La petite fille qui aimait Stephen King, Claudine Dumont

Avec La petite fille qui aimait Stephen King, Claudine Dumont signe un deuxième roman après Anabiose, que j’ai chroniqué il y a deux ans dans la Recrue du Mois avec ma consœur Marie-Jeanne.

La petite fille qui aimait Stephen King par Claudine Dumont

Emilie est une adolescente autiste pour qui les repères et les habitudes sont importants. Sa sœur aînée, Julie, la comprend très bien. C’est la narratrice du roman qui décrit leur relation fusionnelle renforcée par un père absent et une mère dépassée par la vie. Lors d’un séjour dans le Maine, Emilie a un accident et se retrouve enfermée dans un trou pendant de longues heures. Secourue, elle revient à sa vie d’avant mais son comportement connaît des changements importants. Ses nuits sont peuplées de rêves terrifiants que Julie perçoit également. Emilie a par ailleurs un rapport troublé avec la nourriture : les plats habituels ne « passent » plus et elle se découvre des goûts étranges.

Claudine Dumont poursuit dans la même veine qu’Anabiose, un roman à l’ambiance oppressante. Le récit est relativement court avec 184 pages mais cela suffit pour transmettre l’anxiété de l’enfermement avec une narratrice livrée à elle-même qui ne sait vers qui se tourner pour sauver sa sœur.
Je ne connais pas suffisamment Stephen King pour évaluer dans quelle mesure l’hommage est fidèle à l’original (je n’ai lu que Carrie). Mais j’ai bien aimé l’ambiance de La petite fille qui aimait Stephen King. J’ai notamment apprécié la description de la relation fusionnelle entre les deux sœurs et la montée de la tension alors que je me suis demandé ce qui pouvait causer tous les changements que connaît Emilie.

Je suis tout de même interpellé par deux points qui minent la crédibilité du roman. D’abord l’explication en fin de roman sur l’état d’Emilie est un peu rapide et curieusement simple. De même je trouve commode le fait que Julie refuse de parler autour d’elle des problèmes de sa sœur, une situation rendue possible par des parents peu attentifs.

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Anabiose, Claudine Dumont

Emma est une jeune femme de 26 ans qui occupe ses journées avec un travail de téléphoniste qu’elle-même juge sans intérêt. Et de retour chez elle le soir, ce sont de longs moments de beuverie solitaire qui lui permettent d’oublier le vide autour d’elle. Elle se réveille un matin dans une pièce grise qu’elle ne connaît pas et qui comporte pour seul meuble le matelas sur lequel elle se tient. Pourquoi est-elle dans cette pièce ? qui l’a enlevée ? quelle est la raison de sa présence dans cette pièce ?

Anabiose, Claudine Dumont

Voilà un récit qui tient en haleine : j’ai lu les 164 pages d’Anabiose en quelques heures seulement. J’avais évidemment envie d’avoir les réponses aux questions de la narratrice sur la raison de son kidnapping mais aussi parce que le roman est bien mené. Il commence par des phrases courtes et percutantes. Les réflexions de la narratrice claquent sous la forme de mots durs et d’une autocritique sans fards. Au fur et à mesure du récit alors qu’Emma se redécouvre, sa pensée se fait plus élaborée. Les phrases sont plus longues et plus riches en sensations. Anabiose est bien écrit. On pourrait peut-être reprocher à Claudine Dumont un abus de ce style court presque télégraphique mais je fais la fine bouche. Le roman échappe au simple exercice de style littéraire et offre quelques pistes de réflexion.

Ce récit à la première personne est en effet très centré sur le corps et ses besoins primaires. Emma est une femme désincarnée : elle s’anesthésie avec des abus de tequila et se coupe volontairement du monde. Son univers est froid et gris. La thèse de Claudine Dumont est la suivante : c’est quand on est privé de quelque chose qu’on commence à l’apprécier. Emma dans sa captivité est se voit privée de choses élémentaires comme la liberté et certains de ses sens. Elle redécouvre ainsi certaines sensations qu’elle n’éprouvait plus. Paradoxalement, sa captivité la met sur le chemin de la connaissance de soi et in fine lui permet de s’ouvrir sur le monde.

Anabiose est aussi en un sens un regard sombre porté sur une génération de jeunes gens qui n’ont a priori manqué de rien et qui ont vécu toute leur jeune existence confortablement. Livrés à eux-mêmes, se laissent porter par les événements et pour qui faire des choix est difficile. C’est pourquoi Anabiose peut aussi être vu comme une sonnette d’alarme invitant le lecteur à ne pas subir les événements et à se tourner vers l’extérieur.

J’ai lu Anabiose, le premier roman de Claudine Dumont dans le cadre de La Recrue du Mois, le webzine dédié aux première œuvres littéraires québécoises. Il s’agit d’une lecture comparée avec ma collègue Marie-Jeanne.