Petit-déjeuner chez Tiffany, Truman Capote

Ça fait un moment que je voulais lire ce livre. Je pensais bien naïvement qu’il s’agissait d’un roman mais c’est en fait un recueil de nouvelles. La première et la plus longue donne son titre au recueil : Petit-déjeuner chez Tiffany. De Truman Capote, j’avais déjà lu De sang-froid.

Le narrateur raconte l’histoire d’Holly Golightly, une jeune femme qui fut sa voisine quelques années auparavant. Ayant perdu sa trace, il revient sur sa rencontre et la vie de cette jeune excentrique.

L’intérêt de cette nouvelle n’est pas dans l’histoire simple mais dans la façon dont elle est racontée. Présentée de façon linéaire, l’histoire de cette prostituée fêtarde aux relations interlopes aurait parue plus commune n’eût été de la fascination qu’elle exerce sur le narrateur. Présentée comme forte et fragile à la fois, Holly Golightly est avant tout libre. Libre de ses relations, libre de croire ceux qui la manipulent, libre de refuser une belle opportunité professionnelle à Hollywood, libre de s’échapper de sa famille, libre de rêver au mariage avec un riche Brésilien. C’est un personnage riche et on comprend le narrateur de vouloir savoir ce qu’elle est devenue. Cette nouvelle est aussi l’occasion de faire connaissance avec le New-York des années 50.

Trois autres nouvelles composent ce recueil. Dans la maison de fleurs, l’action se passe à Haïti et raconte l’histoire d’une prostituée qui quitte la maison close qui l’emploie pour suivre le jeune homme qu’elle vient d’épouser. Dans la guitare de diamants, un jeune musicien arrive dans une prison et convainc un ancien de tenter l’évasion avec lui. La dernière nouvelle s’appelle un souvenir de Noël et relate la complicité entre un enfant de 7 ans et une veille femme à l’esprit simple.

Le point commun des nouvelles de Petit-déjeuner chez Tiffany est la présence du tragique dans la vie de chacun des personnages. Ce sont des abîmés de la vie, des figures qui détonent dans une Amérique conservatrice.
Truman Capote me donne une nouvelle fois l’impression d’être un fin observateur des individus et dans chacune des nouvelles, il vise juste et apporte un point de vue pertinent qui donne envie de lire l’histoire qu’il nous présente.

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La modification, Michel Butor

C’est une première expérience pour moi dans la mouvance du Nouveau Roman. La 4e de couverture de La modification précise que ce roman de Michel Butor est le plus lu de ce mouvement littéraire. Je ne suis donc pas bien original avec une telle entrée en matière. La modification a remporté le prix Renaudot en 1957.

Un homme quitte Paris en train pour retrouver sa maîtresse à Rome. Le roman commence alors qu’il s’installe dans son compartiment de troisième classe et se termine quand le train entre en gare de Rome. Vous vous dites déjà que ce livre ne doit pas être bien palpitant étant donné que le trajet dure 21h (on est dans les années 50) ? C’est faux, car il s’en passe des choses dans le cerveau de ce voyageur qui part avec une certaine intention en tête et qui arrive dans un tout autre état d’esprit.

J’ai adoré ce roman. La principale qualité est la narration choisie par Michel Butor. Le narrateur s’adresse au lecteur comme s’il était cet homme qui voyage : vous prenez le train, vous vous asseyez sur votre siège, vous repensez à votre dernier voyage etc. Il m’a fallu quelques pages pour me faire à ce style. Mais une fois dans le roman, on n’y fait même plus attention. Le roman est complètement centré sur l’esprit du narrateur. On suit ses pensées l’une après l’autre : une gare sur le parcours lui fait penser à un autre trajet Paris-Rome qu’il a fait dans le cadre son travail de vendeur de machines à écrire, il repense à sa famille restée à Paris, il rêve, il imagine comment il va surprendre sa maîtresse, il revoit les moments passés avec elle etc. Le récit mêle donc le trajet présent, les hypothèses du narrateur sur le futur, plusieurs moments du passé, dans un sens du trajet puis dans l’autre.

On se rend compte que le personnage principal est un être faible. Hésitant entre son confort actuel et la possibilité d’une vie plus agréable, il retarde le moment de sa décision et ne choisit pas entre son épouse et sa maîtresse. Pour compléter le portrait, il est manifestement radin et n’aime pas ses enfants. Mais on ne peut pas totalement le détester ce personnage étant donné que nous sommes lui. Ses interrogations et ses hésitations sont aussi un peu les nôtres.

La modification est une expérience prenante pour le lecteur qui accepte de mettre une certaine attention dans sa lecture. Il faut vouloir garder le fil du récit pour profiter pleinement de la modification qui s’opère chez ce voyageur. On est dans une littérature cérébrale qui décevra les amateurs d’action mais qui comblera les lecteurs exigeants.