Le sourire étrusque, José Luis Sampedro

Je vous ressors un livre du fond de ma bibliothèque ! Le sourire étrusque est un roman publié en 1985 par l’auteur espagnol José Luis Sampedro qui est décédé en 2013 à l’âge de 96 ans.

sourire étrusque

Salvatore Roncone est un vieil homme qui vient d’un village dans le sud de l’Italie. Il est  malade et vient vivre chez son fils Renato à Milan, marié à Andrea, une belle-fille qu’il apprécie peu et leur bébé. Le choc est puissant entre les habitudes rurales de Salvatore qui est plutôt de la vieille école et la vie urbaine à Milan où les femmes travaillent, où les hommes sont impliqués dans la vie des bébés et où, comble du comble, la nourriture est sans saveur. Mais le vieil homme se prend d’affection pour son petit fils, ce qui fera rejaillir de nombreux souvenirs de sa jeunesse et de l’époque où il était partisan dans les montagnes pendant la seconde guerre mondiale.

Le sourire étrusque est un roman sur la beauté de la vie, sur tous les moments importants et sur le temps qui passe qui nous rend plus sages. Alors évidemment il y a de bons sentiments mais on se laisse prendre par l’histoire de cet homme qui parvient à dépasser les rivalités du passé qu’il a laissées dans son village et qui, au crépuscule de la vie, retrouve une joie de vivre et inspire ceux qui l’entourent. José Luis Sampedro possède les mots justes pour toucher le lecteur et passer un formidable message d’amour. Un avertissement tout de même : la scène finale est très émouvante, préparez vos mouchoirs.

Métaphysique des tubes, Amélie Nothomb

Je poursuis ma découverte d’Amélie Nothomb entamée avec Stupeur et tremblements. J’ai un peu plus apprécié Métaphysique des tubes, sans doute parce que le ton y est un peu plus léger. Le récit se déroule aussi au Japon et est également autobiographique. Sauf qu’il s’agit cette fois du premier séjour d’Amélie au Japon. L’archipel nippon est en fait l’endroit qui a vu naître Amélie alors que son père était un diplomate en poste pour la Belgique. Dans Métaphysique des tubes, elle raconte sa vie de petite fille, de bébé même, de sa naissance à ses trois ans.

amelienothomb.jpg

Le bébé Amélie n’est pas un être très actif. Elle se résume elle-même comme un tube (d’où le titre du roman), son corps n’assurant que les fonctions digestives. Elle reste de long mois inactives, apparemment en retard sur le développement normal d’un nourrisson. Mais elle vient à la vie grâce à sa grand-mère qui lui fait goûter un morceau de chocolat belge. Savoureux, non ? Le récit se poursuit et compte de nombreuses anecdotes sur sa petite enfance. Elle se décrit comme une petite princesse à qui tout le monde doit le respect, à commencer par ses parents mais aussi sa soeur et son frère avec qui les relations ne sont pas faciles. Ce narcissisme est entretenu par la domestique japonaise qui travaille chez les Nothomb et qui est aux petits soins pour Amélie. On sent la tendresse particulière de l’auteur envers son père qui tout Belge qu’il était n’a pas eu peur de se mouiller et de se lancer avec intérêt dans le théâtre traditionnel japonais, le Nô. Une forme d’art qui se résume apparemment à des borborygmes pour le néophyte. On retrouve ce même père qui tombe dans un trou d’égout (un trou d’homme comme on dit au Québec, traduction littérale du manhole anglais) alors qu’il se promène avec sa cadette par un jour de pluie. Métaphysique des tubes compte aussi quelques moments tragiques mais racontés comme s’il s’agissait d’épisodes anodins. Amélie a failli mourir deux fois : une fois lors d’une baignade dans la Mer du Japon et l’autre fois lors d’un événement qui nous est présenté comme une tentative de suicide alors qu’elle nourrissait ses trois carpes. Amélie a horreur des carpes, c’est quasiment une phobie. D’ailleurs, j’ai trouvé intéressant son point de vue sur les répulsions des gens :

Il m’arrive de penser que note unique spécificité individuelle réside en ceci : dis-moi ce qui te dégoûte et je te dirai qui tu es. Nos personnalités sont nulles, nos inclinations plus banales les unes que les autres. Seules nos répulsions parlent vraiment de nous.

En résumé, j’ai trouvé Métaphysique des tubes très agréable à lire. J’ai beaucoup aimé le regard incroyable que la très jeune narratrice pose sur le monde des adultes. En tant que lecteur, on n’est pas dupe, on sait que c’est romancé. Mais c’est très bien fait et on aime ça. On se laisse raconter une belle histoire.

