Americanah, Chimamanda Ngozi Adichie

Voici un livre que j’ai lu en VO. Ça fait plusieurs fois que je vois passer des articles élogieux sur Americanah, un roman de Chimamanda Ngozi Achidie sur l’histoire d’une Nigériane qui émigre aux Etats-Unis.

Americanah - Chimamanda Ngozi Adichie

Ifemelu est une jeune trentenaire qui vit aux Etats-Unis. Auteure à succès d’un blogue sur la perception des Noirs aux Etats-Unis, elle décide de retourner vivre dans son Nigéria natal qu’elle avait quitté 13 ans auparavant pour mener ses études. Elle avait aussi quitté à l’époque Obinze, son amour de jeunesse, qui est devenu un homme d’affaires à succès, époux et père de famille.

Americanah est un roman qui m’a frappé par la richesse et la multitude des thèmes abordés.
Le premier de ces thèmes est l’immigration des Nigérians aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Il faut d’abord réussir à obtenir les papiers qui permettront de pérenniser le séjour sur le territoire concerné, avec le risque d’être déporté quand on se fait attraper par les autorités sans avoir de papiers. Ifemelu et Obinze, chacun de leur côté vont postuler pour des emplois dont personne ne veut et connaître le chômage et la pauvreté. Cette immigration renvoie les personnages à leurs motivations profondes avec en écho l’absence de perspectives pour ceux qui restent dans un pays gangrené par la corruption des autorités et l’affairisme. L’immigration c’est aussi la prise de conscience de soi, de son accent par exemple et de ses motivations.
Le roman de Chimamanda Ngozi Achidie porte un sujet important : la question de la race. En effet le personnage principal, Ifemelu, prend conscience de la couleur de sa peau quand elle arrive aux Etats-Unis. Au Nigéria, tout le monde est noir, donc le racisme et la différence de perception entre noirs et blancs lui était inconnue. Et cela va même plus loin puisque les Noirs ne sont pas un groupe homogène (une évidence pas si évidente) car aux Etats-Unis, on n’est pas noir de la même manière suivant qu’on est noir américain ou noir d’Afrique ou des Caraïbes. En effet il y a une plus grande proximité entre les noirs africains, d’où qu’ils viennent et qu’ils soient anglophones ou francophones, qu’entre les noirs africains et les noirs américains. Ces différences sont au cœur du blogue tenu par Ifemelu et lui valent une reconnaissance sur le sujet de la diversité et de l’identité noire. En ce sens, le petit cousin d’Ifemelu, Dike, est un jeune noir de parents nigérians mais élevé aux Etats-Unis. Coupé de son histoire et cruellement soumis aux préjugés américains sur la couleur de sa peau, il se pose de nombreuses questions sur qui il est.
Mais que serait un grand roman sans une histoire d’amour ? Ou plutôt des histoires d’amour. Il y a bien sûr l’amour de jeunesse très puissant entre Ifemelu et Obinze qui souffre de la distance entre eux. Mais il est aussi question de l’amour entre une femme noire et un homme blanc, entre une femme noire africaine et un homme noir américain mais aussi du mariage au Nigéria qui, tel que décrit par l’auteure, n’est pas fondé sur les sentiments mais plutôt sur une relation faite de prestige et de protection économique.
Chimamanda Ngozi Achidie possède un certain talent pour faire le portrait de certains groupes. Ses observations sociologiques des Nigérians de retour au pays après une période d’expatriation est très drôle. Sa description d’une certain milieu universitaire libéral aux Etats-Unis est pleine de finesse : l’hypocrisie des blancs est dénoncée, de même que les maladresses des blancs libéraux. Enfin son regard sur ceux qui brassent des affaires au Nigéria est sans concessions.
Notons également la place très importante de la littérature et de l’écriture dans Americanah. Les livres, les blogues (avant que ne déferlent les réseaux sociaux), la poésie sont autant de sources d’information et de lieux de débats pour els personnages du roman.
J’ai beaucoup appris sur l’obsession des femmes noires pour leurs cheveux à la lecture d’Americanah. Le sujet est complexe et loin d’être anodin : la coiffure est une affaire d’image. Des tresses, une coupe afro ou des cheveux lissés n’envoient pas du tout le même message aux personnes de l’entourage familial ou professionnel. Sans compter qu’une bonne coiffure requiert des mains expertes et beaucoup de temps !

Outres ses nombreux thèmes, je retiens d’Americanah l’écriture intelligente de Chimamanda Ngozi Achidie. L’enchaînement des chapitres donne beaucoup d’information sur la suite du récit tout en permettant à l’auteure de revenir sur le parcours de chacun des personnages (Ifemelu et Obinze principalement). Les chapitres s’alternent mais pas de manière systématique. Le suspense est ainsi maintenu tout au long du roman sur l’histoire des deux protagonistes. J’ai aussi beaucoup aimé les personnages crédibles tout en nuance. Il aurait pu être facile de tomber dans la caricature du gentil pauvre immigrant ou des intellectuels déconnectés de la réalité. Mais il n’en est rien.

Le fait que le personnage principal du roman soit une femme noire m’a fait penser à un article lu il y a quelques temps sur Slate qui déplorait l’absence de femmes noires dans l’espace médiatique en France. C’est aussi le constat fait par Chimamanda Ngozi Achidie pour les femmes noires américaines, notamment dans ce passage du roman où pour illustrer son propos, Ifemelu achète quantités de magazines féminins dans un kiosque à journaux : il ne s’y trouve qu’une poignée de femmes noires, et encore plutôt claires de peau. De même les teintes de rouge à lèvres ne sont pas conçues pour les femmes noires et même les pansements de couleur chair qui conviennent très bien à des peaux blanches sont complètement inadaptés pour des peaux noires. Je me demandais donc si vous aviez des suggestions de livres français/francophones avec une ou des femmes noires comme personnage principal. Le seul exemple qui me vient à l’esprit est Trois femmes puissantes de Marie Ndiaye, récompensé par un prix Goncourt et que j’ai lu il y a quelques années. D’autres idées ?

3 réflexions au sujet de « Americanah, Chimamanda Ngozi Adichie »

  1. Pour trouver des héroïnes noires dans la littérature francophone, il suffit de se pencher du côté de la littérature caribéenne: Gisèle Pineau, Maryse Condé ( le Coeur à rire et à pleurer, Victoire, les saveurs et les mots), Simone Schwartz-Bart ( Pluie et Vent sur Télumée Miracle est un bijou) pour ne citer qu’elles.
    La force que j’ai trouvée en Americanah, c’est son actualité. Là, je m’y suis retrouvée. Elle parle de femmes de ma génération. Celle qui, si elle a grandi dans les métropoles européennes, a grandi sans modèle positif noir.

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