper son ami.

Un écrivain qui enquête dans une petite ville de Nouvelle-Angleterre, ça ne vous rappelle pas quelque chose ? Moi ça me fait penser à la série Arabesque (Murder she wrote en version originale) mais en beaucoup plus moderne. Marcus Goldman est en effet un jeune trentenaire célibataire qui profite des attraits de la célébrité à New-York. Et surtout le récit fait plus télé-réalité que série télé. Le lecteur est un témoin de choix des aventures de Marcus Goldman qui explique chacun des tours et détours de son enquête.

La force de la vérité sur l’affaire Harry Quebert réside dans deux éléments principaux. Le premier d’entre eux est le suspense. Joël Dicker maîtrise les rebondissements et les révélations qui retiennent l’attention du lecteur. Et le roman en est truffé jusqu’à la toute fin. Pas moyen de s’ennuyer à la lecture de ce livre. L’autre facteur clé de succès du roman est sa construction habile. Véritable récit à tiroir, la vérité sur l’affaire Harry Quebert est le récit de l’enquête menée par Marcus Goldman qui l’a conduit à écrire son deuxième livre intitulé l’affaire Harry Quebert. Les flash-backs sont nombreux pour déterminer le fil des événements de ce fameux été 1975 où Nola Kellergan a disparu mais aussi pour retracer sa relation avec Harry Quebert depuis leur rencontre à l’université. Marcus Goldman rassemble les témoignages des habitants de la ville d’Aurora. Il est assisté par Galahood, le policier chargé de réouvrir le dossier suite à la découverte du corps. Le récit inclut aussi des extraits du best-seller qui a rendu célèbre Harry Quebert, les origines du mal. Le tout est mêlé avec les échanges de Marcus Goldman avec son agent littéraire et son éditeur car il n’est pas de tout repos d’écrire ce livre. Les récits se suivent en parallèle mais bien que dense, le propos est toujours clair.

Les 650 pages de ce roman ont été avalées très vite entre amitié, amour, écriture de roman et enquête policière. A lire ! Plaisir garanti !

Zulu, Caryl Férey

Quand Zulu est sorti il y a quelques années, j’ai eu envie de le lire en raison des nombreux commentaires positifs lus sur les blogues littéraires.

Ali Neuman est chef de la section criminelle de la police du Cap en Afrique du Sud. Il est zoulou. Même au sein de la nation arc-en-ciel, il n’est toujours pas facile pour un noir d’occuper de tels fonctions, aussi compétent soit il. Ali Neuman et son équipe enquêtent sur l’assassinat sauvage d’une jeune fille issue d’une bonne famille afrikaner. Ce meurtre est lié à de nombreux enjeux criminels. Je n’en dis pas plus. Le principe du roman policier étant d’avancer dans l’enquête en même temps que les personnages, je ne veux pas gâcher votre plaisir de lecteur.

Ce roman policier n’est pas pour les sensibles. Il est souvent noir et parfois très violent. Certaines scènes sont insupportables et très difficiles à lire, en tout cas pour un lecteur comme moi qui plonge dans les romans et vit les péripéties des personnages. A réserver aux lecteurs ayant le cœur bien accroché.

Le fait que je me sois senti impliqué dans ce roman est attribuable en grande partie au talent d’écrivain de Caryl Ferey. Suspense, personnages crédibles et pas trop caricaturaux, tous les ingrédients sont présents et l’intrigue est bien construite. J’ai tout de même trouvé que les différentes ramifications de l’enquête étaient parfois trop complexes. Sans être tirée par les cheveux, l’intrigue prend des tournants inattendus.

Une autre raison qui m’a conduit à lire Zulu est que l’action se passe en Afrique du Sud, un pays pour lequel j’ai un certain intérêt. Caryl Férey a bien bossé son sujet. Il connaît bien ce qui fait l’Afrique du Sud : son histoire politique, les multiples composantes de sa population, les relations sociales encore tendues entre les communautés et sans oublier le rugby ! Avec Zulu, le suspense et le dépaysement sont garantis.

Claustria, Régis Jauffret

Je vous parlais il y a peu d’un livre dont j’avais arrêté la lecture avant la fin : Walden ou la vie dans les bois de Thoreau. C’est à nouveau le cas avec Claustria de Régis Jauffret mais pour des raisons différentes. Je me suis arrêté au bout de 300 pages sur les 500 que compte le livre.

Régis Jauffret précise dans un avertissement au lecteur qu’il s’agit d’un ouvrage de fiction. Reste que l’inspiration est elle bien réelle. Au point que l’auteur reprenne les noms réels des protagonistes de cette sordide affaire découverte en 2008. Josef Fritzl est ce monstre autrichien qui a séquestré sa fille Elisabeth pendant 24 ans et qui lui a fait 7 enfants. Personne, pas même la femme de Friztl qui vivait quelques mètres plus haut, ne s’est jamais posé de questions sur la disparition d’Elisabeth et sur les bruits provenant de la cave. Avec ce roman, Régis Jauffret met en scène un narrateur, un écrivain français, qui se rend en Autriche pour rencontrer les protagonistes de l’affaire et essayer de comprendre les dessous de cette affaire. Cet écrivain livre un récit à la première personne entrecoupé de scènes racontant la vie de Fritzl et de sa famille.