J’aime de plus en plus le style d’Amélie Nothomb, fait de phrases courtes, finement ourlées. Le ton est parfois un peu précieux mais la qualité de la langue est fantastique. J’ai appris deux mots lors de la lecture de ce livre. Le premier est zinzolin et désigne une couleur. Il s’agit d’un rouge violacé, qui tire sur le pourpre. Ainsi le ciel japonais aurait la caractéristique d’être zinzolin au crépuscule. Le deuxième mot est anadyomène. Cet adjectif est d’origine grecque et signifie qui sort de l’eau, qui émerge. Comme le père d’Amélie Nothomb lorsqu’il remonte trempé de son trou d’égout.

Ma note : 4/5

Les chroniques d’une mère indigne, Caroline Allard

Avant de devenir auteur d’un livre, Mère Indigne a longtemps sévi sur internet. Comme le taxi Pierre-Léon, cette mère de famille québécoise a été contactée par une maison d’édition pour publier un livre sur la base de son blogue.

A une époque où les magazines spécialisés et les forums internet fourmillent de conseils pour les mères de familles, il n’y a plus de place pour l’imperfection. Impossible d’être une mère indigne avec le tsunami de conseils que reçoivent les parents. « Que nenni ! » de répondre Mère Indigne. L’indignité est le remède idéal au burn out qui attend irrémédiablement les parents qui s’efforcent d’être parfaits. Elle illustre son propos à l’aide de son quotidien de mère de deux enfants alias Fille Ainée et Bébé. Elle ne se gêne pas pour se moquer de sa progéniture et tourner en ridicule leurs petites manies agaçantes. Elle possède également une bonne dose d’auto-dérision, salvatrice pour éviter le surmenage et la dépression nerveuse. Elle est secondée par Père Indigne, Belge de son état, pour qui la déconne n’est pas un vain mot. Mère Indigne n’hésite pas non plus à se dévoiler et à mettre un peu de piquant avec des anecdotes sur la vie sexuelle des jeunes parents.

Comme pour Un taxi la nuit, j’ai été conquis par Mère Indigne (qui s’appelle en fait Caroline Allard). On a affaire à tout une galerie de personnages : sa famille, la fille des voisins, petite peste devant l’éternel et Jean-Louis l’ami de son mari. Ce livre est un antidote certain à la pression que peuvent se mettre les jeunes parents. On y voit notamment la différence d’attitude d’une mère entre son premier enfant, ô combien fragile, et le deuxième qui peut bien faire ses dents sur les vieilles sandales qui traînent dans l’entrée. La lecture des Chroniques d’un mère indigne saura provoquer les sourires du lecteur, voire des fous rires qui pourront étonner les autres voyageurs du métro (c’est du vécu). Voilà un livre très rafraîchissant.

Ma note : 5/5.

Mère Indigne a arrêté de publier sur son blogue mais l’intégralité de ses textes est toujours en ligne.

Et voilà le descriptif de son livre.

Un miracle en équilibre, Lucia Etxebarria

Écrit par l’écrivaine espagnole Lucía Etxebarría, un miracle en équilibre est le journal d’une mère dans les semaines qui suivent la naissance de sa fille. Elle lui explique l’histoire de sa famille ainsi que le cheminement personnel qui l’a amené à devenir mère. Le récit mélange des considérations générales sur la vie et des anecdotes tantôt amusantes tantôt graves.

Malgré un début difficile (une introduction un peu longue et des justifications laborieuses sur ce qui va suivre), ce livre est agréable à lire. On est plongé dans de multiples mondes à commencer par ceux de la grossesse et de la maternité. J’ai retrouvé avec plaisirs quelques situations propres à la grossesse ainsi que des moments de bonheur avec un nouveau né. On suit également l’histoire de la famille Agullo dans l’Espagne moderne avec des détails de la vie quotidienne sous le franquisme. Des moments difficiles pour une famille notoirement républicaine. La narratrice est une femme moderne : elle est à contre-courant des idées traditionalistes de sa famille, elle voyage, elle est indépendante, elle en arrache dans son travail, elle peut compter sur ses copines proches, elle s’analyse beaucoup, admet ses faiblesses et ne voit pas toujours ses qualités. Ce livre est une histoire de la femme : celle qui a été, la mère de la narratrice, celle qui est, la narratrice elle-même et celle qui sera, le petit bébé. Touchant, drôle et captivant, un miracle en équilibre vous fera passer un bon moment.

Ma note : 3/5.