Retour à Little Wing, Nickolas Butler

Retour à Little Wing est le premier roman de l’auteur américain Nickolas Butler. Il s’agit d’une belle découverte faite à la bibliothèque. Nickolas Butler Retour à Little Wing

Ils sont cinq amis à avoir grandi dans la petite ville de Little Wing dans l’Etat du Wisconsin, quelque part entre Eau Claire (un vestige de l’Amérique française) et Minneapolis dans l’Etat voisin du Minnesota. Hank et Beth sont mariés ensemble et ont deux filles. Contrairement à Hank qui est resté à Little Wing pour s’occuper de sa ferme, les trois autres ont à un moment donné pris leurs distances avec leur ville natale. Lee est devenu un chanteur folk à succès qui enchaîne les tournées internationales. Ronny s’est lui lancé dans les compétitions de rodéo dans tout l’Ouest des Etats-Unis jusqu’à ce que l’alcoolisme et un accident ne le fassent revenir à Little Wing. Le dernier de la bande, Kip, s’est exilé plusieurs années à Chicago pour devenir courtier en bourse. Il revient à Little Wing après avoir racheté la fabrique, un bâtiment emblématique de la ville.

Retour à Little Wing est un roman choral où chaque chapitre est présenté du point de vue d’un narrateur différent. Chacun possède sa propre voix et j’ai été particulièrement sensible à celle de Lee, le musicien, qui est doté d’une belle sensibilité artistique et qui « voit » les couleurs de la musique. Un bel exemple de synesthésie. Il est question d’amitié, d’amour et d’attachement à une petite ville et à son mode de vie rural. Nickolas Butler n’évite maleureusement pas l’écueil d’une opposition un peu trop manichéenne entre une vie urbaine superficielle et la vie dans la campagne, là où sont les vraies valeurs. Et il nous la joue à la Hollywood avec un happy ending tout américain. Toutefois, Retour à Little Wing comporte des passages émouvants sur le temps qui passe, les occasions manquées et le questionnement sur l’âge adulte. En effet, ce n’est pas parce qu’on est dans la trentaine qu’on n’est pas en train de se chercher. Et c’est là que réside le talent d’auteur de Nickolas Butler : créer des personnages attachants qui vivent des relations complexes les uns avec les autres. Un auteur à suivre.

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Pêcheur d’Islande, Pierre Loti

Je pense que Pêcheur d’Islande de Pierre Loti a été un des premiers livres que j’ai étudié en cours de français au collège. Ca remonte donc à plus de 20 ans ! Et il ne m’en restait malheureusement aucun souvenir. C’est pourquoi je l’ai ressorti de ma bibliothèque.

Pêcheur d'Islande

Pêcheur d’Islande raconte la vie des marins de Paimpol et sa région. Ceux-ci se lançaient dans des campagnes de pêche de plusieurs mois au large de l’Islande pour pêcher des morues. Ces campagnes duraient tout le printemps et l’été. Pêcheur d’Islande comporte plusieurs personnages principaux. Les deux premiers sont des pêcheurs : Yann et Sylvestre sont deux jeunes hommes embauchés à bord de la Marie, un navire de pêche. Yann est un éternel célibataire. Sylvestre termine lui sa dernière campagne de pêche avant de rejoindre la Marine Nationale pour 5 ans de service militaire. Le troisième personnage central dans le roman est Gaud, une jeune femme amoureuse de Yann. Elle se languit de ce grand gaillard qui demeure insensible.

Pêcheur d’Islande est une histoire d’amour et de souffrance. Il y a d’abord l’amour de Gaud pour Yann qui n’est pas réciproque mais aussi l’amour maternel de la grand-mère Moan pour Sylvestre, son unique petit-fils, alors que celui-ci doit la quitter pour son service militaire. La souffrance c’est celle de la pêche car la vie sur le bateau est dure. C’est aussi la dureté de la vie de militaire, surtout dans le cadre d’une guerre de colonisation à des milliers de kilomètres de la Bretagne natale de Sylvestre.

