L’éducation sentimentale, Gustave Flaubert

Il est possible de traverser la totalité du système scolaire français sans avoir lu un seul livre de Flaubert. J’en suis la preuve. J’ai commencé à combler mes lacunes il y a quelques années avec la lecture de Madame Bovary. J’ai récupéré L’Éducation sentimentale chez mes parents. Je l’avais acheté il y a au moins 10 ans sans avoir mis le nez dedans : il attendait sagement mon retour en France.

Frédéric Moreau, originaire de Nogent-sur-Seine, monte à Paris plein d’ambition et séduit par Mme Arnoux, une femme qu’il a côtoyée brièvement lors d’un voyage en bateau. Il cherche à se rapprocher de cette femme en fréquentant son mari, Arnoux, marchand d’art puis faïencier. Il va jusqu’à s’impliquer financièrement dans les affaires du mari et renoncer à ses ambitions et celles que sa mère a placées en lui pour être plus proche de Mme Arnoux. Il côtoie aussi Deslauriers, un ami d’enfance qui comme lui est pétri d’ambitions. Il fait par ailleurs la connaissances d’autres jeunes gens qui suivent des trajectoires différentes dans le Paris des années 1840.

L’éducation sentimentale tient à la fois du roman d’apprentissage et du roman réaliste.

Le sujet du roman d’apprentissage est Frédéric Moreau, un personnage qui se révèle non pas ambitieux mais simplement rêveur. Il estime mériter que tout lui tombe tout cuit dans le bec, tant dans sa vie amoureuse que dans sa vie sociale et professionnelle. Anti-héros mou, il se laisse porter par les événements. Loin d’être un homme d’action, Frédéric Moreau est apathique, indécis. Côté amoureux, il hésite entre plusieurs femmes, attendant une ouverture qui ne vient que tardivement. Du type romantique contemplatif, il se complaît dans un amour impossible. Il est par ailleurs peu fidèle en amitié.

Frédéric est aussi un spectateur passif de son époque. Il est peu impliqué dans les mouvements politiques et peu prompt à prendre l’initiative. Mais il demeure attentif à la manière dont il pourrait tirer parti de la situation. L’époque connaît en effet des bouleversement sociaux et politiques importants avec la Monarchie de Juillet, la révolution de 1848, la Seconde République et les prémices du Second Empire. C’est là le côté réaliste du roman avec un portrait des différentes protagonistes au sein de la population parisienne de l’époque : les petits bourgeois, les révolutionnaires, les bourgeois capitalistes, les marchands, les royalistes, les courtisanes, les acteurs etc. L’éducation sentimentale est aussi une description d’une époque mouvementée au niveau politique : la révolution de 1848, les journées de juin, le coup d’État du 2 décembre 1851.

Gustave Flaubert signe avec l’éducation sentimentale un livre riche et plaisant à lire. Et ceci en dépit (ou à cause) d’un personnage principal détestable. La description réussie d’une époque passionnante d’un point de vue historique explique aussi mon intérêt pour ce roman.

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