Petit piment, Alain Mabanckou

Si vous suivez l’actualité littéraire à travers les blogues, vous n’avez pas pu passer à côté de ce roman d’Alain Mabanckou il y a deux ans lors de sa sortie dans le cadre de la rentrée littéraire 2015. A mon tour j’ai lu ce Petit Piment. C’est comme ça, j’ai toujours un ou deux trains de retard.

Petit Piment est un jeune garçon congolais qui vit dans un orphelinat. Il raconte son quotidien entre un directeur sévère, un missionnaire / animateur qu’il adore, la révolution socialiste qui se met en place dans le pays, les menaces des caïds de l’orphelinat et les discussions avec son copain Bonaventure. Et Petit Piment grandit et s’échappe un beau jour de l’orphelinat pour aller survivre avec d’autres adolescents dans la ville voisine de Pointe-Noire.

J’ai suivi avec plaisir les aventures de Petit Piment dans l’orphelinat. Cette chronique douce amère d’une enfance permet à Alain Mabanckou de dresser en arrière plan le portrait de la société congolaise. C’est d’abord de l’impact de la vie politique sur le quotidien des habitants dont il est question avec des passages très drôles. Mais il se fait aussi le critique du népotisme de certains dans l’administration, de l’hypocrisie des laquais du pouvoir ou encore de l’opportunisme de certains politiciens au moment des élections. Et au milieu de tout ça le peuple survit.

J’ai un peu moins aimé la partie qui traite de la vie adulte de Petit Piment et de ses ennuis de santé. Peut-être parce que ce volet du roman d’Alain Mabanckou ne possède pas la légèreté de l’enfance. On est dans un registre plus grave qui laisse moins d’espoir.

Belle découverte d’un auteur que je ne connaissais pas. J’y reviendrai volontiers.

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La déesse des mouches à feu, Geneviève Pettersen

Geneviève Pettersen est la Recrue du mois avec un premier roman intitulé La déesse des mouches à feu.

la Recrue du mois

Avec la déesse des mouches à feu, Geneviève Pettersen réalise une synthèse de deux tendances de la littérature québécoise moderne. La première d’entre elles est le retour sur l’enfance. Dans le cadre de la Recrue du Mois, j’ai lu plusieurs premiers romans qui traitaient de l’enfance dont dernièrement Sous le radar, Les fausses couches ou encore Chez la reine. La seconde tendance est le roman sur les régions. Là aussi quelques ouvrages viennent en tête comme Le pont de l’île, Sur la 132, Nos échoueries… Geneviève Pettersen choisit elle d’emmener le lecteur à Chicoutimi dans un récit mené par Catherine, 14 ans, qui partage son quotidien d’adolescente des années 90. Sa famille vole en éclats, elle parle peu de sa vie scolaire et s’épanche plus volontiers sur les sorties au centre d’achat local où elle essaie de s’intégrer dans les groupes les plus cools. Catherine met de l’intensité dans tous les aspects de sa vie. Les relations avec ses parents sont très tendues, elle se démène pour monter dans la hiérarchie adolescente de Chicoutimi et elle tente de nouvelles expériences (consommation de drogue, sexe…).

La déesse des mouches à feu, Pettersen

Est-ce que le roman de Geneviève Pettersen a fonctionné pour moi ? La réponse est oui. Tout d’abord sur le fait de se mettre dans la peau d’une adolescente de 14 ans, je trouve que l’auteure réussit l’exercice haut la main. Je suis toujours très critique des romans où un auteur adulte se met dans la peau d’un narrateur enfant ou adolescent car souvent l’effet est raté. Dans le cas présent, j’y ai facilement cru, c’est crédible au point que je me suis laissé embarqué dans la déesse des mouches à feu très rapidement. Je me suis aussi vu revivre certains moments de mon adolescence (qui bien que contemporaine de celle de la narratrice s’est pourtant déroulée à des milliers de kilomètres de là). Bon point donc pour l’immersion dans une adolescence cruelle où tout est codifié dans le groupe et où on hésite encore entre l’enfance et l’âge adulte. Sur l’aspect région du roman, Geneviève Pettersen ne la joue pas carte postale au lecteur. La région n’est pas un endroit rêvé : pas question de retour à la terre pour fuir une vie urbaine trop stressante. Chicoutimi est simplement le théâtre de ce que vit la narratrice, elle ne l’a pas choisi. L’aspect le plus intéressant dans le fait que le roman se déroule en région est que Geneviève Pettersen propose un récit dans un joual local, très oral et très rythmé. C’est une facette du québécois qui m’est inconnue, je l’admets. Que la langue française est riche ! Nombre sont les mots que je ne connaissais pas dans le roman mais le contexte permet d’en saisir le sens. Et le sens n’est pas le plus important. Ce qui compte c’est la musicalité des mots qui donne du relief au récit et lui donne un rythme qui claque, au diapason de la vie intense que mène la jeune narratrice.

