Les corpuscules de Krause, Sandra Gordon

Notre dernière recrue de l’année 2010 est Sandra Gordon avec son premier roman, les corpuscules de Krause. Je vous invite à aller consulter le numéro de décembre que tous les collaborateurs de la recrue du mois ont contribué à bâtir pour vous offrir une couverture toujours plus large des premières œuvres littéraires made in Québec.

Lucie, 24 ans, fuit Montréal et un amant qui abuse d’elle. Une panne de voiture la force à s’arrêter dans un village des Laurentides. Village où elle va s’installer plus durablement que prévu et faire la connaissance de ses habitants tout en essayant de se rebâtir une santé.

C’est devenu une tendance depuis plusieurs mois : les éditeurs québécois vont puiser de nouveaux auteurs chez les blogueurs. Parmi ceux qu’on a lu récemment à La Recrue du Mois, on pensera à Daniel Rondeau et Patrick Dion. Mais aussi Caroline Allard (prise 1 et prise 2) et Pierre-Léon Lalonde. Sandra Gordon, notre recrue, tient elle aussi un blogue. Et on comprend la décision d’un éditeur (Leméac en l’occurrence) d’avoir parié sur elle en publiant Les corpuscules de Krause.

Si je dois retenir une chose de ma lecture, c’est l’écriture de Sandra Gordon : proche du langage parlé, elle est percutante. Tout ce qu’il faut pour capter et garder l’attention du lecteur. Il y a une volonté chez elle de dire les choses directement, particulièrement avec des thèmes comme le sexe, la violence et les confrontations musclées entre plusieurs personnages. Autant dire que si vous n’êtes pas à l’aise avec le fait qu’on vous colle les yeux sur des choses dérangeantes, ce roman n’est pas fait pour vous.

La trame du roman passe elle au second plan derrière ce style détonant. À tel point que j’ai trouvé le récit confus par moment. Il faut parfois lire entre les lignes pour garder le fil. Cette impression de confusion vient du fait que Sandra Gordon ne révèle certains aspects du roman que par bribes. À la fin du roman, ces fragments mis bout à bout donnent une certaine cohérence à l’ensemble, encore que plusieurs aspects demeurent nébuleux : la raison du départ de Benne et ce meurtre qui sort un peu de nulle part.

Le personnage principal est attachant. On sent chez Lucie une détresse qui fait mal. Amochée par la vie, on lui souhaite de se rebâtir une santé et un ego pour repartir de plus belle. Mais ce sera très difficile étant donné les drôles d’oiseaux qui lui tournent autour. La gente masculine en prend pour son grade dans ce roman. Entre un obsédé sexuel, un profiteur, un handicapé des émotions, un malade mental et un alcoolique compulsif et meurtrier, le salut de Lucie ne passera pas par les hommes.

Dernier point : j’ai trouvé génial le fait que ose Sandra Gordon fasse un gros clin d’œil au lecteur dans son livre. Elle y fait en effet un caméo pour le moins original. Je n’en dis pas plus, je vous laisse la surprise.

Publié chez Leméac.

J’écris parce que je chante mal, Daniel Rondeau

La Recrue du mois de mai est Daniel Rondeau avec son premier ouvrage de fiction : J’écris parce que je chante mal.

Daniel Rondeau tient un blogue lui aussi intitulé J’écris parce que je chante mal. Il a suivi l’itinéraire tracé par les blogueurs québécois Caroline Allard alias Mère Indigne (tome 1 et tome 2) et Pierre-Léon Lalonde (Un taxi la nuit) qui ont vu leurs écrits publiés par la maison d’édition Septentrion. Et à la lecture de J’écris parce que je chante mal, il faut reconnaître que Septentrion a un certain talent pour dénicher les blogueurs talentueux.

Dans ce livre format de poche (très pratique dans les transports, je l’ai testé pour vous), se trouvent des dizaines d’histoires courtes. On ne peut pas vraiment parler d’un recueil de nouvelles car certains de ces textes sont très courts, moins d’une page. Aucun lien entre les histoire si ce n’est qu’il s’agit d’instantanés dans la vie d’individus ou de réflexions sur des trajectoires personnelles. C’est un peu déstabilisant comme style car au début je ne savais pas du tout à quoi m’attendre (je ne connaissais pas le blogue de Daniel Rondeau) et je cherchais en vain une continuité d’un texte à l’autre.

Si vous aussi vous imaginez régulièrement ce que peut être la vie de ces anonymes que vous croisez dans la rue, dans le bus ou dans le métro, et bien Daniel Rondeau lui le fait et l’écrit. Avec J’écris parce que je chante mal, Daniel Rondeau porte un regard intéressant sur le quotidien, l’amour, le couple, la paternité. Bref sur la vie. Nous avons là affaire à un auteur possédant une finesse indéniable dans son écriture. Son penchant pour le minimalisme ne l’empêche pas de parvenir à entraîner le lecteur en quelques mots seulement dans un univers bien précis. Ajouté à une bonne dose d’humour mâtiné d’une maturité certaine, c’est le signe que Daniel Rondeau maîtrise son art.

C’est un plaisir de lire et savourer ses textes. Maintenant, j’aimerais voir ce que Daniel Rondeau produirait sur un format plus long.