L’écrivain national, Serge Joncour

Je me fais discret ici, faute de temps pour lire et pour écrire. Voici tout de même un roman terminé très récemment. Premier contact avec l’auteur Serge Joncour et son roman L’écrivain national.

Le narrateur du roman est un écrivain invité en résidence dans une petite ville du Morvan. Guidé par les deux libraires à l’instigation de sa venue, il découvre les codes de ce monde nouveau pour lui. Il tombe un jour sur un article de la presse locale à propos d’un fait divers : la disparition d’un personnage local, le Commodore. Deux jeunes « néo-ruraux », Aurélik et Dora, sont arrêtés par la gendarmerie. Le narrateur tombe immédiatement sous le charme de Dora via la photo publiée dans le journal. Persuadé de son innocence, il va dès lors tout faire pour se rapprocher d’elle.

J’ai trouvé que le roman de Serge Joncour était plaisant à suivre. La fascination exercée par Dora sur le narrateur est puissante et donne envie de savoir comment celui-ci va soit s’en sortir, soit se compromettre dans l’enquête en cours. Le narrateur, affublé du surnom d’écrivain national alors que sa renommée est relative, est l’étranger au sein d’une communauté où tout se sait très rapidement. Entre enquête policière et chronique sociale, l’écrivain national est écrit finement. Il donne l’occasion de confronter un écrivain à un public parfois illettré, parfois très critique de son travail. Il est aussi question de la liberté d’expression, notre écrivain projetant d’écrire à propos de l’ouverture controversée d’une scierie ultra-moderne au milieu d’une forêt profonde. Serge Joncour joue adroitement sur plusieurs tableaux avec ce roman efficace et passionné.

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Nina, Patrice Lessard

Patrice Lessard est un sacré auteur ! Après avoir complètement désorienté le lecteur dans son premier roman Le sermon aux poissons, il récidive dans un deuxième roman sobrement intitulé Nina.

Vincent est un jeune Québécois à la recherche de son frère Antoine dont il n’a plus de nouvelles depuis un an. Sachant que son frère s’était installé au Portugal, il se rend à Lisbonne en compagnie de sa petite amie prénommée Nina. Cette dernière connaît bien la ville et parle parfaitement le portugais, contrairement à Vincent qui ne parle pas la langue et se perd dans le dédale des rues lisboètes. La recherche s’annonce d’emblée difficile car Vincent ne possède comme point de départ que les adresses de retour écrites sur les lettres que son frère lui envoyait. Le lecteur suit en parallèle une autre enquête. Celle mené par Gil, un détective privé qui a pour mission de retrouver un pistolet pour le compte d’un chef de bande. Ce pistolet a disparu lors d’une rixe et Gil doit démêler le vrai du faux dans son enquête.

Démêler le vrai du faux, c’est aussi ce que devra faire le lecteur de Nina. Les paragraphes s’enchaînent sans qu’on sache toujours qui est le narrateur : tantôt un narrateur omniscient mais qui entre parfois dans l’histoire, parfois un récit à la première personne dont on doit deviner de qui il émane. Ce roman est véritablement déroutant : narrateurs multiples, histoires en parallèle, flash-backs, homonymes… Je me suis demandé plusieurs fois mais à quel moment de l’histoire sommes-nous ? qui parle ? de quoi et de qui parle-t-il ? Le lâcher prise est indispensable pour entrer dans l’univers si particulier de Patrice Lessard. Ceux qui ont aimé le sermon aux poissons sont assurés d’aimer Nina. Ils ont retrouveront des personnages du premier roman, se perdront dans les noms des quartiers et des rues de Lisbonne et liront un texte encore une fois agrémenté de phrases en portugais. Et pour vous dire à quel point Patrice Lessard est joueur, une des scènes finales de Nina est évoquée au début du sermon aux poissons. C’est d’autant plus fou qu’on suppose que le sermon aux poissons est censé se passer avant Nina car l’Antoine du premier roman doit être celui qui est recherché dans le deuxième. Petite incohérence tout de même que j’ai relevé : s’il s’agit bien de la même scène, Nina mentionne le quatrième étage de l’immeuble alors que dans le sermon il s’agit du troisième. Mais s’agit-il bien de la même scène ? Le doute est omniprésent…

Avez-vous remarqué que l’on retrouve Le Sermon aux Poissons sur la couverture de Nina ?

Cette lecture a été faite dans le cadre de la Recrue du mois dans la rubrique Suivi de recrues.