C’est pour ces raisons que j’ai aimé la lecture de la déesse des mouches à feu. Même si les thèmes abordés sont du déjà vu dans la littérature québécoise, la voix de Geneviève Pettersen se démarque.

Saccades, Maude Poissant

la Recrue du mois

Maude Poissant est la recrue du mois avec la publication d’un recueil de nouvelles intitulé Saccades.

Saccades Maude Poissant
Avec 84 pages, ce recueil de 11 nouvelles est très court. Mais comme souvent, la qualité a peu à voir avec la quantité. Et ça commence fort dès la première nouvelle intitulée le sacrifice, où le lecteur partage les doutes d’un chef en plein processus créatif. Il est à la recherche du plat qui va impressionner ses convives et pour cela, il puise dans ses souvenirs d’enfance pour un résultat final mémorable. Deux autres nouvelles proposent des récits avec une chute qui surprend. Il s’agit de la martingale qui narre le parcours d’Anette, une jeune femme, jusqu’au jour de son mariage. La révélation finale étonne et donne envie de relire la nouvelle à nouveau et plus attentivement. Et il y a sweet innocent thing, une nouvelle qui fait écho à la première car elle se passe aussi dans le monde de la restauration. Pas de haute cuisine cette fois-ci mais une action qui se situe dans un restaurant plus commun. Un des cuisiniers explique la hiérarchie entre cuisiniers et serveuses et les manipulations des premiers pour mettre les secondes dans leur lit.

Les autres nouvelles du recueil vont plus loin dans l’écriture que la structure habituelle des nouvelles qui comporte une chute surprenante à la fin. Maude Poissant met le doigt sur des malaises profonds vécus par certains personnages. La deuxième nouvelle de Saccades donne le ton. Dans le cinquième commandement est abordé le sujet sensible de la pédophilie du point de vue d’une jeune fille abusée par son père. Elle cherche secours dans la prière avec toute la naïveté propre à son âge. D’autres nouvelles traitent de malaises de l’enfance telle Chez les loups. Dans ce récit situé dans le Québec des régions, quelques dizaines d’années en arrière, deux enfants sont maltraités par leur père avec le silence complice de leur une mère. Ils cherchent à s’échapper en plein hiver. Dans la nouvelle intitulée Salut La Saline, un père raconte l’histoire de ses ancêtres à ses deux petites filles. Le récit est présenté du point de vue de l’une d’elle et à travers ses yeux, on voit la relation entre ses parents qui se dégrade et l’image du père qui en souffre mais avec toujours cet espoir propre aux enfants que les choses peuvent revenir comme avant.

Un texte a le plus retenu mon attention dans ce recueil. C’est celui qui m’a le plus dérangé. Luc-sur-Mer est une nouvelle à deux voix où une femme raconte ses baignades dans la mer, ce qui effraie son jeune fils. La deuxième voix est celle de la conjointe de ce fils devenu adulte qui raconte son premier séjour dans le village d’enfance de son chum. Le sujet de la nouvelle est une peur d’enfance inexplicable (et qui restera inexpliquée) et les conséquences qui perdurent bien des années après dans la vie d’adulte.

Tout ne tourne pas autour de l’enfance. Les adultes aussi ont leur lot de moments de flottement et d’amour déçues. Dans Ménage à trois nous est décrit le dilemme d’une femme mariée et fidèle qui désire son beau-frère. C’est une réflexion sur la routine dans le couple, les obligations de parents et l’envie malgré cela de vivre un amour passionné. Dans Fragments de désirs amoureux, Maude Poissant dresse le portrait d’un homosexuel qui entretient systématiquement des relations de gigolo avec des hommes plus âgés. Mais ces relations le laissent toujours insatisfait, c’est pourquoi il se lasse et change régulièrement de partenaire.

