L’écume des jours, Boris Vian

J’ai étudié l’écume des jours au lycée. C’est mon prof de français de seconde qui nous l’avait fait lire. C’est une lecture que j’avais appréciée mais je suis resté sur l’impression de ne pas avoir saisi toutes les subtilités et tous les jeux de mots distillés par Boris Vian (dont j’ai lu plus récemment le roman Et on tuera tous les affreux, écrit sous le pseudonyme de Vernon Sullivan).

l'écume des jours, Boris Vian

Colin et Chloé sont beaux et jeunes. Ils se rencontrent et tombent amoureux. Ils filent le parfait amour jusqu’à ce que Chloé souffre d’un mal mystérieux. Dès lors leur vie de à tous les deux change progressivement. Boris Vian signe avec ce roman un conte moderne sur l’amour.

Avec l’écume des jours, Boris Vian nous raconte une belle histoire. C’est un récit touchant. Pas dans le sens de triste mais dans le sens de riche en émotions. Au début, tout est léger. Même les moments de découragement de Colin qui se désespère de trouver l’amour peuvent prêter à sourire. Il est plaisant d’être témoin de la tendresse naissante entre Colin et Chloé. Puis l’atmosphère s’appesantit au fur et à mesure qu’on progresse dans le roman, jusqu’à devenir oppressante. Aucun répit n’est laissé aux personnages et de fait au lecteur. Il n’est pas possible de rester insensible en lisant ce roman.

Tout n’est pas lourd dans l’écume des jours car Boris Vian possède un grand talent pour manier la langue française. C’est un virtuose qui joue avec les mots, tel les musiciens de jazz qu’il apprécie : il improvise et crée de nouveau mots mais toujours à propos. Par exemple, un policier ne se met pas au garde à vous devant son supérieur mais au quant à soi. C’est idiot mais ça m’a fait rire. Un homme qui ne paie pas ses impôts est soumis à un passage à tabac de contrebande. Boris Vian crée un univers entre loufoque et surréalisme. Il invente par exemple le pianocktail : un piano qui crée des cocktails qui changent en fonction des morceaux joués. La maladie de Chloé, un nénuphar qui lui pousse dans un poumon, est une métaphore surréaliste de la pneumonie. Par ailleurs, la déprime vécue par Colin se traduit non seulement par un changement de son humeur mais aussi par un changement de son environnement immédiat : les pièces deviennes plus sombres, les murs rétrécissent, tout devient sale. Métaphore de la dépression et de la pauvreté, la logique est poussée jusque dans le réel et c’est ce qui rend le roman brillant.

Mais l’écume des jours n’est pas qu’un joli conte. Le roman comporte quelques passages de critique incisive contre l’Eglise, le travail et la guerre. Boris Vian dénonce les travers de sa société qu’il transpose dans l’univers qu’il crée. Il se moque aussi gentiment de son ami Jean-Paul Sartre rebaptisé Jean-Sol Partre. C’est un écrivain très productif dont un des personnages est un acheteur compulsif de toutes ses productions : essais, romans, articles, conférences. Il lui faut tout de Jean-Sol Partre.

L’écume des jours est un classique que j’ai pris plaisir à relire et que j’ai encore plus apprécié que lorsque j’avais 15 ans.

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Et on tuera tous les affreux, Vernon Sullivan

Contrairement à ce qu’indique le titre de ce billet, l’auteur de ce roman n’est pas Vernon Sullivan. Simplement parce que cette personne n’existe pas. L’auteur de Et on tuera tous les affreux n’est autre que Boris Vian qui s’est amusé à plusieurs reprises à se faire passer pour un auteur de polar américain. Plus exactement, il indique être le traducteur d’auteur américain nommé Vernon Sullivan.

Et on tuera tous les affreux est une parodie de roman d’aventure américain. Publié après guerre alors que la France s’étourdit detout ce qui vient des Etats-Unis, ce roman répond aux attentes des lecteurs avides d’aventures et de héros. Le personnage principal, Rock Bailey, est un jeune sportif plutôt bien fait de sa personne. Il résiste aux jeunes femmes qui l’entourent car il a décidé de rester vierge jusqu’à ses 20 ans. Il tombe par hasard sur une affaire qui le conduit à mener une investigation riche en péripéties.

Voilà un roman de gare assumé. Tous les codes du roman de détective sont réunis pour le plus grand bonheur du lecteur. Les soirées sont bien arrosées. Les aventures s’enchaînent les unes après les autres jusqu’à toucher l’invraisemblable. Le roman comporte même une dose de science-fiction fort utile à Boris Vian pour dénouer l’intrigue. Et pour couronner le tout, le sexe finit par entrer dans la vie de Rock Bailey. Mais pas de manière discrète : le jeune homme vierge du début du roman se révèle vite un tombeur doublé d’un étalon propre à satisfaire des cohortes de jeunes et jolies jeunes femmes.

Vernon Sullivan / Boris Vian s’est manifestement bien amusé à l’écriture de ce livre. L’humour potache, les jeux de mots et les réparties dignes de films d’action y sont présents. J’y ai trouvé un air de San Antonio à saveur américaine. Un roman divertissant à savourer en laissant de côté le réalisme.