10 ans de blog littéraire : les livres que vous n’avez pas lus (et on ne peut pas vous en vouloir)

Alors que vous avez plébiscité certains livres au cours des 10 dernières années, vous avez totalement délaissé certains autres. J’ai donc exhumé plusieurs billets du fin fond du blog. Je comprends que certains ouvrages n’aient pas trouvé beaucoup d’écho de votre part. Petit florilège.

Livres pas lus France

Game of thrones de George R. R. Martin (tomes 1, 2, 3 et 4) : j’ai lu 4 tomes en anglais de cette désormais fameuse saga de George R. R. Martin. Ils se trouvent en fond de la liste des articles les plus consultés. Je vous comprends. Vous avez entendu parler de Game of Thrones à toutes les sauces ces 5 dernières années, d’où une certaine lassitude. Ou alors vous vous êtes dit : « pourquoi vous embêter à vous intéresser aux livres quand la série est déjà très qualitative et assez complète ? »

A heartbreaking work of staggering genius de Dave Eggers : là aussi un roman lu en anglais qui n’est pas dans mes billets les plus consultés. Vous n’auriez pas un peu du mal avec les romans en version originale ? Bon dans ce cas-ci, je vous pardonne. Malgré tout ce que j’ai pu lire d’élogieux dans les médias anglo-saxons à propos de Dave Eggers, j’ai été déçu par ce roman globalement geignard et superficiel.

La convocation de Herta Müller : Herta Müller a obtenu le prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son oeuvre. Et pourtant vous n’avez pas été nombreux à lire ce billet. Pas d’excuse de la version originale (mon allemand est lamentable), je l’ai lu en français. Mais j’admets que le thème de la délation dans la Roumanie communiste n’est pas le plus joyeux de tous.

Une semaine de vacances de Christine Angot : là aussi le sujet du roman de Christine Angot est dur avec des scènes de perversion insupportables et une ambiance très pesante. C’est un roman qui de par son sujet ne s’adresse pas au plus grand nombre.

Le récital de Nicolas Gilbert : il s’agit là d’un roman dont vous n’avez sans doute pas entendu parler mais il est important pour moi. C’est le premier roman que j’ai chroniqué pour la Recrue du Mois. Je m’étais mis une certaine pression car c’était la première fois que j’écrivais sur un autre espace que le mien, avec une portée plus large. Et surtout avec des premiers auteurs qui lisent les billets parus sur La Recrue du Mois, voire qui les attendent. Je me souviens d’avoir apprécié ce roman au ton simple qui proposait une découverte du monde de la musique contemporaine.

Et par contre, vous avez boudé injustement certains livres. On s’en parle vite !

Une semaine de vacances, Christine Angot

Christine Angot fait partie de ces auteures françaises que je n’ai pas encore lues, malgré de nombreux articles dans la presse au cours des dernières années. Je fais connaissance avec son oeuvre avec Une semaine de vacances, découvert à la bibliothèque.

Une semaine de vacances, Christine Angot

Dans les années 70, un homme marié est en vacances avec une très jeune femme, beaucoup plus jeune que lui, c’est une adolescente. Elle est vierge. Manipulateur, il « respecte » sa virginité en exigeant d’elles de nombreuses fellations et la force à une relation anale. Il n’est pas intéressé par sa conversation, ce qu’elle désire ou ce qu’elle pense. Elle n’est que l’accessoire de son plaisir. Quand elle ose émettre le début d’une opinion, il se débarrasse d’elle.

En un peu plus de 100 pages, Christine Angot signe un roman à la fois puissant et insupportable. Ecrit sur un ton neutre avec des descriptions presque cliniques, une semaine de vacances démonte les mécanismes de cette relation pédophile, voire incestueuse. L’homme domine totalement la jeune fille. Uniquement centré sur lui-même, il la rabaisse et la manipule pour assouvir ses plaisirs pervers. Il n’y a rien de sexuel dans ce que décrit Christine Angot. Il n’y a aucune ambiguïté possible.

Le sujet du roman est choquant, dégueulasse même. On peut évidemment débattre de la nécessité d’aller aussi loin dans la littérature, d’aborder de tels sujets. Une semaine de vacances est en effet un roman qui ne peut pas laisser insensible. Il choquera évidemment de nombreux lecteurs qui trouveront que le sordide n’a pas sa place dans la littérature. Je suis plutôt de ceux qui pensent que la pudeur et l’auto-censure n’ont pas leur place dans la création littéraire. Oui je me suis senti mal à l’aise à la lecture d’une semaine de vacances (ce qui est plutôt sain). Mais si j’en restais à mon petit confort de lecteur, j’aurais l’impression de ne pas évoluer intellectuellement. Il faut de temps en temps se frotter à des propos qui dérangent.