Demain, j’ai rendez-vous avec Bob Dylan, Dora Breitman

Dora Breitman publie un premier roman avec Demain, j’ai rendez-vous avec Bob Dylan.

La narratrice, Juliette, est une trentenaire récemment divorcée qui raconte sa passion pour Bob Dylan et son engagement dans une association du Marais, le quartier de Paris où elle vit. Après une rencontre avortée avec Bob Dylan, elle narre son quotidien avec ses amies, la communauté juive et les membres de son association. Entre deux mésaventures, elle recherche l’amour sans trop vouloir y croire.

demain j'ai rendez-vous avec Bob Dylan, Dora Breitman

Demain, j’ai rendez-vous avec Bob Dylan est un roman de chick lit. Le récit est en effet dans les codes du genre. Le ton léger et volontiers plein d’autodérision de la narratrice permet de décrire la vie d’une célibataire avec beaucoup d’amis. Elle partage ses passions et mène ses combats tout en cherchant l’amour. Si le sujet du roman n’est pas très original, Dora Breitman a tout de même choisi de situer l’action de son roman dans la communauté juive du Marais. L’auteure propose en effet au lecteur de faire connaissance avec les juifs ashkénazes, les juifs séfarades et les juifs orthodoxes. En toile de fond de ce quartier, on retrouve les souvenirs de l’immigration des aïeux et celui plus douloureux de la Rafle et de la déportation dans les camps de concentration. Dora Breitman émaille le texte de termes propres à la religion juive et à la communauté juive (en yiddish et en arabe pour respecter la parité ashkénazes et séfarades). Un glossaire qui définit les principaux termes est disponible en fin d’ouvrage. Il faut aussi souligner que contrairement à beaucoup de romans du genre, les personnages du roman ne sont pas caricaturaux. Juliette n’est pas une jeune écervelée naïve. C’est une femme mâture dans sa tête. Et Lilli, sa meilleure amie, bien que nettement plus délurée que le personnage principal, est tout à fait crédible. Les personnages secondaires sont eux présents pour servir les différents moments du récit mais Dora Breitman n’a pas eu besoin ni de forcer le trait ni de les enfermer dans des stéréotypes.

Toutefois, Juliette la narratrice étant une personne qui passe du coq à l’âne, sa personnalité est rendue dans un style d’écriture que j’ai trouvé confus. Il y a beaucoup de détails qui ne servent pas le récit. J’en suis même arrivé à me demander ce que voulait nous dire Dora Breitman, où elle voulait emmener son lecteur. Par ailleurs, je dois avouer que la passion pour Bob Dylan de la narratrice et, on le devine, de l’auteure, n’est pas vraiment communicative. Je ne suis certes pas aidé par le fait que je ne connaisse pas l’œuvre de Dylan. Mais le chanteur américain est tout de même le prétexte du roman et malgré le fait que tout le monde dans le roman semble lui vouer une passion qui dépasse parfois l’entendement, cet amour pour Bob Dylan n’est ni expliqué ni vraiment partagé avec le lecteur et c’est dommage.

Lecture légère, Demain, j’ai rendez-vous avec Bob Dylan est destiné aux amateurs de chick-lit qui veulent découvrir un nouvel univers.

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La saison froide, Catherine Lafrance

Catherine Lafrance est la recrue du mois de mars avec son premier roman La saison froide.

Après avoir rompu avec l’homme qu’elle aime mais qui ne veut pas quitter sa femme, la narratrice décide de quitter Montréal pour vivre une nouvelle aventure professionnelle à Yellowknife, la capitale des Territoires du Nord-Ouest. Elle traverse le Canada en voiture pour s’établir dans une ville où elle ne connaît personne et où le mode de vie diffère beaucoup de celui de Montréal.

D’une histoire assez banale (une rupture amoureuse), Catherine Lafrance tire un roman intéressant. Quitte à frôler parfois le mélodrame façon chick lit, l’auteure nous propose un double voyage : celui de l’expatriation dans un endroit inhabituel et celui, plus intérieur, de la narratrice qui mûrit au fur et à mesure des épreuves qui se mettent en travers de son chemin.

J’ai apprécié de me sentir dépaysé dans ma lecture avec la découverte du Nord, celui de Yellowknife avec ses contraintes météo (froid extrême et ensoleillement quasi nul en hiver), avec son mode de vie particulier et sa population mi blanche mi autochtone. Ce Nord difficile à comprendre pour ceux qui viennent du Sud représente un rite de passage vers la maturité pour la narratrice. Les remises en question et les épreuves se suivent mais lui permettent de devenir plus forte. Catherine Lafrance propose aussi un éclairage sur des sujets d’actualités propres à cette région : l’alcoolisme, l’immigration économique des gens du Sud ou encore le scandale des pensionnats indiens du Canada où les enfants autochtones devaient abandonner leur culture pour s’européaniser.
La saison froide est habilement écrit : l’alternance entre les passages au passé et ceux au présent donne du rythme au roman. Je l’ai lu avec intérêt, voulant remettre dans l’ordre les différentes choses qui se passent dans la vie du personnage principal. Catherine Lafrance sait véritablement créer un suspense pour tenir le lecteur en haleine.

