Ginette Kolinka – Une famille française dans l’Histoire, Philippe Dana

Ginette Kolinka est une femme de 90 ans. A l’âge de 19 ans, elle a été déportée dans le camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau.

Ginette Kolinka - Philippe Dana

Philippe Dana était resté pour moi le présentateur de « ça cartoon », l’émission de dessins animés de Canal+ que certains d’entre vous ont peut-être connue comme moi pendant leur enfance. Quelle surprise de le retrouver auteur ! Avec ce livre Philippe Dana dresse le portrait d’une époque. Tout d’abord l’enfance de la jeune Ginette Cherkasky dans le Paris de l’entre deux-guerre. Entre le progrès social du Front Populaire et la montée de l’extrême-droite, c’est bientôt la Seconde Guerre Mondiale. Avec la défaite rapide de la France et la mise en place du gouvernement de Vichy arrivent des interdictions successives pour les Juifs, puis le port obligatoire de l’étoile jaune. La famille de Ginette parvient à fuir Paris et à atteindre la zone libre, non occupée par les Allemands. Jusqu’à la dénonciation qui conduira Ginette, avec plusieurs membres de sa famille à la prison des Baumettes, puis Drancy avant d’être mise dans un convoi ferroviaire à destination d’Auschwitz-Birkenau. Le récit de ces longs mois à côtoyer la mort tout en se retrouvant dépouillée de son humanité est tout simplement poignant et révoltant à lire.

Le récit que Philippe Dana a recueilli auprès de Ginette Kolinka constitue un témoignage essentiel des rares personnes qui ont survécu aux camps et aussi au temps qui passe. C’est une prise de conscience indispensable à l’heure où certains continuent à nier ou à minimiser ce processus de mort industrialisée et à l’heure où les discours d’extrême-droite connaissent un regain en France, dans plusieurs pays européens, aux Etats-Unis et en Russie.

Je reprocherais juste au récit quelques digressions sur la vie du célèbre fils de Ginette Kolinka. En effet elle est la maman de Richard Kolinka, le batteur du groupe Téléphone (aujourd’hui actif sous le nom Les Insus). Cela fait bien évidemment partie de la biographie de Ginette Kolinka mais j’ai senti un décalage avec le reste du roman.

Ginette Kolinka, une famille française dans l’Histoire est un roman que je n’ai pas lâché. J’en recommande la lecture. Merci Ginette Kolinka. Merci Philippe Dana.

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Pélagie-la-Charrette, Antonine Maillet

Ce livre a été écrit par Antonine Maillet, une auteur (ou plutôt auteure comme on aime à l’écrire ici) canadienne mais avant tout acadienne. J’ai appris dans la préface que ce livre a reçu le prix Goncourt en 1979. C’est le premier Goncourt que je lis il me semble. Et parlant de première, Pélagie-la-Charrette est le premier roman étranger à avoir reçu le fameux prix littéraire.

Pélagie-la-Charrette est le nom de l’héroïne du roman. Elle s’appelle Pélagie. C’est une Acadienne qui a subi le Grand Dérangement de 1755. Déportée en Géorgie, elle entreprend 15 ans plus tard de retrouver son Acadie natale, située à quelques milliers de kilomètres au nord. Elle emmène avec elle un petit groupe d’Acadiens qui comme elle souhaitent retourner vivre sur la terre de leurs ancêtres. Et comme il n’y avait ni avion ni voiture à l’époque, le voyage va s’effectuer sur des charrettes tirées par des bœufs, d’où le surnom de Pélagie-la-Charrette.
Le petit groupe va grossir, faire des rencontres, passer par des aventures plus ou moins heureuses mais surtout les Acadiens séparés depuis plus de 15 ans vont se retrouver en tant que peuple.

Ce roman m’a fait sortir de mes habitudes à plusieurs titres.

D’abord la langue, le français, celui des Acadiens. Qui plus est des Acadiens du 18ième siècle. C’est tout un défi pour le lecteur français contemporain : que peuvent bien vouloir dire des mots comme basir, dumeshui, hucher, maçoune ? En plus des mots, ce sont les tournures de phrase qui sont peu familières. Le français de l’Acadie est lui-même différent du français parlé au Québec. J’ai eu un peu de mal à accrocher au début car j’ai été déstabilisé par le texte. Mais j’ai compris le sens des mots suivant le contexte et je me suis ensuite laissé porter par le récit.

Ensuite ce qui m’a plu c’est l’Histoire, avec un grand H celle-là. Celle qu’on a oubliée en France et qu’on n’enseigne pas. Celle de la présence française en Amérique du Nord et celle des peuples francophones d’Amérique. Le roman nous fait connaître le triste sort des Acadiens, déportés de leurs terres par les troupes du roi d’Angleterre. On y croise aussi les Américains qui n’aiment pas vraiment les Acadiens catholiques, en particulier les protestants de Boston qui ont disputé aux Acadiens les eaux poissonneuses de l’Atlantique au large du Maine et de la Nouvelle-Écosse. Comme le retour au pays dure quelques années (ben oui la charrette c’est pas une fusée), on voit également en trame de fond la vie aux Etats-Unis à l’époque avec ses marchés aux esclaves dans le sud, la nouvelle qui se répand de la Boston Tea Party et de la proclamation de l’indépendance américaine à Philadelphie. Mais aussi la rivalité avec les Anglais et les relations avec ceux qu’on n’appelle pas encore les Amérindiens mais les Sauvages.

Enfin et surtout le périple des hommes et des femmes décrit dans ce livre est passionnant. On fait connaissance avec une communauté tricotée serrée avec ses coutumes, ses croyances. Les personnages réellement attachants. C’est un plaisir de les suivre.

Si vous avez le goût d’être dépaysé, lisez Pélagie-la-Charrette. C’est un beau voyage qui vous attend.


Ma note : 5/5.