Avec Saccades, Maude Poissant signe donc des textes riches en émotions. Elle sait susciter rapidement l’intérêt du lecteur. J’ai fait de ce recueil de nouvelles une lecture très intense car l’auteure met le doigt très précisément sur des sensations et des émotions bien tangibles, ce qui m’a fait forte impression. Il est impossible de rester indifférent à chacune de ces courtes histoires.

Chez la reine, Alexandre Mc Cabe

la Recrue du mois

Alexandre Mc Cabe est la Recrue du mois avec son premier roman intitulé Chez la reine.

CHEZ LA REINE - MCCABE

Le point de départ du récit est le décès imminent du grand-père du narrateur, un homme qu’on devine dans la jeune trentaine. C’est l’occasion pour le narrateur de revenir sur son enfance et ses jeunes années. Plus particulièrement, le narrateur s’attarde sur sa famille et sur ce que son grand-père lui a transmis au fil des années. En effet, ce grand-père a su identifier chez le narrateur une sensibilité pour la littérature et la politique et a cherché à développer chez lui une ouverture déjà bien présente. Et la Reine, c’est la tante mariée au Roi du Tapis. C’est chez elle que se déroulent la plupart des grandes réunions familiales.

Chez la reine est un roman aux accents de douce nostalgie. Vous me direz qu’il est curieux pour un trentenaire d’être nostalgique mais c’est une période de la vie où on se pose pas mal de questions sur la personne qu’on essaie d’être et où l’on revient sur ce qui nous a construit en tant que personne. Alexandre Mc Cabe propose avec ce roman une réflexion sur la filiation entre le narrateur et son grand-père, sur ce qu’il lui a apporté dans sa jeunesse pour faire l’adulte qu’il est aujourd’hui.  Chez la reine, c’est aussi une amorce de réflexion sur le Québec : quel est l’héritage que la génération d’aujourd’hui a entre ses mains ? Que reste-t-il des combats politiques de leurs aînés ? Le constat est doux amer car l’engagement politique du Québec des années 70, 80 et 90 semble sans équivalent aujourd’hui.

Le roman d’Alexandre Mc Cabe est donc riche : par le souvenir de son enfance, le narrateur offre une perspective sociale et politique du Québec moderne. En dépit d’une fraîcheur certaine,  il s’agit d’un roman écrit dans la retenue. Je n’ai rien à lui reprocher si ce n’est un manque d’aspérité. Le propos est gentil et je regrette que sur des sujets très intéressants comme une vision politique du Québec, la passion du narrateur resurgisse seulement en fin de récit quand il voyage en France sur les traces d’Albert Camus et qu’il explique son engagement souverainiste à des Français croisés sur sa route. Cela signifie-t-il que nul n’est prophète en son pays ? Que la passion politique ne peut pas être débattue en public au Québec ? Que la population du Québec moderne se désintéresse de la politique ? Et que reste-t-il de la figure du grand-père aujourd’hui ? Le débat est lancé.

fraîcheur

D’autres fantômes, Cassie Bérard

la Recrue du mois
Cassie Bérard est la recrue du mois avec son premier roman intitulé D’autres fantômes.

D'autres fantômes Cassie Bérard

Station Trocadéro à Paris, une jeune femme se jette sous un métro et meurt. Albert est témoin direct de la mort violente de cette inconnue. Cet épisode tragique le marque et il décide de retrouver l’identité de la suicidée. Cette quête vire rapidement à l’obsession et l’entraîne à la rencontre de nombreuses personnes. Son enquête fait resurgir des souvenirs d’enfance, en particulier les bons moments vécus avec son grand-père et sa sœur Juliette. Cette quête est intense pour Albert et les relations avec sa femme et ses enfants en pâtissent.