L’amour des maîtres, Mélissa Grégoire

Mélissa Grégoire publie son premier roman : L’amour des maîtres. Elle est la recrue du mois de décembre 2011.

Agnès, la narratrice, est une jeune femme naïve. Elle vit à la campagne avec des parents sans ambition qui ne comprennent pas son désir d’aller étudier la littérature à l’université. Ce départ vers la grande ville est un début d’affranchissement vis-à-vis d’une mère contrôlante mais aussi la naissance d’une dépendance envers un professeur de littérature charismatique. Avec l’amour des maîtres, Mélissa Grégoire traite d’un sujet fort intéressant : quand l’admiration pour un professeur peut se transformer en amour. Ne vous méprenez pas, on n’est pas dans la chick lit mais plutôt dans le roman d’apprentissage. Agnès se construit par rapport à des professeurs qui lui font découvrir tout un monde de possibilités quand en face d’elle se dresse le spectre d’une vie d’ouvrière à l’usine. La littérature est dans l’amour des maîtres le moyen d’échapper à l’atavisme familial.

Mélissa Grégoire signe ici un premier roman qui décrit les professeurs comme des êtres ambivalents, tantôt libérateurs, tantôt manipulateurs. Pas évident pour une jeune étudiante de démasquer le vrai du faux dans le comportement de ces enseignants. Il est question de la complexité du désir à travers le personnage d’Agnès. Elle admire ses professeurs, des hommes qui font office de figures paternelles. Elle se freine dans ses pulsions et, quand elle passe à l’acte, c’est pour se soumettre au bon vouloir de son professeur. Alors qu’il serait facile de poser un jugement sur Agnès, son parcours est livré sans ton moralisateur, comme pour souligner l’importance de faire ses propres erreurs afin de mûrir.

Le récit comporte de nombreuses références littéraires. Il est toujours risqué de procéder ainsi et de citer des titres de livres et des noms d’auteurs car cela peut agacer le lecteur, surtout celui qui n’est pas un littéraire dans l’âme. Mais Mélissa Grégoire le fait intelligemment et cela donne envie de découvrir les écrivains et philosophes mentionnés.

J’apprécie la profondeur dans les différents thèmes traités dans ce roman. L’auteure fait passer ses messages avec une histoire qui se lit avec attention. L’amour des maîtres est en ce sens une réussite.

La Dévorante, Lynda Dion

La Recrue du mois de mai est Lynda Dion avec son premier roman La Dévorante.

La littérature ne s’intéresse guère à la vie amoureuse des femmes cinquantenaires. C’est donc un premier roman original par sa thématique qui nous proposé par Lynda Dion.

La narratrice, cinquantenaire vivant à Sherbrooke, exprime sans détour son désir d’être aimée, à la fois du point de vue émotionnel et du point de vue sexuel. Cette faim est d’autant plus insupportable qu’elle se manifeste alors que la narratrice est plus seule que jamais : sa mère vient de décéder et sa fille avec qui elle vivait vient de quitter le domicile. Elle se décide à partager son logement avec un chambreur. Mais elle continue de se sentir seule. Sa solitude est renforcée par des problèmes de santé inhérents à son âge mais qui la font mettre en parenthèse plusieurs projets. L’immersion dans son quotidien est totale : vous saurez tout sur l’art de la fiche de rencontre sur internet, sur ses inquiétudes sur l’apparence physique, sur ses tergiversations pour déclarer sa flamme et sur ses séjours à Cuba où elle tombe dans les bras d’un jeune Cubain marié à qui elle paie le séjour dans son hôtel tout inclus.

Avec un tel résumé, vous penseriez légitimement avoir affaire à un nouveau roman de chick-lit. C’est loin d’être le cas. J’y vois une chronique très actuelle de la solitude et du vieillissement. Si le propos comporte beaucoup d’observations humoristiques, il se dégage de La Dévorante une certaine profondeur. Le style de Lynda Dion vient justement soutenir cette profondeur. L’absence de ponctuation est certes déroutante au début. Mais cette écriture quasi automatique convient parfaitement au thème du roman. L’enchevêtrement de sensations, d’idées et d’impressions est très bien rendu. Ce tourbillon écrit avec les tripes témoigne d’une grande lucidité sur soi. Alors oui, une prof de français cinquantenaire et éduquée peut vivre des émois de jeune fille et désirer des transports amoureux. C’est même souhaitable !