Publié à la toute fin du 19ème siècle, Pêcheur d’Islande est un roman dans la veine naturaliste. Pierre Loti y est très précis dans sa description du quotidien des pêcheurs lors de ces nuits au large de l’Islande alors que le soleil ne se couche pas. Il décrit la vie sur le bateau, quand les hommes enchaînent les quarts de pêche pendant de longues heures sans dormir. Il souligne les dangers de la mer : chaque saison des bateaux et leurs équipages disparaissent dans les eaux islandaises. Pierre Loti raconte aussi le retour des pêcheurs à terre pour l’hiver. Il est très précis dans la toponymie de la région de Paimpol. Il relate aussi la vie des femmes en été quand les hommes sont absents des maisons. Ce sont elles qui ont la gestion de l’argent gagné par les marins. Pierre Loti puise dans son expérience dans la marine nationale pour relater le parcours de Sylvestre dans l’armée. Le parcours qu’il emprunte pour se rendre en Asie est bien connu de l’auteur.
Même si Pêcheur d’Islande n’est pas aussi poussé que ce qu’a fait Zola en matière de roman naturaliste (Pêcheur d’Islande a d’ailleurs été publié la même année que Germinal), Pierre Loti a tout de même rendu compte avec ce roman de l’univers des marins bretons et a contribué à créer la légende autour de la vie de ces pêcheurs.

Je ne comprends pas mon absence de souvenirs pour ce livre car il comporte plusieurs passages qui auraient pu marquer le jeune lecteur que j’étais. Mais je comprends aujourd’hui le statut de classique de Pêcheur d’Islande tant le roman est riche.

Joshua, Mordecai Richler

Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir à la bibliothèque municipale d’Arras un livre de Mordecai Richler, cet auteur québécois que j’avais déjà apprécié au travers de deux de ses romans : Le monde de Barney et Solomon Gursky was here. Ce roman porte aussi le nom d’un personnage : Johsua.

Joshua Shapiro est le personnage principal de ce roman. Il est issu de la communauté juive montréalaise. Au début du roman, il est mal en point et se rétablit dans sa maison au bord du lac Memphrémagog, protégé des importuns et des curieux par son père et son beau-père. Cette entrée en matière suscite suffisamment de questions qu’il est très facile pour le lecteur d’être absorbé par ce roman. D’autant que Mordecai Richler maintient le suspense sur ce qui est arrivé à son personnage principal jusque dans les dernières pages du roman. Il ajoute même en cours de route des zones d’ombre que je n’ai eu de cesse de vouloir éclairer. Avec tant d’interrogations, les 600 pages de Joshua ont été lues très vite !

Le récit n’est pas linéaire. Il est constitué de scènes au présent et de flash-backs sur différents moments de la vie de Joshua : son enfance avec un père ex-boxeur et collecteur de dettes pour la pègre italienne de Montréal, sa jeunesse en Europe comme journaliste en devenir, sa vie à Montréal comme écrivain et journaliste sportif, son mariage avec une jeune fille de bonne famille. Le parcours de Joshua Shapiro est atypique et c’est une véritable saga à lire. Bon, il ne se passe rien de vraiment spectaculaire mais Mordecai Richler possède un don : celui de rendre une histoire intéressante.

Lire Joshua, c’est aussi faire connaissance avec le Montréal d’avant et de pendant 1976, date de l’accession du PQ au pouvoir et date à laquelle de nombreux anglophones ont décidé d’émigrer vers Toronto, effrayés par la prise du pouvoir par les Canadiens Français. Avant 1976, c’est l’époque de la domination des anglophones sur la ville, de la domination de Westmount. Les Juifs sont considérés comme des moins que rien (et les Juifs de Montréal ne constituent pas une communauté homogène), tout comme les Canadiens français. McGill formait l’élite de la société et les gens biens allaient passer l’été dans leur résidence des Cantons de l’Est. Une bonne partie du roman se passe en Europe, notamment à Ibiza, bien avant que cela ne devienne une destination à la mode. C’est l’occasion de découvrir une petite ville de pêcheurs à une époque où les touristes commençaient à peine à arriver.

J’ai lu Joshua en français. Comme ça pouvait être le cas avec Le monde de Barney, la traduction française de France pêche un peu par manque de connaissance de la culture québécoise. Par exemple, connaissez-vous Maurice « la fusée » Richard ? Rien de majeur mais ça ne rend pas tout à fait compte de la vie en français au Québec.