Mon chien stupide, John Fante

C’est par hasard que j’ai entendu parler de John Fante. Auteur américain né dans les années 30, il est considéré comme un précurseur d’auteur comme Bukowski ou Salinger. Mon chien Stupide a été publié à titre posthume en 1987.

Henry Molise est un écrivain et scénariste californien. Sa carrière d’écrivain est au point mort et il peine à trouver du travail comme scénariste. Le prétexte à ce récit à la première personne est l’arrivée d’un chien errant sur le terrain familial. Lourdaud et un brin obsédé, ce chien se voit attribuer le nom de Stupide. Il surgit dans la famille alors que Henry rêve de quitter sa famille pour aller vivre à Rome. Sa femme ne le supporte plus et ses quatre enfants l’irritent presque tous.

La subtilité du propos de Mon chien Stupide contraste avec le ton volontiers provocateur du narrateur et ce chien pataud. Alors que le narrateur apparaît au début du roman comme bourru, il semble au lecteur de plus en plus sensible au fur et à mesure du récit. Drôle et triste à la fois, le roman traite des relations avec sa famille et ses enfants qui deviennent adultes. Malgré des caractères différents, certains sont dépendants de leurs parents, d’autres plus autonomes, les enfants finissent inévitablement par quitter la maison familiale. C’est entre sourires et amertume que j’ai lu ce roman de John Fante.

Mon chien stupide est également intéressant à lire sous un angle historique. Le récit se passe dans les années 60 et les relations sociales sont celles d’une Amérique conservatrice où chacun doit avoir sa place. Mais c’est aussi l’époque où les fondements conservateurs de la société sont ébranlés par la contre-culture et la libéralisation des moeurs.

Je compte lire d’autres romans de John Fante. Je vous en reparle prochainement.

Tintin et le Québec, Tristan Demers

Tintinophiles, voilà un beau livre qui va vous intéresser !

Le sous-titre de l’ouvrage, Hergé au cœur de la Révolution tranquille, est peut-être plus explicite que le titre générique Tintin et le Québec. Tintin a débarqué relativement tardivement au Québec et a été la bande dessinée de référence  pour les jeunes Québécois des années 60. Le célèbre personnage d’Hergé est arrivé dans une société en pleine mutation avec une jeunesse ayant soif de découvertes et une grande ouverture sur l’international. Tintin, par sa curiosité et son caractère intrépide, ne pouvait donc que séduire les Québécois de cette époque. La première partie du livre de Tristan Demers fait le point sur les premiers pas de Tintin au Québec dans ce contexte.

Hergé lui a mis les pieds plus tard au Québec, en 1965. Et il n’y est venu qu’une fois. Ce séjour fait l’objet de la deuxième partie de l’ouvrage et le programme de sa visite nous est présenté par le menu. De sa présence au Salon du Livre de Montréal à sa visite du chantier hydro-électrique Manic 5, la personnalité d’Hergé est révélée au travers des souvenirs des personnes qu’il a rencontrées. L’ouvrage est en effet riche en photos et correspondances de l’époque. À noter que tout au long de son séjour, Hergé s’est vu pressé de questions sur la possibilité d’une aventure de Tintin au Québec dans un futur album. S’il s’est bien gardé de s’engager malgré l’enthousiasme des lecteurs de Tintin, un projet de film de Tintin au Québec a failli voir le jour.

J’ai trouvé que la troisième partie du livre était un peu plus décousue que le reste. Elle présente quelques personnalités québécoises ayant un lien particulier avec Tintin comme Mario Jean et Yves Pelletier mais aussi le jeune Denis Thérrien, prodige de l’émission Tous pour un grâce à ses connaissances très pointues sur l’univers de Tintin. Ses prouesses télévisuelles lui ont valu d’être invité par Hergé à Bruxelles. Tristan Demers récapitule aussi les différentes expositions sur Tintin ayant été présentées au Québec. La plus récente a été présentée au Musée des Civilisations de Québec et s’intitulait Au Pérou avec Tintin. J’ai vu l’exposition à l’époque et je l’avais beaucoup appréciée.

Voilà donc un ouvrage qui s’adresse à la fois aux passionnés de Tintin et à ceux qui s’intéressent à l’histoire du Québec. Tintin est ici un beau prétexte pour en apprendre plus sur le Québec de l’époque. Je n’imaginais pas à quel point Tintin avait pu marquer la société québécoise. Saluons donc le travail de Tristan Demers, un passionné qui a rassemblé de nombreux documents pour façonner un bel ouvrage. Voici une vidéo où il présente lui-même Tintin au Québec :

Le postier, Charles Bukowski

Le Postier est le premier roman publié par Bukowski. J’ai retrouvé avec plaisir son style incomparable (voir Contes de la folie ordinaire et Pulp).

Henry Chinaski, véritable alter ego de Bukowski, est alcoolique, coureur de jupon, joueur et fainéant.  Il entre à la poste américaine comme remplaçant pour subvenir à ses besoins. Il tient le coup malgré les horaires de fou, le rythme débilitant qu’il faut tenir, les petits chefs pointilleux, la bureaucratie et les clients emmerdeurs. Malgré le peu d’entrain qu’il met à la tâche, il se voit proposer de devenir postier titulaire. Il alternera les postes entre préposé au tri et facteur dans un Los Angeles labyrinthique.

Fortement inspirée de la propre vie de Bukowski, le postier est une chronique de la vie de tous les jours du narrateur : des anecdotes drôles, des bons coups, des moments sordides, la misère de certains, le mépris des autres. C’est une plongée dans la Californie un peu déjantée des années 60, pas celle qui fait rêver mais celle des petits employés qui triment pour joindre les deux bouts. Ce livre est aussi le portrait d’un homme usé avant l’âge, plein de défauts mais entier. Comme Bukowski, Chinaski trouvera finalement un exutoire dans l’écriture.

Le postier est à lire pour ses dialogues percutants et pour la dose de réalité dérangeante mais nécessaire à laquelle Bukowski confronte le lecteur.