The year of magical thinking, Joan Didion

Joan Didion est une journaliste américaine renommée. Elle a publié plusieurs ouvrages. Voici l’un d’entre eux sur un sujet particulièrement sensible, The year of magical thinking.

The year of magical thinking - Joan Didion

Ce que je pensais être au départ un roman est en fait un ouvrage qu’on peut apparenter à des mémoires. Joan Didion partage ici une tranche de vie particulière. Elle raconte les mois qui ont suivi le décès soudain de son mari John peu de temps après Noël. Ce drame intervient alors que sa fille Quintana est hospitalisée pour une maladie très sérieuse, quelques mois à peine après son mariage. The year of magical thinking (L’année de la pensée magique dans sa version française) est le récit de cette année difficile qui a suivi le décès de son mari. Le titre fait référence en anglais au fait de prendre ses désirs pour des réalités, à défaut d’une meilleure traduction. Concernant un décès, on veut croire que ce n’est pas vrai.

Joan Didion propose avec ce livre une réflexion sur le deuil. Le livre n’est pas réellement structuré, il suit les pensées évidemment décousues de Joan Didion alors qu’elle se débat avec le deuil et les problèmes de santé de sa fille. Elle témoigne du fait que le deuil n’est pas un processus linéaire. C’est un parcours sinueux, révélé par une narration non chronologique, et qu’il n’y a pas de guérison. Le récit honnête de la journaliste américaine est poignant. Elle revit les moments difficiles, analyse a posteriori ces moments et les différentes étapes de leur vie avec son mari et sa fille. Au fur et à mesure du temps qui passe, elle redonne sens à des conversations et des moments passés ensemble. Joan Didion se livre totalement. La transparence va jusque dans les moments où son esprit s’égare et refuse la mort de John.

Appréhender cette réalité soudaine est au cœur du processus de deuil. Le fait d’avoir lu ce livre en anglais m’a fait prendre conscience d’une nuance qui existe dans la langue anglaise et à ma connaissance pas en français. L’anglais fait en effet la différence entre grief, qu’on peut résumer comme étant la réaction émotionnelle suite au décès d’un proche, et mourning, un processus du deuil plus long qui consiste à s’adapter au changement induit par le décès.

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Nos échoueries, Jean-François Caron

Voici mon commentaire du premier roman de Jean-François Caron, Nos échoueries. Cet auteur inaugure la nouvelle mouture de la recrue du mois. Allez vite voir la nouvelle version du site et découvrez une présentation plus claire et une couverture encore plus étendue de la production littéraire du Québec.

Un homme revient sur les lieux de son enfance : Saint-Euphrasie, un village au bord du fleuve Saint-Laurent. Il a pris cette décision subitement, laissant sa conjointe pour retrouver ses origines. Il se réinstalle dans la maison de feu ses parents, abandonnée aujourd’hui. Il revoit les paysages et les personnages de son enfance. Il revit des sensations d’enfant. Mais en son absence, le village a bien changé et se meurt doucement.

J’ai eu un peu peur après avoir commencé la lecture de ce roman. Les raisons : le ton franchement mélancolique des premières pages et le fait que le narrateur s’adresse à une autre personne à la deuxième personne du singulier. Mais j’ai fini par être séduit par le texte de Jean-François Caron, un auteur qui possède assurément une voix propre. Il y a plusieurs facettes à Nos échoueries. Le lecteur peut se laisser porter par le courant et errer sur les traces du narrateur pour simplement profiter d’un beau texte. Il pourra aussi s’interroger sur ce qui fait la vie et la mort d’un village. Sainte-Euphrasie, village fictif du Bas Saint-Laurent, est en effet frappé de plein fouet par l’exode rural. Mais ce que j’ai le plus apprécié, c’est le fond de cette histoire, cette nostalgie d’un passé révolu. On peut bien essayer de retrouver les sensations de son enfance en retournant sur les lieux qui nous étaient familiers à l’époque. Mais c’est bien souvent futile car, comme les gens, les endroits changent eux aussi. C’est un deuil à faire. Le thème n’est pas nouveau en littérature mais le ton intimiste choisi par Jean-François Caron fait assurément de Nos échoueries un roman à lire.

Nos échoueries est publié par La Peuplade.

Le monde selon Garp, John Irving

C’est pour moi un premier contact avec l’écrivain américain John Irving. Le monde selon Garp est le best-seller paru en 1978 qui a assuré sa notoriété auprès du grand public.

Pour faire un résumé simple, ce roman raconte la vie d’un écrivain nommé ST Garp, de sa conception à sa mort.
Garp est né de l’union de Jenny Field, infirmière, avec un soldat estropié et mourant. Ce soldat fait très bien l’affaire car Jenny ne voulait pas s’embarrasser d’un homme dans sa vie. Elle voulait concevoir un enfant sans avoir à partager sa vie avec le père. Ostracisée par une famille conservatrice, Jenny élève Garp seule et devient infirmière dans un collège exclusivement réservé aux garçons. C’est là que Garp fait l’apprentissage de la vie et qu’il décide d’embrasser la carrière d’écrivain pour séduire Helen, la fille de son entraîneur de lutte, qui deviendra le grand amour de sa vie. Le monde selon Garp, c’est donc la création littéraire imbriquée dans la vie quotidienne d’un mari et père de famille avec ses doutes et questionnements.

