L’enfant tombée des rêves, Marie Charrel

L’enfant tombée des rêves est le deuxième roman de Marie Charrel.

Lenfant tombee des reves Marie Charrel

Emilie, 12 ans, a peint un tableau avec un personnage qui tombe d’un balcon. La vue de ce tableau a provoqué chez son père une réaction inattendue. Dès lors, Emilie va se poser de nombreuses questions sur sa famille.

L’enfant tombée des rêves est le questionnement d’une jeune adolescente sur la famille. Mais ne vous y trompez pas, cette interrogation dépasse le cadre de l’adolescence et souligne l’importance de savoir qui on est et d’où on vient car adulte comme enfant, nos racines nous aident à nous définir.

Le récit est très bien mené par Marie Charrel. Il comporte tout ce qu’il faut de suspense pour que le lecteur ait envie de savoir comment tout cela se termine. Bon il est vrai qu’au fur et à mesure du roman, on devine ce vers quoi on se dirige. Il n’y a pas de véritable surprise mais il reste que je n’ai pas lâché ce roman et que j’ai eu en permanence envie de tourner les pages pour avancer dans l’histoire.

Il est délicat de choisir comme narratrice une adolescente de 12 ans, c’est un exercice qui est délicat (comme je l’ai déjà constaté ici et ) mais il s’agit d’une réussite dans le cas présent : le personnage est réaliste, pas caricatural et possède une certaine maturité émotionnelle. C’est une figure attachante car curieuse et ouverte sur le monde. Je suis d’ailleurs absolument fan de son obsession du vocabulaire des synesthésies qu’elle vit lorsqu’elle décrit ce que différents mots lui évoquent.

J’ai trouvé amusant de placer le récit dans les années 90, ça me parle car je fais partie de cette génération (le grunge au collège). C’est un bon point d’avoir su décrire le malaise des années de collège, les effets de groupe, les différences entre les élèves populaires et ceux qui sont à part.

L’enfant tombée des rêves est un roman bien construit et possède un bon rythme grâce aux parties consacrées à Robert, cet homme mystérieux qui s’est exilé en Islande. Ces parenthèses, qui sont évidemment liées à l’histoire d’Emilie, permettent de faire respirer le récit. Et, cerise sur le gâteau, on s’instruit à la lecture du livre de Marie Charrel car elle place astucieusement des informations sur l’Islande, sa géographie, son histoire et les légendes du peuple islandais.

Un roman à lire pour un bon moment de lecture.

Publicités

Vol de nuit, Antoine de Saint-Exupéry

Je poursuis la relecture des romans de ma jeunesse avec Vol de nuit d’Antoine de Saint-Exupéry. Tout comme Pêcheur d’Islande, c’est un livre que j’ai étudié au collège dans le cadre d’un cours de français mais j’avoue humblement ne plus avoir de souvenirs de ce roman. La faute sans doute au côté obligatoire des lectures scolaires.

Vol de nuit

L’action de Vol de nuit se passe à Buenos Aires en Argentine, là où est basée la compagnie chargée de centraliser le courrier de toute l’Amérique du Sud avant de l’envoyer en Europe. Les trajets se font en avion de nuit à une époque où il était rare que les avions circulent de nuit. Mais l’aviation étant en concurrence avec le bateau et le train pour l’acheminement du courrier, les aviateurs n’ont pas le choix et doivent se lancer dans les vols de nuit. Le roman suit la vie des pilotes et celle de Rivière, leur responsable.

Rivière est le responsable des pilotes mais surtout le responsable de l’acheminement du courrier. Vol de nuit est en effet un roman sur la responsabilité. Rivière sait qu’il n’a pas à se faire aimer de ses pilotes. Il doit être intransigeant avec eux, parfois même injuste, pour leur faire comprendre que l’enjeu de leur travail dépasse largement leurs problématiques individuelles. Rivière est un bâtisseur. C’est sur ses épaules que repose l’avenir des lignes aériennes de nuit.