D’autres fantômes est un roman sur les faux semblants. Il ne faut pas forcément croire tout ce que raconte le narrateur car il ne se connaît pas lui-même. Ce qu’il raconte est très subjectif, c’est le fruit de sensations, d’impressions pas toujours tangibles. Il est en plein questionnement sur son identité et ses priorités dans la vie. Il ne faut pas non plus faire confiance à sa mémoire car dans son esprit tout est confus, notamment les nombreux secrets de famille auxquels il est confronté.
Dans sa quête de l’inconnue du métro, il erre dans Paris et croise de nombreux personnages qui le mènent sur de nombreuses fausses pistes. Il s’égare dans Paris comme il s’égare dans son esprit.
D’autres fantômes est un écho à René Descartes et son discours de la méthode, livre qui contient le fameux « je pense donc je suis ». Albert pense, mais est-il vraiment ? Il a une pensée construite sur ce qu’il vit mais le lecteur finit par douter de la réalité même de ce narrateur.
Au sein du roman de Cassie Bérard, le questionnement sur l’identité s’appuie sur l’analyse de la mort et de l’enfance. Ce sont les deux faces d’une même pièce, le point de départ et la fin de la vie. Les deux se répondent dans l’esprit du narrateur et déclenchent des interrogations sur qui il est et comment il s’est construit en tant que personne.

Avec D’autres fantômes, Cassie Bérard a choisi de traiter de sujets difficiles. Il faut aimer être plongé dans les pensées de quelqu’un et même de se perdre dans les méandres de l’esprit. Reste que ce roman est long, trop long. Je n’ai pas saisi la nécessité de multiplier les rencontres avec des personnages différents dans la recherche de l’inconnue du métro. Il faut réellement s’accrocher, le roman n’est pas pour les lecteurs qui veulent lire une histoire. Le résumé est un peu trompeur en ce sens car le roman n’est pas une enquête mais une quête de soi. D’autres fantômes, une fois refermé, pose beaucoup plus de questions qu’il n’apporte de réponses et comme lecteur je n’ai pas véritablement su mesurer les intentions de l’auteure.

Les fausses couches, Steph Rivard

Dans le cadre de la Recrue du mois, j’ai lu le premier roman de Steph Rivard qui s’intitule Les fausses couches.

Fausses-couches-Steph Rivard

William est un garçon de 12 ans qui vit dans une famille un peu folle. Entouré de ses parents, sa grand-mère, sa sœur, d’oncles et tantes et de cousins, c’est lui qui chronique les épisodes marquants de sa vie avec son regard d’enfant. Sauf qu’on ne parle pas là d’une enfance dorée sans heurts. On sent au fil du récit que plusieurs choses ne vont pas comme elles devraient aller dans une famille normale.

Autant le dire tout de suite, je n’ai pas aimé Les Fausses Couches. J’ai en effet toujours du mal à me plonger dans un ouvrage écrit à la première personne du point de vue d’un enfant. Le côté faussement naïf de ces écrits enlève pour moi toute sincérité au texte. Toutefois, j’ai voulu jouer le jeu jusqu’au bout et j’ai lu Les Fausses Couches en totalité. C’est pourquoi je retiens 2 raisons d’aimer ce livre, même si ça n’a pas fonctionné pour moi.

Raison 1 : le pouvoir de l’imaginaire
On comprend rapidement que William est confronté à des choses pas drôles dans sa famille avec un oncle attardé mental, une tante alcoolique et une grand-mère qui vit dans la misère au grenier. William a une forte imagination qui lui permet d’enjoliver ou tout du moins d’adoucir une dure réalité. Pour le lecteur, c’est une invitation à ouvrir bien grandes les portes de son imaginaire. Il ne faut pas essayer de comprendre en détail ce que le récit est censé décrire mais se laisser séduire par le style imagé et poétique de Steph Rivard.

Raison 2 : la famille dysfonctionnelle
Onze personnes qui vivent sous le même toit, ça fournit de la matière, surtout quand la folie guette les grands comme les petits. Dans toutes les familles, il y a des originaux mais que se passe-t-il quand tout le monde possède un petit, voire un gros, grain de folie ? Steph Rivard souligne avec la famille de William qu’une famille normale, ça n’existe pas. Violence verbale et physique, cruauté, indifférence… la liste des travers est longue mais le plus fou avec la famille c’est qu’on finit par l’aimer pour ce qu’elle est, ses bons et ses mauvais côtés car elle fait partie de ce qui nous définit. C’est là le message de Steph Rivard avec Les Fausses Couches : ni espoir, ni résignation mais une bonne dose d’acceptation des autres et donc de soi.

Les aventures de Tom Sawyer, Mark Twain

Comme pas mal de monde de ma génération, j’ai regardé le dessin animé Tom Sawyer. Mais il ne faut pas oublier que Tom Sawyer est avant tout un personnage créé par l’écrivain américain Mark Twain. Les aventures de Tom Sawyer est d’ailleurs le premier roman de Mark Twain. Il a été publié en 1876.

