Voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Céline

Que dire sur Voyage au bout de la nuit, ce classique de la littérature française et sur Louis-Ferdinand Céline, son auteur controversé ? Tout d’abord, j’ai une histoire personnelle avec ce livre. Il m’avait été chaudement recommandé il y a environ 15 ans par un bon ami. Je l’ai donc commencé pour finalement le laisser tomber au bout de quelques pages seulement. A l’époque je n’avais pas pu rentrer dans l’univers de l’auteur, sans doute freiné par cette langue si particulière qui a fait la marque de fabrique du Voyage.

En effet, le livre est écrit dans un style qui mélange d’une part le français parlé de l’époque, un langage très argotique, et d’autre part un style littéraire beaucoup plus classique qui fait la part belle aux imparfaits du subjonctif. Il y a d’abord une barrière de la langue pour qui veut entreprendre ce voyage au bout de la nuit.

Bardamu le narrateur raconte plusieurs épisodes de sa vie. Le premier d’entre eux est sa participation à la première guerre mondiale. Point d’héroïsme chez ce soldat, il n’a tout simplement pas envie de se faire tuer tout convaincu qu’il est de l’absurdité de cette guerre. Il est conscient de faire partie de ces hommes donnés en pâture par leur hiérarchie militaire au nom d’un nationalisme idiot. Par chance, il se blesse et poursuit sa convalescence à Paris. Convalescence qu’il prolonge autant qu’il peut, n’hésitant pas à recourir à des expédients pour tromper le corps médical. Il part ensuite en Afrique où il travaille pour une société coloniale. Le récit du voyage sur le bateau pour se rendre à destination résume à lui seul la philosophie du narrateur. Peu importe les principes : toutes les bassesses sont nécessaires quand la survie est en jeu. La mentalité coloniale de l’époque en prend pour son grade. L’expérience africaine de Bardamu tourne court. Après un échec professionnel dans une plantation au milieu d’une jungle hostile, il est vendu comme galérien transatlantique (si, si) mais parvient à s’échapper à New-York. Puis il rejoint Détroit où il travaille dans les usines Ford tout en s’amourachant d’une prostituée. De retour en France, il poursuit des études de médecine. Il s’établit ensuite en banlieue parisienne où il mène une vie de misère, exploité par des patients pingres et manipulateurs. Il abandonne sa vie de médecin pour aller à Toulouse où il rejoint un ami qui s’est retrouvé estropié alors qu’il tentait de commettre un assassinat. Il couche avec la fiancée de cet ami. Il finit par s’établir en région parisienne comme médecin dans un asile d’aliénés.

Voyage au bout de la nuit est une épopée dans les bas fonds de la vie humaine. Peu importe le lieu, le narrateur parcourt trois continents pour se heurter toujours à des représentants du genre humain qui le déçoivent. Résolument pessimiste, ce roman de Céline expose les instincts les plus vils de l’humanité. La vie est triste et l’Homme ne cherche pas à s’élever. Au contraire, il s’enfonce de plus en plus et il tire avec lui ses semblables. La liste des maux du genre humain est longue et Céline les aborde tous dans Voyage au bout de la nuit.

Il faut avoir le cœur bien accroché pour suivre Bardamu. Ce roman est percutant car il est vrai. La nuit est la métaphore de la vie et il faut être très chanceux pour se rendre au bout du voyage sans être devenu fou ou poignardé dans le dos par un congénère. Le progrès, l’amour, l’amitié n’existent pas. Céline offre une vision du monde très sombre livrée dans un style qui frappe l’imaginaire. C’est une lecture qui nécessite une maturité que je ne possédais manifestement pas il y a 15 ans.

Volkswagen Blues, Jacques Poulin

Jacques Poulin est un auteur québécois qui m’a été recommandé à de nombreuses reprises. Et en particulier son livre intitulé Volkswagen Blues. Un passage par la bibliothèque et j’étais paré pour la lecture de ce roman québécois.

Volkswagen Blues

Volkwagen Blues est la chronique de la rencontre de deux personnes et de leur départ sur les routes canadiennes et américaines. Jack Waterman est un homme entre deux âges. Il voyage dans un bus Volkswagen (qu’on imagine bien être un modèle Westfalia, celui des hippies). Jack Waterman est son pseudonyme d’écrivain, on ne connaîtra jamais son vrai nom et le narrateur parle de lui en l’appelant l’Homme, tout simplement. Son acolyte est Pitsémine. C’est une jeune métisse, mi blanche mi montagnaise. Elle est surnommée la Grande Sauterelle à cause de ses longues jambes maigres. La rencontre entre les deux personnages a lieu à Gaspé alors que Pitsémine fait du stop (du pouce comme on dit au Québec) pour aller rencontrer sa mère qui travaille comme femme de ménage au musée de la ville. L’Homme est lui à la recherche de son frère Théo dont les dernières nouvelles remontent à quelques années sous la forme d’une carte postale mystérieuse envoyée de Gaspé.

Les deux voyageurs vont ainsi aller de ville en ville pour suivre la trace du frère de Jack. A chaque arrêt, ils mènent une petite enquête pour retrouver des indices du passage de Théo. Sur la route et au volant du bus Volkswagen, Pitsémine et l’Homme se racontent leurs vies, partagent des anecdotes, visitent des lieux historiques. L’Histoire est omniprésente tout au long de Volkswagen Blues. L’itinéraire emprunté est globalement le suivant : Gaspé, Québec, les Milles îles, Toronto, Détroit, Chicago, Saint-Louis. Ils suivront ensuite la piste de l’Oregon pour rejoindre San Francisco. C’est à peu de choses près le chemin qu’ont parcouru les explorateurs francophones d’abord (Jacques Cartier, Jolliet, Marquette et Cavelier de Lasalle pour en nommer quelques-uns) puis la route qu’ont suivie les pionniers américains jusqu’en Californie. Leur parcours symbolique de l’embouchure du fleuve Saint-Laurent jusqu’à l’Océan Pacifique en passant par les grands Lacs, le fleuve Mississipi, les Prairies et les Rocheuses sera l’occasion d’en apprendre un peu plus sur l’Histoire de l’Amérique (un sujet que j’ai déjà abordé ici et ). Les discussions entre l’Homme et la Grande Sauterelle apportent un éclairage particulier sur les relations des colons (Français, Anglais et Américains) avec les Indiens, une histoire qui s’est construite sur la violence.

Volkswagen Blues est une histoire sympathique. Le livre se lit très bien et est très accessible. Il offre au lecteur de faire un beau voyage en bonne compagnie. J’aurais aimé que les relations entre les deux protagonistes soient approfondies davantage. Volkswagen Blues n’est pas un chef d’œuvre mais demeure une belle histoire. Je ne ferme donc pas la porte à d’autres livres de Jacques Poulin.