Le monde selon Garp relate donc un parcours individuel avec une opposition de style entre un homme hédoniste et sa mère féministe qui ne comprend la concupiscence masculine. Les thèmes principaux du roman sont la famille, le couple, le féminisme, le deuil, le sexe et la création littéraire. John Irving possède un talent indéniable pour raconter une histoire. Il maîtrise parfaitement l’art de maintenir l’attention du lecteur en dépit de l’usage fréquent de digressions et de mises en abyme. John Irving parvient aussi à surprendre le lecteur avec des personnages un peu fous et des situations improbables. Le personnage principal est attachant et John Irving propose avec ce livre un regard à la fois plein d’humour et profond sur le monde contemporain.

À certains égards, ce livre de John Irving m’a fait penser à Paul Auster. Je pense en particulier à sa capacité à plonger le lecteur dans une histoire en quelques lignes seulement. Et le fait de mettre un écrivain au cœur d’un roman est une marotte de Paul Auster.

J’ai lu à propos du monde selon Garp que c’était un livre culte. Ce roman est certes solide et écrit par un auteur talentueux mais j’ai du mal à voir ce qu’il pourrait y avoir de vraiment culte. C’est peut-être une question de génération mais j’ai du mal à m’identifier à ce roman malgré ses qualités. Rien toutefois pour m’empêcher de retourner du côté de John Irving.

L’immense abandon des plages, Mylène Durand

Mylène Durand est la recrue du mois de novembre avec l’immense abandon des plages.

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Une mère de famille se jette d’une falaise aux Îles de la Madeleine. Ses trois enfants essaient de lui survivre, chacun à sa manière. Élisabeth, l’aînée, quitte rapidement les Îles pour tout oublier à Montréal. Claire, elle, entend rester aux Îles et voit la cellule familiale se dissoudre petit à petit. Julien, le plus jeune de la fratrie, se réfugie dans un mutisme inquiétant.

Ce court roman est magistralement mené. J’admets avoir eu un a priori positif en lisant que le titre était inspiré d’un vers de Marie Uguay, une poète que j’ai déjà eu l’occasion de lire et d’apprécier. L’écriture de Mylène Durand est de toute beauté, imagée et très évocatrice de la puissance des éléments. En tant que lecteur, je me suis senti immergé physiquement dans l’univers dur des Îles de la Madeleine. Quel contraste entre cette mère absente et la mer étouffante ! Je ne connais pas les Îles de la Madeleine mais ce récit est loin d’être un dépliant de l’office de tourisme local. On y sent qu’il est difficile d’être un insulaire et d’être ainsi à la merci des forces de la nature.

Le deuil est un thème difficile et Mylène Durand le traite avec brio. J’ai vécu avec les protagonistes chacun de leurs tourments, hantés qu’ils sont par des spectres. Le physique et l’émotionnel s’entremêlent pour décrire le difficile parcours de chacun. Je trouve que le sujet est bien desservi par le choix de la narration. La forme du roman est en effet originale : l’alternance et les échos mutuels des lettres de Claire, des monologues d’Élisabeth à la manière d’un journal intime et des descriptions d’un narrateur omniscient permettent de comprendre la progression de chacun des personnages dans le deuil. Le roman s’achève avec la paix retrouvée des trois enfants, chacun ayant véritablement quitté ces îles synonymes de malheur.

Voilà donc un premier roman fort réussi !

La cérémonie des anges, Marie Laberge

C’est toujours dans le cadre du défi BiblioLys que j’ai lu la cérémonie des anges de Marie Laberge.

Le thème n’est pas gai du tout. Un couple perd soudainement sa fille Érica, âgée de 9 semaines, qui décède dans son sommeil du syndrome de la mort subite du nourrisson. Les deux parents, Laurent et Nathalie, vont chacun vivre leur deuil d’une manière très différente. A tel point que leur couple va en souffrir. Je ne veux pas dévoiler ici les différents moments que vont traverser les deux parents. Ce serait trop en dire. Sachez juste que la colère, la tristesse, l’indifférence, l’injustice mais aussi la joie, la sérénité et le plaisir sont autant d’états d’esprit par lesquels vont passer les deux parents. Et pas nécessairement dans cet ordre.

J’ai été vite embarqué dans la cérémonie des anges. Le roman est écrit comme un journal. Ou plutôt deux journaux. Celui de Laurent et celui de Nathalie. On alterne une page de l’un avec une page de l’autre. C’est leur thérapeute qui leur a suggéré de coucher sur le papier ce qu’ils ressentent. Leurs réflexions, leurs incompréhensions, leurs émotions s’entrecroisent, se répondent et s’ignorent.

Je m’attendais au départ à mélodrame plein de bons sentiments, un livre un peu donneur de leçons. Pas du tout ! En fait, la manière dont l’un des deux parents va réagir détrompe le lecteur d’entrée de jeu. En tant que lecteur, on veut comprendre pourquoi l’un et l’autre se comportent comme ils le font. Et ça y est, on est piégé par le livre. Petits à petits, Nathalie et Laurent vont se révéler au lecteur, lui raconter par bribes leur histoire.

Ce livre est là pour nous rappeler qu’il n’y pas qu’une seule façon de vivre son deuil. Et il y a aussi des deuils qui se font avant le décès. En effet, Nathalie et Laurent vont subir la perte d’une autre personne qui leur est chère. Son cas est un peu différent car sa mort est la conséquence d’une longue maladie. Son décès est anticipé. Il n’est pas inattendu comme celui d’Érica. Dans le livre, les deux décès se font implicitement écho. De même que les deux deuils.
Le livre est plus riche qu’il ne paraît au premier abord. Outre le thème du deuil, il est aussi question du couple, des relations amoureuses et de l’amitié.

La cérémonie des anges est donc une belle surprise étant donné que le thème du livre ne m’aurait pas incité à le lire, n’eût été du défi BiblioLys.