Tom Sawyer Mark Twain

L’action du roman se situe dans le Midwest des Etats-Unis, plus précisément dans la ville fictive de St-Petersburg dans l’Etat du Missouri. Tom Sawyer vit chez tante Polly en compagnie de son frère Sid. Là où Sid est un enfant sage et un élève studieux, Tom est un enfant plein de vie qui est toujours prêt à faire les 400 coups avec ses compères Huckleberry Finn et Joe Harper. L’école est bien évidemment secondaire dans l’univers de Tom Sawyer. Il est bien plus intéressé par vivre des aventures et par se faire bien voir par les filles, notamment Becky Thatcher.
Parmi les aventures que vit Tom Sawyer, on peut noter quelques moments marquants. Avec son compère Huckleberry Finn, il est témoin d’un crime perpétré dans un cimetière par Joe l’Indien, un homme effrayant. Plus tard dans le roman, Tom et ses deux amis disparaissent pendant plusieurs jours sur une île au milieu du Mississipi pour jouer aux pirates. Tout le village les recherche et les croit noyés dans le fleuve. Enfin, accompagné de Becky lors d’une sortie, Tom se perd dans une grotte. Là aussi les parents partent à leur recherche, craignant qu’ils ne meurent de faim et de soif dans la grotte.

Tom Sawyer est un personnage riche. C’est un beau parleur et un téméraire. Il est fier : quand il a peur, il essaie de ne pas le montrer à ses copains et aux filles. On rit, on fait des mauvais coups, on est amoureux, on a peur avec Tom Sawyer. Mark Twain livre une histoire avec un style simple. Il n’y a pas d’intrigue à proprement parler. Les aventures de Tom Sawyer tient plus lieu de chronique sur les joies de l’enfance. C’est un regard attendri que pose Mark Twain sur l’enfance, un moment de la vie riche en péripéties, en farces et en superstitions diverses. C’est aussi le temps de l’innocence, des pactes à la vie à la mort avec les copains, les premières amours et le rêve d’une vie d’aventures. C’est un moment où tout est possible et où tout est permis. L’univers de Tom Sawyer ne connaît pas de limites. Même les réprimandes de sa tante et de son maître d’école ne l’arrêtent pas. Contourner les règles est un jeu et l’humour est roi dans le roman de Mark Twain. Une lecture rafraîchissante qui fleure bon la vie.

Le pont de l’île, Christine O’Doherty

la Recrue du mois

Le pont de l’île est le premier roman de Christine O’Doherty. C’est la Recrue du mois de mars 2013.

Le retour en région est un thème récurrent chez les primo-romanciers québécois. Au cours des dernières années, j’ai lu Sur la 132 de Gabriel Anctil, Eteignez il n’y a plus personne de Louise Lacasse ou encore Nos échoueries de Jean-François Caron. Les régions font-elles un retour en force ?

Le pont de l'ile, Christine O'Doherty

Pas facile donc de se démarquer alors que d’autres auteurs ont déjà tracé cette route. Christine O’Doherty traite d’une manière particulière. Elle s’affranchit du Québec en exilant sa narratrice à l’Île du Prince-Edouard. Et cet exil n’est que temporaire puisque le personnage principal reviendra à Montréal et fera un détour par le Saguenay de son enfance.

Le récit raconte comment et pourquoi Gabrielle quitte sa vie montréalaise, son installation sur l’ile du Prince-Edouard et les amitiés qu’elle y noue petit à petit. Des flash-backs avec l’enfance de Gabrielle permettent d’éclairer son comportement. Ce sont d’ailleurs les moments les plus intenses du roman car ils cristallisent les rêves de la jeunesse et ses aspirations les plus profondes. Ce sont des moments fondateurs dans la construction de sa personnalité.

Il n’est pas question uniquement de Gabrielle. Une bonne partie de ce roman de 124 pages est consacré à l’histoire de Dorothy, l’amie que Gabrielle s’est faite sur l’Ile du Prince Edouard. Cette digression importante par rapport au récit principal sert de miroir à la situation de Gabrielle. Comme elle Dorothy vit un mariage sans passion pour d’autre raisons mais à l’inverse de Gabrielle, elle étouffe sur son ile et ne rêve que de vie urbaine. L’effet de miroir est de nouveau présent en fin de roman quand Gabrielle repense à des moments clés de son enfance alors qu’elle est maintenant confrontée à des parents âgés et malades.

