The year of magical thinking, Joan Didion

Joan Didion est une journaliste américaine renommée. Elle a publié plusieurs ouvrages. Voici l’un d’entre eux sur un sujet particulièrement sensible, The year of magical thinking.

The year of magical thinking - Joan Didion

Ce que je pensais être au départ un roman est en fait un ouvrage qu’on peut apparenter à des mémoires. Joan Didion partage ici une tranche de vie particulière. Elle raconte les mois qui ont suivi le décès soudain de son mari John peu de temps après Noël. Ce drame intervient alors que sa fille Quintana est hospitalisée pour une maladie très sérieuse, quelques mois à peine après son mariage. The year of magical thinking (L’année de la pensée magique dans sa version française) est le récit de cette année difficile qui a suivi le décès de son mari. Le titre fait référence en anglais au fait de prendre ses désirs pour des réalités, à défaut d’une meilleure traduction. Concernant un décès, on veut croire que ce n’est pas vrai.

Joan Didion propose avec ce livre une réflexion sur le deuil. Le livre n’est pas réellement structuré, il suit les pensées évidemment décousues de Joan Didion alors qu’elle se débat avec le deuil et les problèmes de santé de sa fille. Elle témoigne du fait que le deuil n’est pas un processus linéaire. C’est un parcours sinueux, révélé par une narration non chronologique, et qu’il n’y a pas de guérison. Le récit honnête de la journaliste américaine est poignant. Elle revit les moments difficiles, analyse a posteriori ces moments et les différentes étapes de leur vie avec son mari et sa fille. Au fur et à mesure du temps qui passe, elle redonne sens à des conversations et des moments passés ensemble. Joan Didion se livre totalement. La transparence va jusque dans les moments où son esprit s’égare et refuse la mort de John.

Appréhender cette réalité soudaine est au cœur du processus de deuil. Le fait d’avoir lu ce livre en anglais m’a fait prendre conscience d’une nuance qui existe dans la langue anglaise et à ma connaissance pas en français. L’anglais fait en effet la différence entre grief, qu’on peut résumer comme étant la réaction émotionnelle suite au décès d’un proche, et mourning, un processus du deuil plus long qui consiste à s’adapter au changement induit par le décès.

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L’énigme du retour, Dany Laferrière

J’ai déjà parlé ici des livres de Dany Laferrière à plusieurs reprises. J’ai acheté L’énigme du retour peu de temps après sa sortie quand je vivais à Montréal et je l’ai emmené dans mes bagages sans l’avoir ouvert jusqu’à maintenant. Je ne sais pas dire exactement pourquoi. La peur d’être déçu par un livre acclamé par la critique et les lecteurs (L’énigme du retour a remporté le prix Medicis en 2009, le grand prix de la ville de Montréal la même année ainsi que le prix des libraires du Québec en 2010) ? La réticence d’aborder le thème du retour au pays alors que je faisais moi-même un retour en France ? Sans doute de mauvaises raisons qui ne valent plus en 2014 et qui font que j’ai entrepris la lecture de ce roman.

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Le narrateur de ce roman autofictionnel est de retour en Haïti après 35 ans d’exil. Ce retour au pays natal est déclenché le décès de son père qui vivait lui aussi en exil mais à New-York. Le narrateur va annoncer ce décès à sa mère restée au pays. Plusieurs décennie d’exil ont modifié sa personnalité : d’Haïtien pur sucre, il est devenu par la force des choses habitué à la vie dans le froid de l’hiver québécois. ce retour au pays est l’occasion d’une redécouverte de son pays, de son enfance et de ce qui l’a façonné comme adulte.

Ce livre n’est pas tout à fait un roman. C’est une autofiction qui pourrait mériter qu’on la considère comme un épisode autobiographique. L’énigme du retour tient aussi de la poésie : il est émaillé de nombreux haïkus qui donnent un relief additionnel et une musicalité propre  à un ouvrage déjà riche en sensations et en couleurs.

