Faire violence, Sylvain David

Avec Faire violence, Sylvain David signe un premier roman original tant par le sujet traité que par la forme choisie.

Faire violence, Sylvain David
J’ai d’ailleurs du mal à classer cet ouvrage dans la catégorie fiction tant Faire violence ressemble à un petit précis, une encyclopédie vivante de la violence. Sylvain David explore en effet toutes les formes de violence. Il propose un véritable décryptage de la violence, de ses manifestations les plus bénignes jusqu’aux plus totales. La violence est en effet décodée, voire théorisée. De la simple délinquance issue de l’oisiveté à la guérilla urbaine, vous saurez tout.

Le titre Faire violence ne renvoie pas à l’expression se faire violence. Il signifie plutôt la déconstruction de la violence. Cet ouvrage se penche sur la fabrication de la violence.

La construction de Faire violence est elle-même originale. Sylvain David enchaîne les chapitres à l’infinitif. Cette technique donne une description très factuelle des événements violents qui sont décrits mais aussi des sensations ressenties par celui qui fait preuve de violence. Il en résulte une désincarnation du sujet. En procédant ainsi, Sylvain David réalise une décoction de tout ce qui fait la violence, le superflu s’évapore et il parvient à cristalliser l’essence de la violence. Elle devient presque le sujet agissant tant l’histoire personnelle de ceux qui agissent importe peu. Ils ne sont que les relais anonymes d’une violence protéiforme.

Au premier abord, ce livre m’a paru très abrupt. Le sens n’est pas immédiatement saisissable. Pour tout vous dire, j’ai du relire ce livre une deuxième fois pour bien m’imprégner du texte et mieux percevoir l’intention de Sylvain David derrière l’enchaînement des chapitres à l’infinitif. Ceux-ci sont d’ailleurs entrecoupés de passages plus théoriques où Sylvain David fait références à des sociologues et propose des théories sur le souvenir et sur ce qu’est la violence. Dans ces passages où l’auteur manipule des concepts complexes, il faut s’accrocher pour se mettre à son niveau et le suivre dans son cheminement intellectuel. Faire violence tient plus de l’essai que de la fiction. C’est un ouvrage ambitieux qui marque l’ouverture donnée à la nouvelle collection Quai n°5 des éditions XYZ.

J’ai lu Faire violence de Sylvain David dans le cadre de la Recrue du Mois.

Réussir son hypermodernité et sauver le reste de sa vie en 25 étapes faciles, Nicolas Langelier

Lu dans le cadre du repêchage de la recrue du mois, ce livre hybride, à la fois roman, guide de croissance personnelle et essai sociologico-philosophique, aurait tout aussi bien pu s’intituler : les hipsters se cachent pour mourir.

Un homme de 35 ans réalise que sa vie, aussi riche en événements branchés qu’elle soit, est en fait vide de sens. Déboussolé par cette prise de conscience soudaine, il quitte alors Montréal et ses lumières artificielles au volant de sa voiture pour se lancer dans une fuite en avant. Cet homme est un hipster. Qu’est-ce qu’un hipster me direz-vous ? C’est un terme qu’il convient de définir pour bien comprendre l’intention de Nicolas Langelier. Généralement jeune et vivant en milieu urbain, le hipster est très au courant des dernières tendances. Lucide et blasé, il adopte une posture ironique et humoristique sur les choses de la vie, aussi graves soient elles. Le statut personnel est important pour lui et sa désinvolture doit s’exprimer par des goûts musicaux, culturels et vestimentaires pointus et inconnus du grand public. En fait plus c’est obscur et moins c’est connu, mieux c’est pour son statut social.

Avec réussir son hypermodernité… le journaliste Nicolas Langelier mène en parallèle le récit du de la prise de conscience d’un hipster rattrapé par la vie et une réflexion générationnelle, plus large. Les chapitres où le narrateur parle de son expérience sont pleins d’humour. Le livre lui-même est écrit comme un guide, invitant directement le lecteur à s’interroger et à accomplir des gestes concrets pour surnager dans l’hypermodernité. L’auto-dérision fait souvent sourire malgré le côté tragique du récit. Ce qui me fait dire que Nicolas Langelier a tout du bon hipster. Mais il va plus loin : il se demande quelles sont les implications à plus grande échelle des comportements individuels qu’il décrit et pose la question du legs que vont laisser les générations X et Y. Lucide sur son époque, Nicolas Langelier propose un livre fourre-tout à la façon d’une encyclopédie. Associée à un style mordant, cette construction permet de garder l’attention du lecteur. Les tendances culturelles et sociales actuelles sont exposées et l’auteur présente comment elles s’inscrivent les unes en fonction des autres. C’est en comparant l’époque actuelle avec les décennies passées qu’est définie la notion d’hypermodernisme. L’individu hypermoderne est ancré dans le présent, consomme à outrance et au contraire de ses aïeux n’a ni rêve ni utopie pour la société. Un constat qui fait peur : les désirs sont individuels et aucune vision de la société ne semble émerger… J’apprécie que le fin mot de l’histoire soit laissé au philosophe. Une mise en perspective nécessaire et salutaire pour nous décoller le nez du présent.

Publié aux Éditions du Boréal.