Publié chez Septentrion.

I hope they serve beer in hell, Tucker Max

Je constate que l’audience de mon blogue de lectures a tendance a diminuer pendant la période estivale. Dans le but de gonfler mes statistiques de visite, je recours à une recette qui a déjà fait ses preuves : parler de sexe.

Qui a dit que l’Amérique était puritaine ? Certainement pas Tucker Max. Il possède un blogue depuis plusieurs années sur lequel il publie les compte-rendus de ses soirées. Le livre est une adaptation du blogue et le livre lui-même est devenu un best-seller aux États-Unis et est en cours d’adaptation au cinéma.

Le livre peut-être résumé en quelques mots clefs : drague, sexe, alcool, insultes, vomi et matière fécales. Âmes sensibles s’abstenir donc ! Tucker Max a un certain talent pour se mettre en scène et partager ses aventures sexuelles et ses soirées de beuverie. Il l’admet lui même au moment de se présenter « Hi my name is Tucker Max and I am an asshole« . Nombreux sont les récits le mettant en scène en train de se saouler avec ses potes et de trouver le meilleur moyen pour coucher avec autant de filles que possible. L’équation alcool + gars en liberté = grabuge et situations cocasses est une fois de plus vérifiée. Si l’enfer existe, Tucker Max a accumulé pas mal de points pour y entrer sans problème. C’est pour ça qu’il espère qu’on y sert de la bière.

On n’a pas là affaire à un grand écrivain, mais il faut admettre que c’est bien raconté et souvent très drôle (les rires gras sont de circonstance). Le public cible de ce livre est bien évidemment masculin. Et certains passages et certaines réflexions ne manqueront pas de fâcher la gente féminine.

Notez tout de même que derrière le personnage fort en gueule et volontiers provocateur, il y a une personne cultivée. Cela transparaît dans les références que Tucker Max parsème dans ses textes. Il a renoncé à une carrière dans le droit pour se consacrer à son personnage de mâle alpha. Coureur de jupons notoire et  joyeux fêtard, il sait tout de même prendre soin de son image publique.

Ce genre de littérature est en train de se faire un nom aux États-Unis. Nommée fratire par le New-York Times, elle constitue un genre littéraire du 21e siècle qui s’adresse aux jeunes hommes dans un style politiquement incorrect et ouvertement masculin (traduction libre de Wikipedia). Ce serait en quelque sorte une réponse, voire une antithèse, à la chick-lit.

N’est-ce pas fascinant de transformer ce billet sur un livre à fort contenu sexuel en un phénomène littéraire complètement novateur ? Comme quoi, il est toujours possible de s’instruire en lisant.

La massothérapeute, Maia Loinaz

C’est le jour de la recrue. Chaque mois, notre équipe partage ses commentaires sur une première œuvre de fiction québécoise. La recrue de septembre est Maia Loinaz avec la Massothérapeute.

La massotherapeute Maia Loinaz

Martine travaille dans un spa comme massothérapeute. Elle ne croit plus en l’amour, surtout depuis que le jeune homme qu’elle voyait l’a brusquement plaquée. Martine déprime et ne peut pas compter sur son travail pour lui redonner espoir. Au contraire c’est elle la thérapeute qui doit aider ses clients à se sentir mieux. Difficile quand tout vous paraît bien sombre. Deux rencontres vont bouleverser le quotidien de Martine. D’abord Philippe, un homme qu’elle trouve séduisant mais qui est aussi un client. Ensuite Lisette une septuagénaire qui refuse de se faire masser mais qui s’épanche sur sa vie familiale.

La massothérapeute est un livre à classer dans la catégorie chick lit, ces livres de fille légers et divertissants. Le roman de Maia Loinaz ne déroge pas aux règles du genre. Le personnage principal est une fille qui se remet en question suite à plusieurs échecs amoureux. Il ya toute une galerie de personnages secondaires prêts à la conseiller dans ses choix. Enfin l’héroïne en ressort grandie ou tout du moins plus expérimentée.

On aime ou on n’aime pas ce style de romans. J’ai souri à plusieurs reprises car la narratrice a un certain talent pour l’autodérision que ce soit envers elle-même ou envers sa profession. J’imagine en effet qu’entendre en permanence de la musique soit disant relaxante peut taper sur les nerfs. Le microcosme du spa et les relations entre les différents collègues de travail sont également bien vus. Certains personnages sont superbes de ridicules, en particulier le collègue orthorexique et sa conjointe tireuse de carte. En revanche j’ai trouvé les ficelles de l’histoire un peu grosses et à la longue l’autodérision se transforme en auto-dévalorisation permanente.

Même si la massothérapeute constitue un moment de lecture assez divertissant, cet ouvrage ne m’a pas réconcilié avec la chick lit, un genre qui ne me séduit pas.

3etoiles