Dany Laferrière propose avec ce livre  une réflexion sur Haïti, sur ce que ce pays a été et ce qu’il est devenu. Le temps passe mais les choses ne changent pas pour un peuple haïtien vivant dans la pauvreté avec un exode rural toujours plus fort et des villes contrôlées par des bandes armées. La riche culture haïtienne est elle aussi toujours là, c’est un repère pour ce narrateur qui confronte ses souvenirs à la réalité d’Haïti aujourd’hui. Quelle est son identité auprès des siens après des décennies d’exil où il a vécu des choses très différentes de ceux qui sont restés ?

La beauté et la qualité de l’énigme du retour réside dans le fait qu’on lit un parcours très personnel qui est de fait très éloigné de ce que n’importe quel lecteur peut bien vivre. Et pourtant ce récit possède une porté universelle car les questionnements qu’il propose sur l’identité, l’enfance, la relation à la famille… tout cela vient toucher le lecteur dans sa personne. Il suffit de se laisser porter et de savourer lentement le beau texte de Dany Laferrière. Je recommande chaudement, évidemment.

 

Les autres livres de Dany Laferrière mentionnés sur ce blogue :

A heartbreaking work of staggering genius, Dave Eggers

J’ai connu Dave Eggers par la préface d’Infinite Jest qu’il a signée dans l’édition que j’ai lue. Il y proposait un texte intéressant sur ce qui fait la particularité de ce roman fleuve de David Foster Wallace : un roman exigeant pour le lecteur.

Heartbreaking Work Staggering Genius Dave Eggers

Dave Eggers est lui-même un auteur à succès. Son livre A heartbreaking work of staggering genius a été un best seller au début des années 2000 aux Etats-Unis. Classé dans la catégorie non fiction lors de sa publication, ce livre au titre improbable se révèle selon Dave Eggers lui-même être une autobiographie romancée. Bien que dès la préface et à plusieurs reprises dans le roman Dave Eggers abatte le quatrième mur, il admet avoir romancé certaines parties du livre. C’est pourquoi je préfère le classer dans la catégorie littérature américaine.

Le narrateur a la jeune vingtaine quand son père et sa mère décèdent à quelques semaines d’intervalle seulement. Ils sont tous les deux victimes du cancer. Le narrateur, Dave Eggers lui-même car c’est son histoire, se retrouve avec sa sœur en charge de Toph, leur jeune frère de 8 ans. Le début du livre est consacré aux derniers jours passés avec sa mère. Le récit se déporte ensuite quelques semaines plus tard à San Francisco où tous les trois ont déménagé suite au décès de leurs parents. Le narrateur se retrouve avoir des responsabilités de père vis-à-vis de son jeune frère. Comment endosser ce rôle tout nouveau pour lui et comment repartir du bon pied après la perte de ses parents ?

Si vous aimez les livres sans direction précise, A heartbreaking work of staggering genius est fait pour vous. Ça foisonne dans tous les sens au fur et à mesure des réflexions du narrateur. Le problème pour moi est que ce narrateur ne m’est pas apparu comme franchement sympathique. C’est un mou qui se dévalorise dans son rôle de parent et dans son rôle d’entrepreneur. Le tout donne un ton plutôt geignard au livre, à la manière d’un enfant gâté. C’est paradoxal alors qu’il vient de perdre ses parents, il n’a suscité que peu de pitié. En fait, j’ai rapidement lâché prise à la lecture de ce livre. Je l’ai lu jusqu’au bout mais ce qui m’a perturbé est que subitement, on passe de la chambre d’hôpital de sa mère à leur vie quelques semaines/mois plus tard à San Francisco. On apprend en effet qu’ils ont quitté leur vie près de Chicago pour s’installer sur la Côte Ouest. Je retiens tout de même quelques passages amusants quand le narrateur évoque ses craintes et réflexions sur les risques à laisser Toph sous la responsabilité d’un babysitter. Mis à part ça, j’ai trouvé que le superficiel est érigé en matière première du roman et malheureusement, ça tombe à plat. Bref ça n’a pas fonctionné pour moi. Au cas où pour ceux que ça intéresse, ce livre a été traduit en français sous le titre Une œuvre déchirante d’un génie renversant.