Les pilotes sont des pionniers qui explorent des territoires nouveaux. Saint-Exupéry les compare à des navigateurs. Ils naviguent en effet entre les tempêtes guidés par leur expérience et leurs instruments de vols. Ils sont reliés au sol par la radio qui leur transmet les conditions météo à chaque étape de leur parcours. Il n’y a pas de place pour le doute dans leur entreprise.Ils doivent oublier leur propre personne afin de construire des routes nouvelles. On est dans le dépassement de soi. Les moments de tension sont rendus dans des mots simples. Antoine de Saint-Exupéry, fort de son métier de pilote d’avion, sait décrire les enjeux et les crispations propres à ces hommes. Il ne tombe pas dans la technique ou la grandiloquence. Son style est sobre et vulgarise très bien les différents maillons de la chaîne humaine qui rend possible l’acheminement du courrier.

Vol de nuit est donc un roman sur la responsabilité et le dépassement de soi. Il est essentiel de le lire ou de le relire à une époque où l’individualisme domine et où les grandes causes ne sont pas au centre des préoccupations humaines. En fait, peu importe quand on le lit, le propos de Vol de nuit est intemporel. C’est un classique.

Pêcheur d’Islande, Pierre Loti

Je pense que Pêcheur d’Islande de Pierre Loti a été un des premiers livres que j’ai étudié en cours de français au collège. Ca remonte donc à plus de 20 ans ! Et il ne m’en restait malheureusement aucun souvenir. C’est pourquoi je l’ai ressorti de ma bibliothèque.

Pêcheur d'Islande

Pêcheur d’Islande raconte la vie des marins de Paimpol et sa région. Ceux-ci se lançaient dans des campagnes de pêche de plusieurs mois au large de l’Islande pour pêcher des morues. Ces campagnes duraient tout le printemps et l’été. Pêcheur d’Islande comporte plusieurs personnages principaux. Les deux premiers sont des pêcheurs : Yann et Sylvestre sont deux jeunes hommes embauchés à bord de la Marie, un navire de pêche. Yann est un éternel célibataire. Sylvestre termine lui sa dernière campagne de pêche avant de rejoindre la Marine Nationale pour 5 ans de service militaire. Le troisième personnage central dans le roman est Gaud, une jeune femme amoureuse de Yann. Elle se languit de ce grand gaillard qui demeure insensible.

Pêcheur d’Islande est une histoire d’amour et de souffrance. Il y a d’abord l’amour de Gaud pour Yann qui n’est pas réciproque mais aussi l’amour maternel de la grand-mère Moan pour Sylvestre, son unique petit-fils, alors que celui-ci doit la quitter pour son service militaire. La souffrance c’est celle de la pêche car la vie sur le bateau est dure. C’est aussi la dureté de la vie de militaire, surtout dans le cadre d’une guerre de colonisation à des milliers de kilomètres de la Bretagne natale de Sylvestre.

Publié à la toute fin du 19ème siècle, Pêcheur d’Islande est un roman dans la veine naturaliste. Pierre Loti y est très précis dans sa description du quotidien des pêcheurs lors de ces nuits au large de l’Islande alors que le soleil ne se couche pas. Il décrit la vie sur le bateau, quand les hommes enchaînent les quarts de pêche pendant de longues heures sans dormir. Il souligne les dangers de la mer : chaque saison des bateaux et leurs équipages disparaissent dans les eaux islandaises. Pierre Loti raconte aussi le retour des pêcheurs à terre pour l’hiver. Il est très précis dans la toponymie de la région de Paimpol. Il relate aussi la vie des femmes en été quand les hommes sont absents des maisons. Ce sont elles qui ont la gestion de l’argent gagné par les marins. Pierre Loti puise dans son expérience dans la marine nationale pour relater le parcours de Sylvestre dans l’armée. Le parcours qu’il emprunte pour se rendre en Asie est bien connu de l’auteur.
Même si Pêcheur d’Islande n’est pas aussi poussé que ce qu’a fait Zola en matière de roman naturaliste (Pêcheur d’Islande a d’ailleurs été publié la même année que Germinal), Pierre Loti a tout de même rendu compte avec ce roman de l’univers des marins bretons et a contribué à créer la légende autour de la vie de ces pêcheurs.

Je ne comprends pas mon absence de souvenirs pour ce livre car il comporte plusieurs passages qui auraient pu marquer le jeune lecteur que j’étais. Mais je comprends aujourd’hui le statut de classique de Pêcheur d’Islande tant le roman est riche.