My absolute darling, Gabriel Tallent

Attention malaise. Ou plutôt malaises. Il faut l’écrire au pluriel car on bascule à plusieurs reprises du côté sombre de l’âme humaine dans My absolute darling, le premier roman de l’auteur américain Gabriel Tallent.

On peut faire confiance aux éditions Gallmeister pour dénicher des voix originales qui hésitent pas à aborder des thèmes qui dérangent. Ces gens-là ne peuvent pas s’empêcher de gratter les croûtes de nos petits et grands bobos. Et c’est le cas de Gabriel Tallent. Que nous raconte-t-il dans ce roman ?

My absolute darling raconte l’histoire d’une jeune fille surnommée Turtle. Elle a 14 ans et vit avec son père depuis le décès de sa mère alors qu’elle était encore une enfant. Le problème est que son père est un peu extrême dans son éducation (euphémisme !). Il veut qu’elle soit forte dans sa tête et physiquement et qu’elle sache manier les armes à feu. Il y en a une petite collection dans la maison et chaque jour est le prétexte à un exercice et à des leçons de vie. La maison est très mal entretenue avec des murs ouverts aux courants d’air et un mobilier fait de bric et de broc. Au collège, Turtle est une élève en difficulté. Sa situation interpelle une de ses professeurs mais Turtle se ferme quand on lui demande comment ça va à la maison.

Pour tout vous dire j’ai failli arrêter ma lecture à la fin du premier chapitre car il se termine sur une scène très dure. Et puis j’ai continué mais toujours avec une boule à l’estomac. J’ai eu envie de savoir si une issue était possible pour Turtle étant donné la situation. Et je me suis même plongé sérieusement dans le récit un peu fou imaginé par Gabriel Tallent, enchaînant les chapitres jusqu’au dénouement. Voilà donc un roman qui secoue son lecteur. Que le premier qui reste indifférent à la lecture de My absolute darling lève la main !

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La femme fragment, Danielle Dumais

Danielle Dumais avec la femme fragment est la dernière recrue de l’année 2009.

Le personnage principal du roman est une jeune femme nommée Caroline. Elle a été élevée par un père âgé et solitaire qui a tout fait pour lui montrer la beauté de la vie. Sa mère a disparu peu de temps après sa naissance. Caroline ne s’est jamais posé de questions sur son histoire familiale et s’est contentée des réponses évasives de son père. Mais quand son père meurt, elle apprend la véritable histoire de sa mère et les souffrances qu’elle a endurées avant de rencontrer le père de Caroline et de lui proposer d’avoir un enfant ensemble. Caroline est bouleversée et s’interroge sur son identité et ses relations avec les autres, en particulier avec les hommes.

J’ai tout de suite aimé me plonger dans la femme fragment. Danielle Dumais a choisi de dresser le portrait de Caroline en mosaïque en la décrivant petit à petit tantôt du point de vue de son entourage (amis, famille, collègues, conjoints) et tantôt en la laissant s’exprimer à la première personne. Ce procédé rend le récit dynamique. À ça s’ajoute une aura de mystère autour de Caroline qui n’est pas une femme facile à cerner. Elle-même s’interroge sur qui elle est quand elle apprend l’histoire de sa mère. Elle entame une quête d’identité qui l’amène à faire de nouvelles rencontres.

J’ai l’impression d’avoir eu affaire à deux livres distincts en lisant la femme fragment. Les deux premiers tiers portent sur la recherche de son passé et le reste du livre est consacré à la recherche d’un conjoint. La rupture entre les deux se produit quand Caroline décide de s’expatrier pour faire le point. C’est peut-être sévère mais je me suis senti trompé car pour moi Caroline perd son objectif initial qui est de se définir une fois qu’elle connaît mieux l’histoire de sa famille. C’est un peu comme si elle abandonnait ce projet pourtant central pour se consacrer plus banalement à sa vie amoureuse. Et je n’ai pas l’impression qu’elle finisse par obtenir les réponses à ses questions. En fait, la première partie du roman est ambitieuse et fort réussie. Je l’ai trouvée très solide dans sa facture et le sujet universel de la connaissance de soi est maîtrisé. Malheureusement le propos finit par s’éloigner de la quête d’identité pour tomber un peu à plat. J’ai refermé ce livre en étant déçu car il m’a semblé que Danielle Dumais s’est perdue en chemin comme son personnage. Enfin, je trouve que Caroline perd de sa superbe au fur et à mesure du roman. De mystérieuse et rêveuse au début du roman, elle devient terne et sans saveur alors que le récit se fait à la première personne.

Malgré cette déception personnelle, la femme fragment demeure un très bon premier roman. Danielle Dumais possède une voix originale et sait amener le lecteur dans l’univers qu’elle a créé. Le fait que je n’ai pas pu lâcher le livre est un bon indice de ses qualités.

Les chroniques d’une mère indigne, Caroline Allard

Avant de devenir auteur d’un livre, Mère Indigne a longtemps sévi sur internet. Comme le taxi Pierre-Léon, cette mère de famille québécoise a été contactée par une maison d’édition pour publier un livre sur la base de son blogue.

A une époque où les magazines spécialisés et les forums internet fourmillent de conseils pour les mères de familles, il n’y a plus de place pour l’imperfection. Impossible d’être une mère indigne avec le tsunami de conseils que reçoivent les parents. « Que nenni ! » de répondre Mère Indigne. L’indignité est le remède idéal au burn out qui attend irrémédiablement les parents qui s’efforcent d’être parfaits. Elle illustre son propos à l’aide de son quotidien de mère de deux enfants alias Fille Ainée et Bébé. Elle ne se gêne pas pour se moquer de sa progéniture et tourner en ridicule leurs petites manies agaçantes. Elle possède également une bonne dose d’auto-dérision, salvatrice pour éviter le surmenage et la dépression nerveuse. Elle est secondée par Père Indigne, Belge de son état, pour qui la déconne n’est pas un vain mot. Mère Indigne n’hésite pas non plus à se dévoiler et à mettre un peu de piquant avec des anecdotes sur la vie sexuelle des jeunes parents.

Comme pour Un taxi la nuit, j’ai été conquis par Mère Indigne (qui s’appelle en fait Caroline Allard). On a affaire à tout une galerie de personnages : sa famille, la fille des voisins, petite peste devant l’éternel et Jean-Louis l’ami de son mari. Ce livre est un antidote certain à la pression que peuvent se mettre les jeunes parents. On y voit notamment la différence d’attitude d’une mère entre son premier enfant, ô combien fragile, et le deuxième qui peut bien faire ses dents sur les vieilles sandales qui traînent dans l’entrée. La lecture des Chroniques d’un mère indigne saura provoquer les sourires du lecteur, voire des fous rires qui pourront étonner les autres voyageurs du métro (c’est du vécu). Voilà un livre très rafraîchissant.

Ma note : 5/5.

Mère Indigne a arrêté de publier sur son blogue mais l’intégralité de ses textes est toujours en ligne.

Et voilà le descriptif de son livre.