Claustria, Régis Jauffret

Je vous parlais il y a peu d’un livre dont j’avais arrêté la lecture avant la fin : Walden ou la vie dans les bois de Thoreau. C’est à nouveau le cas avec Claustria de Régis Jauffret mais pour des raisons différentes. Je me suis arrêté au bout de 300 pages sur les 500 que compte le livre.

Régis Jauffret précise dans un avertissement au lecteur qu’il s’agit d’un ouvrage de fiction. Reste que l’inspiration est elle bien réelle. Au point que l’auteur reprenne les noms réels des protagonistes de cette sordide affaire découverte en 2008. Josef Fritzl est ce monstre autrichien qui a séquestré sa fille Elisabeth pendant 24 ans et qui lui a fait 7 enfants. Personne, pas même la femme de Friztl qui vivait quelques mètres plus haut, ne s’est jamais posé de questions sur la disparition d’Elisabeth et sur les bruits provenant de la cave. Avec ce roman, Régis Jauffret met en scène un narrateur, un écrivain français, qui se rend en Autriche pour rencontrer les protagonistes de l’affaire et essayer de comprendre les dessous de cette affaire. Cet écrivain livre un récit à la première personne entrecoupé de scènes racontant la vie de Fritzl et de sa famille.

Pourquoi ai-je décidé de lire ce livre ? Parce qu’il y a de quoi être fasciné par ce fait divers : un monstre pervers et criminel terrorise sa famille, cloître sa fille dans un endroit secret situé juste en dessous de là où sa famille vit, il viole sa fille, la met enceinte puis certains de ces enfants sont intégrés à la famille d’en haut. Un romancier qui aurait imaginé ça aurait été taxé de sensationnalisme tant le tout semble inhumain. Or la réalité dépasse ici la fiction. L’horreur ne peut être qu’humaine. La séquestration, la violence, les sévices, la famine, l’obscurité : la liste est longue.
J’aime l’intention de l’auteur qui cherche à expliquer ou du moins comprendre les motivations de Fritzl et comment tout cela a été possible. Il y a sans doute une part de curiosité malsaine mais le côté malfaisant de l’être humain reste un mystère insondable.

Pourquoi avoir arrêté de lire Claustria après 300 pages ? Au début je n’ai éprouvé aucun problème. Le récit est mené comme une enquête avec des entrevues avec les témoins directs ou indirectes de ce fait divers. Il y a au départ une certaine distance avec ce monstre. Puis on le cerne petit à petit. On pénètre rapidement dans l’horreur sans véritable surprise car l’histoire est connue. Mais je me suis arrêté quand Fritzl met en œuvre son plan et enferme Elisabeth juste après lui avoir fait miroiter une plus grande liberté alors qu’elle se rapprochait de sa majorité. Plus précisément c’est dans les premiers instants de la vie du premier enfant issu de l’inceste que j’ai décidé de refermer ce livre. C’était une décision spontanée. L’idée de ce petit être entièrement soumis à Fritzl m’a révolté. D’un coup je me suis dit : à quoi bon ? Je n’ai pas ressenti le besoin d’aller plus loin : la suite de cette triste histoire est connue et je ne voyais pas ce que la lecture de la suite de Claustria allait pouvoir m’apporter d’autre que colère et indignation.

Le sujet du roman est dur mais j’ai été rassuré de lire ces mots de Régis Jauffret dans une entrevue aux Inrocks : « J’ai lu tout ce qui avait été écrit en français et en anglais, et sur un plan humain ce fut épouvantable. Je ne pouvais pas lire ça plus d’une heure et demie, et surtout pas le soir, tant c’était atroce. »

Régis Jauffret a su rendre l’horreur réelle pour le lecteur. Pour moi ce fut efficace au point que je referme son livre. Est-ce que ça fait de Claustria une réussite littéraire ?

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6 réflexions au sujet de « Claustria, Régis Jauffret »

  1. Tiens c’est curieux, nous avons justement débattu ce problème avant-hier, lors d’une rencontre littéraire (voir http://labibliothequedessables.org/2012/06/01/premiere-lecture-publique-de-plantation-massa-lanmaux/) : que voulait l’auteur ? Peut-être n’avait-il pas anticipé que le lecteur puisse en être autant choqué, ou peut-être pas de la manière ou à l’endroit où vous l’avez été… Quant à savoir quel était le « mandat » qu’il se donnait en écrivant un récit difficile à lire… On m’a justement posé cette question, et j’avais en ce qui me concerne un « mandat » politique : répondre au révisionnisme néo-colonial en cours sous Sarkozy. Mais ici, Jauffret…? Si l’on considère son oeuvre, il semble qu’il ait une fascination pour les monstres, ou peut être les extrêmes de souffrance (?)

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  2. Autant Jauffret a pu étre passionant sur Microfictions ou Asile de fous autant içi il est plus que dérangeant , ce sujet est atroce et son traitement est finalement trés proche du voyeurisme alors pourquoi a t’il écrit ce livre?? Jauffret est trés souvent difficile a suivre dans son cheminement et ce « livre » n’arrange pas son cas. Un sommet du voyeurisme malsain.

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  3. La fille et les enfants, il n’étaient pas enchainés. Pourquoi ne pas assommer le tortionnaire d’un coup de poele à frire sur la tete quand il rentre ?
    Et pourquoi la prisonnière est-elle allée en vacances de ski avec lui ?
    Et pourquoi quand il l’a amenée à l’hopital n’a-t-elle rien dit et n’a pas demandé de l’aide ?
    Toute la violence ne peut pas s’expliquer par la supériorité musculaire , voyons !
    Il suffit d’allumer votre Tv ou radio.l et vous verrez bien que ce n’est JAMAIS les plus musclés qui règnent. Depuis l’invention des armes, les muscles sont déclassés .
    Alors, cherchez les causes vraies de cette histoire, en commençant par la fille, en continuant par la mère, et en terminant avec les voisins.

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