Dérailler, Brigitte L’Archevêque

Dérailler est le premier roman de Brigitte L’Archevêque. Je l’ai lu dans le cadre de ma collaboration avec la recrue du mois.

Derailler - Brigitte Larcheveque

Geneviève est une femme lassée de sa routine quotidienne, en particulier lors des trajets en voiture entre as lointaine banlieue et un travail qui ne lui plaît guère. Un beau jour elle prend à bord de son véhicule une jeune autostoppeuse nommée Emilie. Malgré leur différence d’âge et de milieu social, elles se lient d’amitié. Geneviève accepte une invitation d’Emilie à participer à une soirée dans sa famille un soir de la longue fin de semaine de la fête nationale. Elle découvre alors un univers à de années lumières de sa petite vie tranquille.

Le sujet du roman est la plongée dans un milieu social bien particulier, celui de ceux que l’on nomme les BS au Québec, les bénéficiaires de l’aide sociale nommée Bien-être Social. Geneviève découvre une famille recomposée où les enfants sont laissés à eux-mêmes, mais en apparence seulement. De même, cette famille ne vit pas selon les codes dominants de la société mais cela ne signifie pas pour autant que ses membres soient dépourvus de valeurs. Autre particularité du roman, la personnalité de la narratrice fait d’elle une anti-héroïne. Elle n’est pas franchement sympathique avec des avis très tranchés sur ce qui doit être fait et avec une attitude molle qui la voit tout subir. Descente aux enfers ou prise de conscience, tout dépend du point de vue. Brigitte L’Archevêque ne tranche pas en choisissant comme personnage principal une femme ballottée par la vie.

Dérailler s’avère une critique féroce de la vie de banlieue, de la recherche de la santé à tout va, du manger sain et d’une vie axée autour des activités sportives. Le message de Brigitte L’Archevêque pose ainsi la question du bonheur et de ses multiples définitions.

 

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Sur la 132, Gabriel Anctil

Gabriel Anctil est la recrue du mois de juin avec son premier roman Sur la 132.

Sur la 132 Gabriel Anctil

Trentenaire, Théo est un publicitaire de talent à Montréal. Il vit dans un beau condo sur le Plateau, son salaire s’élève à 200 000 $ par an, il est reconnu par ses pairs, loué par son patron et il a une copine qui l’aime. Mais Théo n’est pas heureux. Il se lève un beau matin incapable de fonctionner et de trouver un sens à sa vie. Sur un coup de tête, il décide de quitter Montréal et sa vie urbaine pour aller s’établir à Trois-Pistoles, prétextant des origines familiales dans le Bas-Saint-Laurent. Installé sur la route 132, il se rend compte que la vie en région est à des années lumières de ce qu’il vivait dans son milieu branché et hypermoderne. Son quotidien est maintenant fait de voisins chaleureux, de scènes de chasse, d’alcoolisme, de games de hockey, de rumeurs villageoises et de pauvreté. L’anonymat relatif qu’il avait en ville n’existe plus. Il est un “étrange”, celui qui vient d’ailleurs et dont l’arrivée est connue de tous en ville. Le propos de Sur la 132 est de relater le changement de vie de Théo.

Qui n’a jamais été insatisfait de son travail à un moment donné et n’a pas rêvé de tout plaquer pour changer complètement de vie et de paysage ? C’est ce que décide de faire Théo. Le roman repose sur le contraste qui existe entre la vie en ville, décrite comme superficielle et ne permettant pas de s’accomplir, et la vie en région faite de relations plus humaines. On peut évidemment dénoncer le parti pris de Gabriel Anctil dont le personnage renie son ancienne vie à Montréal. Mais il faut aussi reconnaître à l’auteur sa volonté de ne pas livrer une vision carte postale de la vie en région au Québec : il pointe du doigt de nombreux côtés négatifs de la vie en milieu rural.

J’ai eu du mal à croire à ce personnage qui s’exile et coupe les ponts avec son ancienne vie et ses amis. Certes il est possible qu’une personne qui a tout pour être heureuse (travail, maison, reconnaissance, amour) s’avère insatisfaite. Mais ce que je conçois mal c’est sa rupture rapide et définitive avec son ancienne vie. Je trouve peu vraisemblable l’absence de doute de la part d’une personne avec un profil intellectuel comme le personnage principal. Le roman compte par ailleurs ce que je considère comme des clichés ou du moins des idées reçues sur la vie à Montréal et sur la vie dans les régions. La fin abrupte est un autre aspect qui m’a laissé sur ma faim : l’auteur nous laisse sur une notion de liberté aux contours mal dégrossis : la liberté n’est-elle que pouvoir tout envoyer promener et vivre sans attaches ?

Malgré tout, Sur la 132 est un véritable page turner. J’ai aimé le récit émaillé d’histoires secondaires et de récits à tiroirs. Le questionnement est actuel et me touche : que faire de sa vie ? Faut-il se laisser enfermer dans une trajectoire professionnelle aussi riche en succès soit elle ? Gabriel Anctil pose de bonnes questions sur les relations humaines que ce soit en amour ou en amitié.