Pourquoi ai-je décidé de lire ce livre ? Parce qu’il y a de quoi être fasciné par ce fait divers : un monstre pervers et criminel terrorise sa famille, cloître sa fille dans un endroit secret situé juste en dessous de là où sa famille vit, il viole sa fille, la met enceinte puis certains de ces enfants sont intégrés à la famille d’en haut. Un romancier qui aurait imaginé ça aurait été taxé de sensationnalisme tant le tout semble inhumain. Or la réalité dépasse ici la fiction. L’horreur ne peut être qu’humaine. La séquestration, la violence, les sévices, la famine, l’obscurité : la liste est longue.
J’aime l’intention de l’auteur qui cherche à expliquer ou du moins comprendre les motivations de Fritzl et comment tout cela a été possible. Il y a sans doute une part de curiosité malsaine mais le côté malfaisant de l’être humain reste un mystère insondable.

Pourquoi avoir arrêté de lire Claustria après 300 pages ? Au début je n’ai éprouvé aucun problème. Le récit est mené comme une enquête avec des entrevues avec les témoins directs ou indirectes de ce fait divers. Il y a au départ une certaine distance avec ce monstre. Puis on le cerne petit à petit. On pénètre rapidement dans l’horreur sans véritable surprise car l’histoire est connue. Mais je me suis arrêté quand Fritzl met en œuvre son plan et enferme Elisabeth juste après lui avoir fait miroiter une plus grande liberté alors qu’elle se rapprochait de sa majorité. Plus précisément c’est dans les premiers instants de la vie du premier enfant issu de l’inceste que j’ai décidé de refermer ce livre. C’était une décision spontanée. L’idée de ce petit être entièrement soumis à Fritzl m’a révolté. D’un coup je me suis dit : à quoi bon ? Je n’ai pas ressenti le besoin d’aller plus loin : la suite de cette triste histoire est connue et je ne voyais pas ce que la lecture de la suite de Claustria allait pouvoir m’apporter d’autre que colère et indignation.

Le sujet du roman est dur mais j’ai été rassuré de lire ces mots de Régis Jauffret dans une entrevue aux Inrocks : « J’ai lu tout ce qui avait été écrit en français et en anglais, et sur un plan humain ce fut épouvantable. Je ne pouvais pas lire ça plus d’une heure et demie, et surtout pas le soir, tant c’était atroce. »

Régis Jauffret a su rendre l’horreur réelle pour le lecteur. Pour moi ce fut efficace au point que je referme son livre. Est-ce que ça fait de Claustria une réussite littéraire ?

Et on tuera tous les affreux, Vernon Sullivan

Contrairement à ce qu’indique le titre de ce billet, l’auteur de ce roman n’est pas Vernon Sullivan. Simplement parce que cette personne n’existe pas. L’auteur de Et on tuera tous les affreux n’est autre que Boris Vian qui s’est amusé à plusieurs reprises à se faire passer pour un auteur de polar américain. Plus exactement, il indique être le traducteur d’auteur américain nommé Vernon Sullivan.

Et on tuera tous les affreux est une parodie de roman d’aventure américain. Publié après guerre alors que la France s’étourdit detout ce qui vient des Etats-Unis, ce roman répond aux attentes des lecteurs avides d’aventures et de héros. Le personnage principal, Rock Bailey, est un jeune sportif plutôt bien fait de sa personne. Il résiste aux jeunes femmes qui l’entourent car il a décidé de rester vierge jusqu’à ses 20 ans. Il tombe par hasard sur une affaire qui le conduit à mener une investigation riche en péripéties.

Voilà un roman de gare assumé. Tous les codes du roman de détective sont réunis pour le plus grand bonheur du lecteur. Les soirées sont bien arrosées. Les aventures s’enchaînent les unes après les autres jusqu’à toucher l’invraisemblable. Le roman comporte même une dose de science-fiction fort utile à Boris Vian pour dénouer l’intrigue. Et pour couronner le tout, le sexe finit par entrer dans la vie de Rock Bailey. Mais pas de manière discrète : le jeune homme vierge du début du roman se révèle vite un tombeur doublé d’un étalon propre à satisfaire des cohortes de jeunes et jolies jeunes femmes.

Vernon Sullivan / Boris Vian s’est manifestement bien amusé à l’écriture de ce livre. L’humour potache, les jeux de mots et les réparties dignes de films d’action y sont présents. J’y ai trouvé un air de San Antonio à saveur américaine. Un roman divertissant à savourer en laissant de côté le réalisme.

Peur noire, Harlan Coben

D’Harlan Coben je n’avais lu que deux romans il y a quelques années. Tous deux présentaient la particularité de traiter d’une énigme à saveur paranormale mais qui s’expliquait très logiquement après enquête. Peur noire est différent car il met en vedette un personnage récurrent dans l’univers d’Harlan Coben : Myron Bolitar. Mais, constante dans l’univers de l’auteur américain, il est toujours question d’une enquête.

Myron Bolitar n’est ni inspecteur de police ni détective privé. C’est un ancien basketteur professionnel reconverti en agent de sportif qui se retrouve malgré lui à enquêter sur toutes sortes d’affaires. Dans Peur Noire, il essaie de retrouver un donneur de moelle osseuse anonyme. Ce donneur enregistré sur les listes de donneurs refuse de faire un don à une personne proche de Myron Bolitar. Rien n’est simple dans cette affaire où interviendront le FBI, une tueur en série et un journaliste de renom.

Avec Peur noire, j’ai retrouvé les principales qualités d’écrivain d’Harlan Coben : une écriture simple et fluide et un suspense savamment ménagé. À ceci s’ajoute une galerie de personnages qui, bien que parfois caricaturaux, contribuent à donner du relief et de l’humour à ce polar que j’ai trouvé divertissant. Il m’a changé de ma lecture précédente. Myron Bolitar est un personnage sympathique et je reviendrai volontiers vers une autre de ses aventures.