La question fondamentale du pont de l’ile est celle du déterminisme. Dans quelle mesure sommes-nous le fruit de notre milieu et de notre famille ? Dans le cas de Gabrielle, même si elle a rejeté sa famille pour vivre totalement autre chose, elle se rend compte qu’elle ne peut pas échapper à ses racines et à ce que ses parents lui ont transmis. Même si elle a d’autres attentes que celles de la génération de ses parents, elle se rend compte qu’elle n’est pas plus heureuse pour autant.

L’échappée des petites maisons, Marjolaine Bouchard

Que diriez-vous d’un roman aux allures de conte ? C’est l’exercice auquel se livre Marjolaine Bouchard avec l’échappée des petites maisons. Une lecture faite dans le cadre du repêchage de la Recrue du mois.

Moïra est une jeune femme qui vit avec sa mère dans une maison isolée. Un jour Moïra a un accident et sa mère est découverte blessée dans sa maison. Un agent de police interroge alors une Moira convalescente pour éclaircir les conditions de vie des deux femmes et ce qui a pu mener à ce que la mère soit retrouvée mal en point chez elle. Au chevet de cette jeune femme singulière, il est captivé par ses récits et essaie de démêler le vrai du faux pour résoudre quelques mystères autour de ces deux femmes.

L’échappée des petites maisons est un livre captivant que j’ai lu très rapidement. J’étais suspendu aux lèvres de Moïra qui raconte à sa façon les différents événements familiaux. J’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture. L’histoire est bien conçue avec une entrée en matière mystérieuse à souhait qui suscite bien des interrogations. Et une fois que les récits à tiroir de Moïra s’enchaînent, on veut connaître la vérité. Ou en tout cas ce qui se cache derrière la vérité telle que décrite par la jeune femme.

Ce roman écrit à la manière d’un conte est un hommage à l’imaginaire de l’enfance et au jeu (le récit est parsemé de petits rébus). Moïra et sa mère embellissent leur quotidien qui devient un monde fait d’aventures, de personnages magiques et de beaucoup de magie. Mais n’allez pas croire que l’enfance soit naïve. Comme souvent dans les contes, cette histoire est faite de fausse innocence. Car n’oublions pas que les contes ne sont jamais gratuits et tous roses. Ils cachent bien souvent une réalité sombre. La présence d’un enquêteur auprès de Moïra est un signe qui ne trompe pas.

Marjolaine Bouchard, déjà auteure de romans jeunesse, prouve avec l’échappée des petits maisons que le saut vers la fiction pour adulte peut être fait avec succès.

Paru aux Éditions de la Grenouillère.

Traine pas trop sous la pluie, Richard Bohringer

Après Bernard Giraudeau et Cher amour, je m’intéresse aux écrits d’un autre acteur français : Richard Bohringer qui propose avec Traine pas trop sous la pluie un récit autofictionnel.

Hospitalisé, le narrateur vit un délire fiévreux qui l’amène à tenir des propos décousus et à halluciner. Se mêlent à ces hallucinations le personnel soignant, ses visiteurs et un mystérieux personnage nommé Grand Singe. Le narrateur aime cette fièvre qui le fait délirer et le renvoie à plusieurs voyages de son passé en Afrique et en Amérique du Sud. Il se remémore les rencontres faites lors de ces voyages avec des gens attachants mais aussi ses rencontres en France avec quelques grands noms du monde du spectacle : à commencer par Bernard Giraudeau mais aussi Roland Blanche, Mano Solo ou encore Jean Carmet et Jacques Villeret. Son hospitalisation est aussi l’occasion pour le personnage principal de revenir sur certains épisodes de son enfance et sur ses relations avec ses parents.

Porté par un texte riche en sincérité et en humanisme mais aussi marqué par la grande gueule du narrateur, Traîne pas trop sous la pluie correspond à l’image que je le faisais de Richard Bohringer le personnage public. Homme d’excès, abîmé par la vie, il possède une âme juste et un grand cœur. Ce court roman m’a toutefois demande un certain effort : j’ai dû accepter le style décousu de l’auteur pour mieux m’imprégner de la poésie du texte. C’est un renoncement nécessaire pour apprécier cette lecture mais qui pourrait refroidir les adeptes de textes plus linéaires.